Histoire de l’abbé Fouré, l’ermite-sculpteur et ses créatures légendaires

Histoire de l’abbé Fouré, l’ermite-sculpteur et ses créatures légendaires

Né le 4 septembre 1839 à Saint-Thual dans l’Ille-et-Vilaine, l’abbé Adolphe-Julien Fouéré, dit l’abbé Fouré, a toujours été un rêveur inspiré. C’est dans les alentours de sa ville natale, dans le canton de Tinténiac, qu’épris de solitude, il laisse aller son imagination et développe sa foi.

Ordonné prêtre en 1863, il est nommé l’année suivante recteur de Paimpont après avoir exercé comme vicaire dans diverses paroisses du diocèse. C’est là, dans la chapelle Saint Éloi des Forges de Paimpont, que se développe tout ce qui composera plus tard son incroyable imaginaire. Eugène Herpin – qui signe sous le pseudonyme Noguette –, écrivain breton du XXème siècle passionné par la côte d’Émeraude, nous en dit plus, dans une courte biographie, sur le passage de l’abbé à Paimpont : « Grand pêcheur, ainsi qu’intrépide chasseur, épris de la vie contemplative, il adorait sa chère paroisse dont le clocher se mire dans l’étang, sur lequel glissent, dans leurs robes de brouillard, les mystérieuses « dames blanches ». Il aimait s’égarer dans les mystères de cette étrange forêt de Brocéliande, où les légendes, dit le folkloriste, sont nombreuses autant que les feuillages. Ce fut, dans le domaine de Merlin l’Enchanteur, de la fée Viviane et du Val-sans-Retour, dans ce paradis breton des fées, des chevaliers de la Table Ronde, du roi Arthur… que le futur sculpteur de Rothéneuf trouva sa tournure d’esprit et l’inspiration de ses œuvres futures. »

En 1877, il quitte les mystères de la forêt légendaire pour Guipry. Après un passage à Forge-la-Forêt en 1881 et à Maxent en 1887, il atterrit, en février 1889, à Langouët et ses plaines verdoyantes. Mais la surdité – qui avait commencé à le ronger quelques années plus tôt – s’aggravant, accompagnée d’une paralysie de la langue rendant impossible toute élocution, il se retire à Rothéneuf, près de Saint-Malo. Ici, c’est l’immensité de la mer qui va l’inspirer et l’horizon infini va laisser s’envoler son esprit d’éternel rêveur. C’est là que l’abbé Fouré va, pour combler sa solitude et compenser son incapacité d’expression, réaliser ses œuvres monumentales à même les rochers qui bordent la Manche.

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L’abbé Fouré et ses créatures de pierre.

« Le soir tombant, nous conte encore Noguette de sa plume enivrante, il remarqua que les rochers, à mesure qu’ils s’estompaient, prenaient des formes étranges. Celui-ci devenait un monstre fabuleux ; cet autre, un reptile fantastique. Dans ses courses, au fond des bois et des chemins creux, il avait fait déjà la même observation, se plaisant à deviner tout un monde mystérieux, dans les silhouettes des arbres et les replis de leurs séculaires racines, se tordant, comme des couleuvres sur le revers des fossés. Profiter des contours du rocher et des sinuosités d’une branche, ou donner le coup de pouce pour faire naître, du granit ou du chêne, l’œuvre ébauchée par la nature : tel fut le système de l’ermite de Rothéneuf. »

L’abbé Fouré donne vie à la pierre, fait ressortir de son anarchie divine un monde étrange et mystérieux qui constituera, jusqu’à sa mort, son univers et son espace d’expression. Endurci par le tumulte des vagues et la rudesse de la brise côtière, l’ermite forge un véritable musée de pierre grouillant de monstres fabuleux aux allures de gargouilles, de reptiles et de créatures anthropomorphes. Certains parlent également de caricatures liées à l’actualité de son temps. Quoi qu’il en soit, l’abbé Fouré laisse l’héritage de son imaginaire galopant à la sage contemplation de l’éternité.

Au-dessus des roches : l’ermitage. C’est là que vit l’abbé et qu’il laisse couler sa retraite. C’est là également qui sculpte, dans le chêne cette fois, d’autres figurent légendaires. Passé le mur crénelé d’où se dressent des têtes grimaçantes, l’intérieur nous offre un univers tout aussi étrange parsemé de serpents, de hiboux et de dragons. Maintes fois on a tenté de lui acheter, à des sommes importantes, ses œuvres et ses meubles taillés. Jamais l’ermite n’y consentit.

À l’entrée de l’ermitage se trouvait un tronc fendu où les visiteurs pouvaient, s’ils le souhaitaient, faire don de quelques pièces et guise de remerciement et de soutien. Ces derniers étant nombreux, les sommes récoltées dépassaient bien souvent les modestes besoins de l’abbé qui, de bon cœur, versait le surplus aux pauvres.

L’abbé Fouré devant son ermitage.

L’abbé Fouré devant son ermitage.

Le 10 février 1910, l’abbé meurt pieusement dans son ermitage, entouré des créatures légendaires à qui il avait donné naissance, dans la roche comme dans le bois. Dans son album, ces strophes, relevées par Noguette, résument de manière poétique cet univers incroyable :

Ici, l’art, à son tour, embellit la nature,
À ces différents blocs, le ciseau d’un sculpteur
Habile a su donner des traits, une figure,
Voici des cavaliers ; plus loin, un enchanteur.

Dragons ailés, serpents, fantastiques chimères,
Des monstres effrayants, des êtres fabuleux
Invoquant, du passé, légendes et mystères,
Des héros et des saints apparaissent à nos yeux.

 Quelques mois après sa mort, on fit poser sur la maison une plaque où l’on pouvait, entre autres, lire cette clairvoyante épitaphe : « En sculptant, il se fit le bienfaiteur de ce pays. » Bien que le musée de l’ermitage ait disparu aujourd’hui – on ne sait trop dans quelles circonstances –, l’abbé Fouré nous a laissé dans l’éternité de la pierre la trace indélébile de son fantastique esprit légendaire et de sa foi inébranlable.

Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim, Présent.
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