dimanche, 25 juin, 2017
Pierre Gentillet : « La France a tout intérêt à se rapprocher de la Russie »

Pierre Gentillet : « La France a tout intérêt à se rapprocher de la Russie »

Entretien avec Pierre Gentillet, jeune gaulliste, ancien président des Jeunes de la Droite Populaire. Elève-avocat à l’école de formation du barreau de Paris, il s’intéresse particulièrement à la géopolitique en Europe de l’Est.

Christopher Lannes : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous parler de votre formation ?

Pierre Gentillet : Je suis élève-avocat à l’école de formation du barreau de Paris. Sur le plan politique j’ai été le président des Jeunes de la Droite Populaire, un des courants de l’ex-UMP aujourd’hui Les Républicains. Je suis resté près de 4 ans à l’UMP pour militer en faveur des idéaux gaullistes qui me sont chers. En octobre 2015 j’ai décidé de partir de l’UMP et de cesser toute activité politique. Cela faisait des années que je ne pouvais plus supporter ce parti. Le retour de Sarkozy, l’absence de changement de ligne claire à droite, l’européisme (au sens de l’Union Européenne que je ne confonds pas avec le projet européen millénaire) de plus en plus assumé ont achevé de me dégoûter et je suis parti.

CL : Quelles leçons tirez-vous de votre expérience dans le milieu politique?

PG : J’ai beaucoup appris. La politique, même au niveau où j’étais, est une école de la vie. Vous apprenez sur qui compter, vous essayez de comprendre comment fonctionne un univers où les règles changent en permanence, un monde où l’instabilité est la règle. Mon expérience s’est surtout faite au niveau géopolitique où j’ai beaucoup appris tout d’abord par mes propres lectures, ainsi qu’au coté de Thierry Mariani. J’ai ainsi pu me rendre en Crimée de nouveau russe ou encore à Moscou pour rencontrer le ministre des affaires étrangères Sergei Lavrov. Pour mon jeune âge j’ai eu beaucoup de chance.

CL : François Hollande vient tout juste de gracier Jacqueline Sauvage, cette femme condamnée pour avoir tué son mari. Que pensez-vous de cette décision?

PG : Je connais mal le fond de ce dossier. Ce que je peux néanmoins vous dire c’est que quoi qu’il en soit nous vivons dans une société où c’est l’émotion qui a dicté in fine au politique son action, et cela je trouve que c’est assez inquiétant.

CL : Selon vous, l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis va-t-elle influer sur les relations internationales ?

PG : C’est fort probable. Donald Trump a été constant en matière de politique étrangère tout au long de sa campagne et encore aujourd’hui en tant que président-élu. Je relèverai trois points d’importance majeure dans le changement de politique étrangère qui s’annonce pour les États-Unis.

Le premier va consister à pacifier les rapports avec la Russie même si je ne pense pas pour autant que les deux pays vont devenir alliés. Donald Trump va sans doute faire pression sur l’administration américaine pour que celle-ci cesse de soutenir le gouvernement ukrainien face à la Russie. Cela pourrait précipiter par ailleurs rapidement la fin de «l’expérience Maïdan» qui n’est rien d’autre qu’une révolution colorée.

Le second point ensuite sera la lutte prioritaire contre l’État Islamique au Moyen-Orient, ce qui suppose la fin du soutien financier et politique aux groupements rebelles islamistes avec lesquels l’administration américaine (CIA et Pentagone) a eu un comportement plus que douteux. Cet abandon se couplera probablement avec une normalisation des relations avec Bachar al-Assad, lequel pourra alors continuer plus efficacement la lutte contre les groupes terroristes et Daech.

Le dernier point enfin sera probablement un désengagement de la puissance militaire américaine du continent européen pour se rabattre vers l’Asie car là se trouve le véritable danger face à l’hégémonie américaine : la Chine. Trump en a beaucoup parlé pendant sa campagne. De nouvelles zones de tensions risquent d’émerger, en particulier en mer de Chine dans les années à venir. Je vous renvoie pour cela aux excellentes vidéos d’Emmanuel Lincot sur Stratpol. Par ailleurs, si ce désengagement est une bonne nouvelle pour les Européens dans leur quête d’indépendance vis à vis de la puissance américaine, il peut aussi signifier la réémergence de nouveaux conflits en particulier dans les Balkans où les Américains (malgré eux) ont joué après l’intervention catastrophique en Bosnie et au Kosovo le rôle de stabilisateurs. Le départ des américains de Bonstell, le plus gros camp militaire américain en Europe, risque de raviver les tensions entre Serbes et Albanais. Chacun risque de s’arracher le Kosovo et une nouvelle guerre à moyen terme serait alors possible. C’est malheureusement l’effet pervers de ce désengagement américain.

CL : Comment analysez-vous l’évolution de la situation en Syrie ? Après l’intervention déterminante de la Russie, voyez-vous les membres de la coalition se résoudre à traiter avec Bachar el-Assad ?

PG : Depuis l’intervention russe en septembre 2015, la donne a complètement changé. Les forces loyalistes syriennes ont repris l’avantage et sont en train de gagner la bataille des grandes villes avec notamment la prise d’Alep en décembre 2016. Mais cette guerre risque de durer encore des années car il reste encore de larges zones détenues par les rebelles dans le nord ouest du pays, et tout l’est du pays est tenu par l’État Islamique. Les succès militaires remportés par l’armée syrienne et Bachar el-Assad risquent de s’imposer aux Occidentaux car ils comprennent de plus en plus que leurs populations exigent plus de fermeté dans la lutte contre l’État islamique. Quand l’opposition dite «modérée» aura perdu suffisamment de terrain, je pense que, avec l’arrivée au pouvoir de Trump, la France et l’Allemagne n’auront pas d’autre choix dans un premier temps que de cesser le soutien aux rebelles puis de rétablir le contact diplomatique avec Bachar el-Assad pour lutter contre l’État Islamique. En une phrase, si Vladimir Poutine et Donald Trump tombent d’accord sur la Syrie, la France et l’Allemagne ne pourront guère s’y opposer.

La France a tout intérêt à se rapprocher de la Russie pour retrouver son indépendance et sa place de puissance d’équilibre.

CL : Définitivement, la Russie a retrouvé toute sa place sur l’échiquier mondial. Quel serait l’intérêt pour la France de se rapprocher de Moscou après des décennies de suivisme atlantiste?

PG : La Russie renaît, c’est incontestable. C’est un signal d’espoir pour nous autres Européens. La France a tout intérêt à se rapprocher de la Russie pour retrouver son indépendance. Pour se défaire d’un tropisme trop atlantiste la France doit, selon moi, se rapprocher de la Russie pour retrouver sa place de puissance d’équilibre puisque c’est en étant indépendante sur le plan international que la France pourra assumer le grand rôle qui selon moi lui incombe pour le XXIème siècle: celui d’arbitre des grandes puissances, ce que De Gaulle avait compris. De par sa position géographique, son siège permanent au conseil de sécurité de l’ONU, son influence en Afrique, la France peut, après avoir été un empire jusqu’au XIXème siècle, être l’arbitre des grands empires présents et naissants au XXIème siècle.

CL : Récemment vainqueur lors de la primaire de la Droite et du Centre, François Fillon fait partie des rares hommes politiques à adopter une position intelligente vis-à-vis de la Russie et de la Syrie. Que pensez-vous du candidat et de son programme sur le plan international?

PG : Il est vrai qu’à la primaire de droite en novembre, il était le seul à l’exception de Jean-Frédéric Poisson, à défendre une vision courageuse et pleinement gaullienne en matière de politique internationale. François Fillon est un homme qui, je pense, a le sens de l’État. En revanche, je crains deux choses : ses conseillers, qui sont parfois aux antipodes des convictions qu’il affiche sur la politique étrangère, et son côté indécis. La France traverse une période de crises à tous les plans. La demi-mesure ne sauvera pas le pays. Je crains que le caractère indécis de l’homme ne desserve ses idées. Son désir de rapprochement avec la Russie et sa volonté affichée de normalisation des rapports avec le régime de Bachar Al Assad vont dans le bon sens mais encore une fois, le fera-t-il vraiment une fois au pouvoir? La nomination de Bruno Le Maire aux affaires étrangères est en ce sens un indicateur très inquiétant. Nommer pour le représenter un homme qui a soutenu les sanctions contre la Russie, approuvé la décision de ne pas livrer les Mistral, qui disait en 2014 que «Poutine n’était pas le bienvenu en France» est assurément un très mauvais signe, surtout si celui-ci est appelé à s’installer au quai d’Orsay en mai prochain. Encore une fois les idées de François Fillon vont dans le bon sens s’agissant des affaires internationales, reste à voir s’il tiendra le cap.

CL : Et concernant la politique intérieure (Sécurité, identité, économie…), que vous inspire le programme de François Fillon?

PG : Sur le plan économique il y a de bonnes choses. Les classes moyennes supportent aujourd’hui une part de l’impôt sur le revenu excessive, les PME sont asphyxiées par les taxes. De ce coté-là François Fillon marque des points. En revanche il reste beaucoup trop libéral sur de nombreux points. Si la France se meurt aujourd’hui économiquement, si nos entreprises partent à l’étranger c’est aussi à cause de la concurrence excessive et de l’idéologie libérale de la Commission européenne qui promeut je le rappelle des principes libéraux tels que la libre-circulation de marchandises et des capitaux. La solution serait en ce sens un retour à davantage de protectionnisme, ce que font tous les grands pays comme la Chine, les États-Unis ou encore la Russie. Sur le volet social enfin je trouve que cette «économie du sacrifice» pour reprendre le titre d’un livre d’Henri Guaino est une mauvaise solution. Il y a évidemment des abus dans les prestations sociales, notamment celles que l’on donne aux clandestins ou à certains demandeurs d’emplois français, mais il ne faut pas tout casser et savoir conserver ce qui est utile et nécessaire, en particulier s’agissant de la sécurité sociale.

Sur le plan de l’immigration et de la sécurité, François Fillon a clairement affiché qu’il ne voulait pas revenir sur Schengen. C’est évidemment une erreur colossale, surtout dans le contexte de lutte contre le terrorisme contre lequel nous vivons où il devient vital de contrôler nos frontières. Mais pour cela, il faut revenir sur les traités européens et cela François Fillon ne le souhaite pas. C’est bien dommage.

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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