Les livres sous le Premier Empire
Napoléon faisant la lecture au Roi de Rome.

Les livres sous le Premier Empire

L’une des plus grandes satisfactions de posséder des livres anciens, c’est de pouvoir voyager dans le temps : une connexion intime avec l’époque s’établit, comme s’il on tenait dans ses mains un objet médiateur, capable de nous transmettre un peu plus qu’une simple distraction intellectuelle. Le bréviaire des patriotes se fait l’écho de cette médiation, il me semble donc juste de partager ce voyage au pays « Histoire de France » en commençant par le Premier Empire.

Chaque grande époque souveraine a donné à la France une énergie favorable aux créations humaines — n’est ce pas la somme de ces créations qui fonde notre culture ? — et l’héritage Napoléonien gigantesque montre à quel point le Premier Empire a su gonfler l’esprit créatif – législation, institutions, urbanisme, architecture, peinture… Si l’Empereur est encore aujourd’hui le sujet d’un nombre considérable de publications, voyons quelle a été son influence sur les livres de l’époque.

Mais d’abord, un point sur la période révolutionnaire et le Directoire

Un tournant important dans l’histoire du livre :

  • D’abord par les troubles de la Révolution qui ont stoppé brutalement la production. Un nombre considérable d’ateliers a fermé ses portes, le matériel a été confisqué et fondu, les apprentis imprimeurs et relieurs ont perdu compagnons et maîtres…
  • Par la mise à mort ou l’émigration massive d’une grande partie de la noblesse qui constituait la clientèle privilégiée des libraires* et des relieurs.
  • Enfin, par les nouveaux procédés de fabrication apparaissant dès le dernier tiers du XVIIIe siècle, visant d’abord à répondre à la pénurie de matières premières — modification de la pâte à papier, coutures sur nerfs abandonnées, dos plats ou brisé, reliure demi-cuir — et à s’inspirer de la production anglaise. Le « savoir-faire » traditionnel en a pris un coup.

On reconnaîtra aisément un livre de la période révolutionnaire à la simplicité de son décor, souvent limité sur le dos du livre à quelques fleurons représentant épées et bonnets phrygiens, ainsi qu’au papier teinté au méthylène qu’on nomme « bleu révolutionnaire ». Sous le Directoire, moins de reliures luxueuses certes — abandon des décors « à la dentelle » du style Louis XV et Louis XVI —, mais on trouve tout de même de très beaux livres en veau raciné, en maroquin à long grain et deux grands noms de l’histoire de la reliure se démarquent alors : Bozérian et Bradel.

Napoléon et les livres

bibliothèque portativeBibliothèque portative

Pour avoir une idée juste de la relation de Napoléon aux livres, il faut se tourner vers sa bibliothèque, ou plus précisément ses bibliothèques ! Autant de bibliothèques que de résidences ! Sans compter les bibliothèques portatives, car même pendant ses déplacements et ses Campagnes, Napoléon poursuit ses lectures et ce… jusqu’à Sainte-Hélène**. Aucun doute sur l’amour de l’Empereur pour la lecture et les livres, qu’il mentionne même dans son testament.

Que lit-il ? S’il a une préférence pour les textes classiques de l’Antiquité, sa curiosité insatiable le pousse à dévorer des livres dont les sujets sont très variés. Il a chargé un bibliothécaire de confiance pour lui fournir livres et fiches de lecture ! Cet homme extraordinaire de patience et d’érudition se nomme Antoine-Alexandre Barbier et devient son véritable conseiller littéraire.
La bibliothèque impériale se gonfle alors d’ouvrages soigneusement sélectionnés par M. Barbier, ou encore acquis dans toute l’Europe ou offert par les auteurs, tous luxueusement reliés en maroquin rouge ou bleu aux armes de l’Empereur, tandis que les livres destinés à l’usage personnel de Napoléon sont reliés en veau, ne portent pas nécessairement ses armes mais dont le plat — la couverture — mentionne très souvent le lieu de la résidence de leur provenance en lettres dorées — Compiègne, Saint-Cloud, Rambouillet, Trianon…

On reconnaîtra un beau livre « Premier empire » à son dos lisse et à ses ornements : feuillage naturel sur les bordures — lierre, palmettes —, ou symboles antiques — amphores — et impériaux — abeilles — ou filets et formes géométriques. Aux curieux et amateurs de reliures empires, je recommande vivement cet ouvrage : Reliures imperiales – Bibliothèque napoléonienne de Gérard Souham

On assiste donc à un élan nouveau pour la production livresque, ainsi qu’au retour d’une clientèle férue de livres et de curiosités intellectuelles. La bourgeoisie et la nouvelle noblesse se précipitent à tous les événements culturels — expositions, conférences et salons littéraires. Dans son livre « La vie à Paris sous le 1er empire », Jules Bertaut rapporte que le public raffole des « Athénées », sorte d’Universités des Annales où l’on cotise par abonnement pour assister à des conférences, consulter journaux, revues et livres dans des cabinets de lecture, et pour écouter des concerts.

Les conquêtes Napoléoniennes ouvrent l’appétit intellectuel des Français et, s’il fallait ne retenir qu’un ouvrage de cette période, ce serait l’oeuvre monumentale commanditée par l’Empereur : la « Description de l’Egypte ou Recueil des observations et recherches qui ont été faites en Égypte pendant l’expédition française », considérée comme la publication la plus importante jamais entreprise par le Gouvernement Français, adjugée il y a deux ans à plus d’un million d’euros chez Christie’s à Paris.
D’un point de vue purement littéraire, et après les Belles Lettres de l’Ancien Régime, il faut reconnaître que le début de la période est très médiocre : on voit surtout paraître une multitude de publications poétiques de second ordre… jusqu’à l’éclat du « Génie du Christianisme » de Chateaubriand. Le Premier Empire forme le terreau du Romantisme.

Quel élan créatif aujourd’hui ?

Ce rapide voyage avec l’empereur, inspiré par les livres anciens, ne devrait pas se conclure par une comparaison avec nos gouvernants en ce début du XXIe siècle — par courtoisie — mais nous conduire à la réflexion suivante : promouvoir la créativité française, la culture française devrait être tout naturel chez les dirigeants. Où est donc passé le rayonnement français, cette énergie indispensable à la création ?

Céline Essentiam

 


* libraire : comprendre “éditeur-imprimeur-libraire”
** au sujet de la dernière demeure de l’Empereur et de sa dernière bibliothèque : lire en ligne ce précieux témoignage d’un bibliothécaire-collectionneur passionné La bibliothèque de Napoléon à Sainte-Hélène par Victor Advielle, 1894. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5440716b

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A propos de Céline Essentiam

Je suis infographiste et travaille en communication "print". Parallèlement à mon métier, je développe une activité autour de ma passion : les livres anciens. D'abord avec la création d'une librairie dans le IXe arrondissement de Paris, puis d'un site internet pour partager mes connaissances sur l'histoire du livre, et la conservation du patrimoine écrit.

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