vendredi, 26 mai, 2017
Récit des événements grâce aux Mémoires du colonel Pontbriand.

3 septembre 1795 : Les Chouans prennent les Républicains en embuscade à la Bataillère

Pontbriand en 1840.

Pontbriand en 1840.

Le 3 septembre 1795, les Chouans tendent une embuscade aux Républicains : c’est le combat de la Bataillère. Suivons le récit des événements grâce aux Mémoires du colonel chouan Toussaint du Breil de Pontbriand :

« La ville de Fougères manquait de grains ; une colonne de quatre cents hommes avait été en chercher sur la paroisse du Ferré ; elle venait d’Avranches et était chargée d’escorter ces grains ; une partie de la garnison de Fougères devait venir au-devant d’elle. Du Boisguy, ayant été informé de cette opération, résolut d’enlever le convoi et de battre la garnison de Fougères. Il plaça Louvières, avec une partie de ses troupes, près du village de la Bataillère, où il les fit embusquer, et alla se poster avec le reste de l’autre côté du village. Il avait environ neuf cents hommes.

« Vers 1 heure après midi, on lui amena un individu arrêté comme suspect ; il l’interrogea et apprit de lui que l’officier chargé de l’escorte du convoi, qui était fort près, craignant d’être attaqué, l’avait envoyé presser la marche des troupes de Fougères. « Tu resteras avec nous pour voir la danse » lui dit du Boisguy. Elle commença bientôt car, malgré la défiance du commandant, le convoi et l’escorte se trouvèrent au milieu de l’embuscade de Louvières, sans l’avoir aperçue : « Bas les armes ! » s’écria ce chef d’une voix terrible, « ou vous êtes tous morts. » Au même moment, Tuffin et Duval parurent au milieu de la grande route avec les grenadiers de Boismartel, et firent leur décharge à bout portant. Cette attaque subite répandit la terreur parmi les Républicains, qui prirent la fuite, abandonnant quatre voitures chargées de grains. Du Boisguy défendit de les poursuivre ; Louvières détacha seulement une compagnie pour presser leur retraite et reprit sa position.

« Du Boisguy put se féliciter d’avoir conservé toutes ses troupes, car bientôt il eut sur les bras un ennemi plus redoutable ; c’était le chef de bataillon Joré, qui était arrivé la veille avec sept cents carabiniers. S’il eût amené sa troupe entière, il eût probablement battu complètement la colonne Royaliste, mais il pensa que la moitié seulement lui suffirait, et il n’avait pris que trois cents cinquante hommes. Aussitôt que Joré eut reconnu l’embuscade, il ordonna l’attaque à la baïonnette, sans tirer ; ses carabiniers, qui étaient tous soldats d’élite, reçurent la première décharge sans s’ébranler et franchirent si rapidement les fossés qui les séparaient des Royalistes, qu’un très petit nombre avaient eu le temps de recharger leurs armes.

« On se battit au corps à corps ; ces braves soldats se faisaient tuer plutôt que de reculer d’un pas ; du Boisguy en saisit un qu’il somma de se rendre, mais cet homme, doué d’une force extraordinaire, le prit lui-même d’un seul bras, par le milieu du corps, et l’emportait ainsi au milieu des carabiniers ; il était perdu sans le courage de Jean Tréhel, de Laignelet, qui, voyant le danger de son général, se précipite sur le carabinier, le renverse d’un coup de baïonnette, au milieu des siens, et délivre ainsi du Boisguy d’un des plus grand dangers qu’il ait courus. Cependant le combat continuait avec acharnement, et les Royalistes, quoique les plus nombreux, auraient peut-être succombé, sans l’arrivée de Louvières, qui, avec toute sa troupe, menaçait d’envelopper les carabiniers. Joré, voyant la partie si inégale, ordonna la retraite ; mais il était trop tard pour la faire en bon ordre. Ses soldats, pressés de tous côtés, ne purent reprendre leurs rangs et furent obligés de fuir en désordre ; leur intrépide chef les suivit en frémissant, et la troupe entière eût peut-être été détruite, sans l’arrivée du reste des carabiniers et d’une partie de la garnison de Fougères, qui reçurent cette troupe fugitive aux buttes de la Houlettes, où du Boisguy n’osa recommencer le combat.

« La lutte avait duré deux heures. Joré avait perdu vingt-deux hommes à la première décharge, onze seulement furent tués pendant l’action, où l’on se battait au corps à corps ; un assez grand nombre périt dans la déroute. La perte des Royalistes fut de six hommes tués et dix-sept blessés, parmi lesquels Julien Coquelin, du Loroux, Julien Evaux et Noël Clossais de Parigné ; Pierre Roulaux, de La Chapelle-Saint-Aubert, et Jean Chénais, de Fougères, le furent grièvement.

« Le commandant Joré et ses carabiniers rendirent justice aux Royalistes, mais ils disaient que, sans l’arrivée de Louvières, ils auraient pris du Boisguy et détruit sa troupe entière. Les combattants étaient si près les uns des autres et si mêlés pendant l’action, qu’ils ne pouvaient faire usage de leurs armes, ce qui fut cause qu’il n’y en eut que peu à périr dans ce moment. »

Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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