Entretien avec le Secrétaire général de l'Action Française.

Olivier Perceval : « La destinée d’un pays comme la France se joue sur le temps long »

Action Française

Action FrançaiseOlivier Perceval est le Secrétaire Général de l’Action Française.

L’Action Française est un mouvement royaliste « animé par une double préoccupation : elle entend préparer la restauration de la monarchie et, dans l’attente du retour du roi, œuvrer pour la défense de l’intérêt national. »

– Le site de l’Action Française

Pouvez-vous nous présenter, en quelques lignes, l’Action Française ?

Charles Maurras

Charles Maurras à sa bibliothèque

C’est une vieille dame. Très brièvement, l’Action Française était à l’origine une revue patriotique et républicaine devenue quotidienne et monarchiste sous l’influence de Charles Maurras , au début du siècle précédent, porteuse des idées du mouvement d’Action française (ligue, camelots..). Elle a dominé intellectuellement toute la première moitié du 20eme siècle et s’est écroulée sous deux coups de boutoirs terribles, d’abord la condamnation par l’Eglise en 1926 et ensuite la seconde guerre mondiale qui la vit se diviser entre pro et anti Vichy.

Aujourd’hui nous sommes dans une phase de nouveau départ, où les acteurs du passé ont pratiquement disparus et les passions sont retombées. Nous prônons la pensée de Maurras mais avec le regard à la fois bienveillant et critique que pouvait avoir un Pierre Boutang par exemple.
Ne pensez-vous pas que les liens de parenté entre les différents souverains européens sont un obstacle au seul intérêt national ?

Je ne crois pas. S’ils peuvent renforcer une entente et accroitre les capacités de négociation d’une nation à l’autre, l’expérience des capétiens montre avec la construction du « pré carré » qui s’est établi en particulier contre les ambitions de l’Empire austro-hongrois, que leur volonté politique n’a nullement été altérée par les liens familiaux des royautés d’Europe.

Toute la subtilité de cette parentèle est qu’elle donne peu ou prou des limites aux débordements guerriers tels que nous avons pu les voir exploser après la révolution, guerres totales, guerres mondiales. La haine de l’ennemi au sang impur.

Quel regard portez-vous sur Henri VII, comte de Paris, duc de France et actuel chef de la Maison de France ?

C’est un homme qui a traversé des périodes de vie difficile, à commencer par la position de « fils de son père ». Il semble qu’il ait enfin aujourd’hui trouvé un équilibre et qu’il soit assez bien entouré si l’on en juge par certains communiqués forts pertinents, sur l’Union Européenne, ou sur le mariage pour tous notamment. Mais en tant que royaliste, il ne m’appartient pas de porter un jugement sur le prince. Aujourd’hui, sa fonction est moins de faire que d’être.

 La démocratie n’ayant pas inventé le droit de vote, pouvez-vous nous parler de ce dernier sous la monarchie ?

Le droit de vote sous différents modes existe depuis fort longtemps, l’acclamation du chef qu’on hissait sur le pavois date d’avant les Mérovingiens. L’Eglise dans ses monastères fait élire par scrutins réguliers ses prieurs, jusqu’au Pape qui est élu par les cardinaux depuis les premiers siècles. Depuis les plus anciennes traditions médiévales on élit les échevins, on vote dans les corporations et les Jurandes. Au fur et a mesure que les villes sont affranchies par décret royal, une façon de réduire le pouvoir des féodaux, naissent les conseils municipaux élus par les bourgeois.

Il va donc de soi que sous une monarchie nouvelle qui verrait le jour (soyons fous) après la 5eme république, le vote ne disparaitrait pas. Nous sommes partisans du principe de subsidiarité qui rend les sujets responsables à leur niveau d’intérêt et de compétence. Ce qu’aujourd’hui on appelle la démocratie participative ressemble plus à notre conception que le système dit représentatif actuel, lequel voit poindre des professionnels du scrutin, en fait de bons commerciaux qui savent se vendre, soutenus par des appareils puissants et qui constituent l’élite politique actuelle. Cette mise en scène de la lutte lancinante pour le pouvoir (avec l’illusion que tout monde peut y parvenir) instituée par les démocraties modernes réduit la politique à une compétition permanente et nuit à l’objectivité désintéressée des enjeux du bien commun.

La légende voudrait que le pouvoir royal eût été absolu. Un mythe ?

Le roi Louis XIV

Louis XIV de France | Hyacinthe Rigault, 1701.

Michelet parle d’absolutisme de la monarchie avec le siècle de Louis XIV en particulier. Il faut reconnaître que ce grand roi a tout fait pour restaurer une image sacrale solaire. Aujourd’hui on appellerait ça de la « communication politique ». Il a domestiqué la grande noblesse et fait monter en puissance la bourgeoisie. Le symbole étant l’arrestation de Fouquet et l’élévation de Colbert. Tout cela contribue à cette image d’absolutisme, et à cela s’ajoute le renforcement de la puissance et de l’indépendance de l’état mis à mal par la Fronde. Mais cet absolutisme n’est rien d’autre que l’affranchissement de l’état du poids des lobbies et autres groupes de pression. En ce sens, la monarchie absolue devra se comprendre comme monarchie indépendante.

Au reste, si l’on compare le pouvoir monarchique, même sous Louis XIV, limité aux seules fonctions régaliennes : Justice, défense, diplomatie, auxquelles s’ajoutent l’ordre intérieur et les finances publiques, aux pouvoirs de la cinquième république par exemple où on trouve, en plus des pouvoirs régaliens, la culture, l’éducation, les sports, la santé, l’industrie, l’économie, les transports, la famille, l’environnement, et que sais-je. On voit bien que nous, français, sommes envahis dans notre quotidien par un état omnipotent et obèse. C’est du reste cette obésité qui le rend inefficace et immobile, attendant les ordres de Bruxelles.

Vous dites que le peuple avait, à l’époque et via les corporations par exemple, beaucoup plus de pouvoir qu’actuellement, où nous ne sommes plus que des individus isolés face au pouvoir intangible…

Oui, en effet, mais c’était prévisible dès l’écriture du contrat social de Jean Jacques Rousseau.

L’utopiste avait imaginé que pour éviter toute perversion sociale il ne fallait que deux entités face à face : l’individu et l’état. L’individu en question ne devait pas avoir d’ascendance ni de filiation. C’était un homme qui ne devait pas être issu d’une quelconque communauté d’intérêt ou de culture.

Le problème c’est que l’Etat pour exister devait être constitué et mis en place par une majorité. Dès lors, l’individu dépourvu de famille, d’amis, de collègues, de toute forme d’organisation sociale intermédiaire ne pouvait qu’être broyé par l’état.

Robespierre dans sa folie sanglante, ne faisait en fait qu’appliquer les thèses de Jean-Jacques, évidemment inapplicables, comme si on voulait faire entrer par force un œuf frais dans un dé à coudre, c’est un massacre et la révolution a été un massacre.

En quoi la monarchie a-t-elle toujours été constitutionnelle ?

La monarchie n’est pas une invention de théoriciens ou d’idéologues géniaux. C’est une construction empirique qui s’est affinée au long des siècles jusqu’à donner un système équilibré. Il n’y a pas de contrat ou constitution écrite pendant des siècles et on s’en est trouvé fort bien, à une époque où les usages, les coutumes et la tradition sont déterminants. Il existe des lois fondamentales depuis longtemps, mais qui ont été transcrites tardivement.

Alors on oppose monarchie absolue, voire autoritaire à monarchie constitutionnelle. L’idée qu’un texte accessible par tous, définisse et encadre les prérogatives de la monarchie ne nous gène en rien. En revanche, monarchie constitutionnelle signifie presque tout le temps, monarchie parlementaire. Et là, notre maître de Martigues a clairement défini la position de l’Action française : nous sommes pour « une monarchie traditionnelle, antiparlementaire et décentralisée ». Quand Maurras dit antiparlementaire, il n’est pas contre des parlements provinciaux, mais il s’oppose de toutes ses forces à un système de fait corrompu, système de connivence centralisé qui permet de faire des affaires à Paris et de nourrir des partis qui ne sont que des écuries de pouvoir.

La transmission héréditaire du pouvoir est selon vous un gage de stabilité. N’y a-t-il pas un risque de passivité pour une dynastie qui « s’endormirait sur ses lauriers » ?

Je ne pense pas que l’hérédité soit un problème. Là où elle existe, la succession provoque toujours l’enthousiasme des peuples, on l’a encore vu en Hollande récemment. Quant au risque de passivité provoqué par une dynastie endormie. Côté passivité, notre président « normal » en est l’illustration. Il n’est nul besoin d’être dynaste pour s’endormir en politique et en l’occurrence sans les moindres lauriers.

Nous pensons en effet, comme l’écrivait Braudel en parlant de l’Histoire, que la destinée d’un pays comme la France se joue sur le « temps long ». La famille étant la cellule de base et la garantie de continuité de la société, il appartient à une famille d’incarner la continuité de l’Etat.

Quel regard portez-vous sur Napoléon Ier, Napoléon III et le bonapartisme ? Est-ce à vos yeux un régime proche de la monarchie ?

Napoléon Ier Empereur des Français

Napoléon Ier sur le trône impérial | Ingres, 1806.

Je ne suis pas très familier du bonapartisme actuel. J’ai le regard de Bainville sur Napoléon, avec une certaine indulgence : L’auteur est l’un des rares a préciser que Napoléon ne souhaitait pas faire les guerres qui lui ont été imposées par les britanniques et qu’il préférait travailler à l’organisation du pays dans tous les domaines, que ce soit le code civil, les arts, la science, l’industrialisation…
Mais je ne peux oublier la fusillade de Saint Roch contre le peuple Parisien, commandée par le général Bonaparte, et puis l’état dans lequel il a laissé la France, après les 100 jours.

Napoléon III, s’il n’a pas démérité, a lui aussi après Sedan laissée une France encore occupée et endettée. Mais je me garde bien de porter un jugement définitif sur ces personnalités qui ont contribué, certes de manière chaotique, à écrire aussi de belles pages de notre Histoire. Je considère que les deux empires étaient au moins des tentatives d’instauration de monarchies à défaut de royaumes.

Et concernant le gaullisme ?

Concernant le gaullisme, il ya le Général, l’homme de juin 40, et puis la douloureuse histoire de l’Algérie et son lot d’horreurs. Cet aspect historique pèse lourd chez un certain nombre de nos adhérents. L’Action française a pris une part importante dans le combat pour l’Algérie française et beaucoup de nos amis on fait de la prison et ont perdu de la famille et des amis chers dans ce conflit.

Il n’empêche que nous considérons, indépendamment de ces évènements, de Gaulle comme le dernier homme d’état de notre histoire récente. Son indépendance face aux américains, sa politique africaine, la réindustrialisation du pays, bref sa perception de l’Etat et son idée de la France, ont ramené le pays au troisième rang mondial. La constitution de la Vème République est elle-même monarchique.

Quelle sera la place de l’Église catholique et de la religion chrétienne en France dans l’éventualité d’un retour du roi ?

La France est consubstantielle à l’Eglise. Notre pays évangélisé par Saint Martin est devenu un royaume par la conversion de Clovis notre premier roi dont l’onction fut rendue possible par un miracle. Depuis la France est fille aînée de l’Eglise. Notre monarchie sera française, donc chrétienne. Il y aura donc une religion officielle de l’Etat, comme c’est le cas dans les pays scandinaves actuellement, qui sera le catholicisme en l’occurrence. Bien sûr, il est inutile de préciser que la liberté religieuse ne sera pas remise en cause et que chacun pourra ou pratiquer la religion de son choix ou ne rien pratiquer du tout.

Enfin, pouvez-vous nous parler de l’actualité de l’Action Française et des actions en cours ?

AF logoNotre manifeste commence comme cela : » L’Action française est animée par une double préoccupation : Elle entend préparer la restauration de la monarchie et, dans l’attente du retour du roi, œuvrer pour la défense de l’intérêt national. »

Nous pensons en effet qu’en attendant l’héritier, il faut sauver l’héritage.

C’est pourquoi aujourd’hui avec le père catastrophiquement « normal » de l’Elysée, nous sommes fréquemment dans la rue, notamment pour lutter contre la loi Taubira et les violences policières qui l’accompagnent. Nous organisons chaque mois dans nos locaux à Paris et dans des salles prêtées ou louées en province, des conférences avec des personnalités anticonformistes. Chaque semaine, un cercle Lycéens-étudiants fonctionne à Paris, mais aussi Marseille, Bordeaux, Lyon, et avec une moins grande fréquence, Toulouse, Nice, Rennes…

Nous voyons apparaître de plus en plus de jeunes dans nos rangs et nous nous efforçons de les former. Cet été, comme chaque année, nous organisons le camp Maxime Réal del Sarte, (du nom du militant artiste, fondateur des camelots du roi.) Ce camp de formation, outre une ambiance d’amitié et de camaraderie, constitue une excellente structure de formation. Il est ouvert aux jeunes de 16 à 30 ans.

Notre actualité imminente, c’est le weekend d’Action française les 11 et 12 mai pour la fête de Jeanne d’Arc, sur le thème cette année du printemps français que nous appelons de nos vœux.

Propos reccueillis par Christopher Lings

VN:F [1.9.22_1171]
Avis: 10.0/10 (1 vote pris en compte)
Olivier Perceval : « La destinée d’un pays comme la France se joue sur le temps long », 10.0 sur 10 basé sur 1 vote(s)

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim, Présent.
Revenir en haut de la page