vendredi, 22 septembre, 2017
« Grammaire des civilisations », de Fernand Braudel
« Grammaire des civilisations », de Fernand Braudel.

« Grammaire des civilisations », de Fernand Braudel

À propos de l’auteur

Né en 1902, devenu historien, Fernand Braudel se place au sein de la seconde génération de L’École des Annales.

Refusant l’Histoire événementielle, il revendique au contraire une pratique de l’Histoire au long souffle, permettant de saisir l’évolution de gros « objets » : une société, une aire culturelle, une économie, une civilisation. Par ailleurs, la pluridisciplinarité est de rigueur, il croit à l’unicité des sciences sociales : la géographie, la sociologie, l’économie, la théologie, l’étude des arts, la psychologie collective… Toutes les sciences dites parfois « molles » s’articulent afin que ressorte la chair humaine1 des récits prodigieusement offerts.

Présentation du livre et appréciations

Cliquer pour commander.

Cliquer pour commander.

Si ce livre fut publié aux éditions Arthaud en 1987, tout un chacun pouvait le lire dès 1963. En effet, ce texte fut d’abord la partie centrale du manuel Le Monde actuel, histoire et civilisation. Ce dernier eut l’ambition de répondre aux nouvelles exigences de l’Éducation Nationale : mettre en place un historique des civilisations en classe de terminale. Mais cet ouvrage vécut le triste sort de ne parvenir qu’aux instituteurs car jugé trop inabordable, malgré une limpidité d’écrivain évidente. Braudel pensait qu’« enseigner l’Histoire, [c’était] d’abord savoir la raconter ».

Antérieur à Mai 68, aux futurs programmes sans queue ni tête qui suivront jusqu’à nos jours, nous avons là un ouvrage des plus élaborés répondant amplement à sa gageure. La narration s’achève dans les années 60, mais le lecteur peut aisément la poursuivre en reprenant la méthode braudélienne.

Comment étudier l’Histoire ? Elle se forge d’événements que l’on peut regrouper en épisodes, qui peuvent être reclassés en courants séculaires. Les civilisations se définissent à partir de ce dernier pallier : elles traînent une longue vie, ce sont des structures essentielles encore valables, elles dépassent la notion d’accidentel. Chacune dispose d’une raison propre, de ses équations propres, de sa grammaire propre.

Qu’est-ce donc qu’une civilisation ? Alors que tout semble s’écouler sans fin, différer d’une époque à l’autre au hasard des péripéties, elle est la logique interne qui subsiste au gré des conjonctures. Elle dialogue avec d’autres : elle proscrit certains biens (matériels ou non), en accepte d’autres tout en les faisant siens. Elle ne devient pas prévisible, mais lisible : c’est en cela que Fernand Braudel nous éclaire avec passion.

Les plus grandes civilisations actuelles sont vigoureusement passées en revue. D’une civilisation du transit, située entre foyers de peuplement et eaux salées (Islam), à une civilisation de la masse et de la discipline sociale (Extrême-Orient), jusqu’à la nôtre ayant débattu la liberté et l’homme dans toute sa complexité et ses dérives (Europe), ayant développé extérieurement une uchronie révolutionnaire (l’Amérique du Nord), ainsi qu’une création colorée et complexe (Amérique latine)2 ; les terres non-européennes et européennes sont toutes explorées et leurs puissances caractéristiques se révèlent.

Ce chef d’œuvre a incontestablement le mérite de scruter les civilisations une à une, de sorte qu’à chaque chapitre le fil conducteur ne se perde jamais dans l’accumulation des séries (d’économies, de sociétés). Le cœur d’une civilisation bat, survit aux chocs et aux flottements historiques à travers les hommes qui en héritent; et ses battements s’en font ressentir à qui ose tendre l’oreille. Les sirènes actuelles de la globalisation mondiale n’ont qu’à bien se tenir : les peuples ont une âme !

Souvent, si ce n’est toujours, telle actualité correspond à un lointain rapport de force dont elle est le fruit. De bonnes connaissances géographiques, historiques et sociologiques permettent conséquemment de mieux appréhender les enjeux contemporains. Ce recueil, transmis il y a cinquante ans, certes long (752 pages!), mais riche et captivant d’un bout à l’autre, regorge de ce savoir.

BRAUDEL Fernand, Grammaire des civilisations, Paris, Flammarion, 2013 , 752 pages.

Anthony La Rocca

Nous avons besoin de votre soutien pour vivre et nous développer :

Œuvres de Fernand Braudel

La longue durée, in Annales, 1958, p. 725-753.

Histoire économique et sociale de la France, Paris, PUF, 1977 (dir. avec Ernest Labrousse)

La Méditerranée. L’espace et les hommes, Paris, Arts et métiers graphiques, 1977.

La Méditerranée. Les hommes et l’héritage, Paris, Arts et métiers graphiques, 1978.

Civilisation matérielle, économie et capitalisme (XVe   XVIIIe siècles), Paris, Armand Colin, 3 volumes, 1979.

La dynamique du capitalisme, Paris, Arthaud, 1985.

1 Marc Bloch, cofondateur des Annales écrivait : « Le bon historien ressemble à l’ogre de la légende. Là où il flaire la chair humaine, il sait que là est son gibier ». Extrait d’ Apologie pour l’Histoire ou métier d’historien, Paris, Armand Colin, 1952, 112p.

2 S’ajoutent à ces civilisations : l’Afrique Noire, l’Inde, « l’Asie maritime », les anciennes colonies anglaises, l’Europe orthodoxe.

A propos de Anthony La Rocca

Jeune patriote français, étudiant républicain réactionnaire amoureux de notre patrimoine culturel. Je crois que la France a un destin particulier, je refuse qu'elle soit diluée dans le concert des nations. Sur une ligne bonapartiste, je suis favorable à une synthèse entre tradition et progrès, à un État puissant, autonome et bienveillant, représenté par un homme providentiel. Il s'agit tout autant de s'opposer à la xénophilie de nos élites, de sauvegarder une civilisation, de favoriser le progrès social. Je consulte le Bréviaire des patriotes régulièrement.
Revenir en haut de la page