samedi, 27 mai, 2017
Histoire des armoiries de la ville de Paris

Histoire des armoiries de la ville de Paris

De par leur caractère symbolique, les armoiries retracent à elles-seules tout un pan de notre histoire, et c’est ainsi toute notre ADN nationale qui se retrouve inscrite dans le marbre de nos cités. Pour comprendre celles de Paris, il faut remonter aux balbutiements de la cité, avant l’invasion romaine, et se prendre de passion pour une ville qui, en accord avec sa devise, « est battue par les flots mais jamais ne sombre ».

Blasonnement

blason_paris_cocorico-272x300Le blason constitue le sujet principal des armoiries. Voici le blasonnement officiel, en langage héraldique, de la ville de Paris : « De gueules à la nef équipée et habillée d’argent voguant sur des ondes du même mouvant de la pointe, au chef d’azur semé de fleurs de lys d’or. »

Plus vulgairement, on pourrait traduire : « Fond de couleur rouge (gueules) chargé d’un navire (nef) de couleur (émail) argent voguant sur des flots (ondes) de la même couleur qui se situent au bas du blason (pointe), le haut (chef) est de couleur azur et est semé de fleurs de lys d’or. »

La confrérie des Nautes

Le bateau situé au centre de l’écu est hérité de la puissance confrérie des Nautes, corporation de navigateurs et commerçants de la tribu des Parisii. Les Nautes de Lutèce avaient le monopole du commerce fluvial sur la Seine et le conservèrent après l’invasion romaine de 52 av. J.-C. Grâce au célèbre « pilier des Nautes », élevé en hommage à Jupiter sous le règne de l’Empereur Tibère, on constate que les navigateurs parisiens – Nautae Parisiaci – jouissaient d’un grand pouvoir sur la ville, un pouvoir reconnu par Rome.

À noter que le terme grec naútês vient de la terminologie grecque naus qui a donné en latin navis et en français « navire » et « navigation ».

Au Moyen-Âge, en 1170, les Marchands de l’eau – Mercator aquae Parisius – recurent de Louis VII des privilèges de commerce et de navigation sur une partie de la Seine, et obtinrent même, en 1210 de la part de Philippe Auguste, des droits de Prévôté. Ainsi naissait la municipalité parisienne.

Les Nautes marquent, après 1210, leurs actes officiels de leur sceau représentant un navire. Au départ de cire naturelle, le sceau devint rouge, semble-t-il sur l’impulsion du prévôt des marchands Étienne Marcel qui avait pour couleurs attitrées le rouge et le bleu – couleurs actuelles de la ville de Paris.

Les fleurs de lys

Les fleurs de lys, symbole de la monarchie, apparaissent sur le sceau en décembre 1358, après la mort d’Étienne Marcel. Situées sur les voiles du bateau, elles marquent le retour du pouvoir royal après les évènements tumultueux – Jacqueries – qui ont précédé. Elles demeurent sur le sceau, puis sur le blason – à son chef – jusqu’à la Révolution qui, par le décret du 20 juin 1790, abolit les privilèges de la noblesse et supprime tous les emblèmes qui s’y rapportent. C’est ainsi que toutes les armoiries des villes furent effacées.

Sous le Premier Empire, Napoléon Ier rétablit les armoiries pour les villes et, de par les lettres patentes accordées à celle de Paris le 29 janvier 1811, la capitale retrouve son blason. Les fleurs de lys sont cependant remplacées par trois abeilles d’or sont fond de gueules – rouge –, une étoile d’argent est placée au-dessus de la nef avec la déesse Isis à sa proue. Celle-ci fait référence au culte, très répandu dans la Gaule de l’époque, que lui vouaient les Nautes avant l’invasion romaine.

La Restauration venue, Louis XVIII rétablit le blason dans sa forme fleurdelisée par les lettres patentes de 1817. La deuxième République remplacera celles-ci, en 1848, par des étoiles. C’est Napoléon III qui, par la décision préfectorale du 24 novembre 1853, permettra le retour des fleurs de lys sur le blason de Paris qui, après une histoire tumultueuse, demeurera presque inchangé jusqu’à nos jours, à l’exception des ornements extérieurs qui furent rajoutés pour compléter l’histoire de la ville.

Ornements extérieurs

Les ornements extérieurs sont ce qui entoure et complète le blason pour former un tout que l’on appelle les armoiries. En ce qui concerne le blason de Paris, il est timbré (en haut) d’une couronne murale crénelée. Elle symbolise la vaillante résistance de la ville qui, malgré nombre de batailles et de sièges, s’est toujours relevée. À dextre (droite par rapport au blason) un rameau de chêne avec glands, couronne civique récompensant des actes de bravoure citoyens. À sénestre (gauche par rapport au blason) un rameau de laurier avec baies, couronne triomphale symbole de la victoire. Les deux rameaux sont tous deux au naturel, croisés en pointe en sautoir et retenant, appendues à la pointe de l’écu, un listel de parchemin sur lequel est inscrit la devise de la ville : « Fluctuat Nec Mergitur », soit « Il est battu par les flots mais jamais ne sombre ».

En dessous de l’écu, on retrouve la Légion d’honneur – décret du 9 octobre 1900 –, la croix de Guerre 1914-1918 – décret du 28 juillet 1919 – et la croix de la Libération – décret du 24 mars 1945, ajoutées par la ville au courant du XXème siècle.

Ainsi constate-t-on, après une petite étude, que les armoiries sont bien plus parlantes que l’on ne pourrait l’imaginer. Elles retracent à elles-seules, de par leur symbolique, une grande partie de l’histoire de nos villes et de nos régions. C’est tout un pan de notre histoire qui est inscrit dans le marbre de nos cités, relatant les gloires et les beautés de notre grand pays et forgeant, s’il en était besoin, notre ADN nationale.

Christopher Lings

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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