jeudi, 27 juillet, 2017

La nouvelle mode en politique monétaire : le QE

Depuis déjà plusieurs années ce terme est apparu, littéralement cela signifie « Quantitative Easing », comprenez « Assouplissement quantitatif ». Même extrait de son abréviation puis traduit, cela reste tout aussi flou. Quoique d’autres s’y sont déjà longuement essayés, le terme est souvent attribué à la politique monétaire de la FED depuis 2008 à travers QE1 QE2 et aujourd’hui QE3. Les effets de cette politique monétaire sont difficiles à mesurer, et désormais son utilisation est de plus en plus remise en question.

Qu’est ce donc ?

C’est avant tout une mesure de dernier recours, seules les banques centrales y sont habilitées. A une autre époque, on pouvait aisément parler de planche à billets; aujourd’hui, la dimension en est tout autre, mais le principe demeure le même. De nos jours, la dette des Etats et même la dette privée peut être achetée à travers un produit financier appelé « obligation ». Ce n’est qu’une sorte de contrat d’emprunt, et lorsque vous achetez une OAT (Obligation Assimilable au Trésor), vous prêtez à l’Etat français à un taux proposé qui diffère selon la durée du prêt. Donc, par exemple, qu’est-ce que peut faire une banque centrale lorsqu’elle réalise un QE ? Elle peut acquérir des obligations françaises en contrepartie de gonfler son bilan et donc permettre de financer l’Etat. Elle peut aussi tout autant racheter des titres financiers privés.

Qui pratique donc le QE ?

En fait, désormais un peu tout le monde s’y met. Mais les champions toutes catégories confondues sont les japonais ; entre 2001 et 2006 ils ont injectés près de 30 trillions de Yen dans l’économie. Force est de constater qu’aujourd’hui ils en sont au QE 8, avec une dette de plus de 230% de leur PIB, et que finalement ça ne marche pas aussi bien qu’escompté. Nonobstant, mardi dernier la banque du Japon a décidé de recommencer une nouvelle fois.

En seconde position, on a les USA avec 3 QE depuis 2008. Les deux premiers visaient surtout à sortir de la crise de liquidité créée en 2008, la FED inondait alors le marché interbancaire pour relancer le crédit entre les banques, soit au total plus de 2000 milliards de dollars mi-2010. La FED ne rachetait quasiment que les actifs toxiques des banques, devenus complètement invendables. Depuis le début de l’été, elle a lancé QE3 qui vise à injecter 40 milliards de dollars chaque mois à durée illimitée pour relancer le taux d’emploi.

D’autres pays l’ont aussi fait comme la Banque d’Angleterre ou la Banque Nationale Suisse, à travers l’utilisation d’outils légèrement différents mais visant globalement des objectifs similaires. La BCE n’a pas fait de QE au sens véritable du terme, mais a proposé des opérations de refinancements non conventionnelles à bas prix des banques commerciales (LTRO) et des opérations de refinancement des Etats avec stérilisation (SMP et OMT). La stérilisation consiste d’une certaine manière à confisquer d’un autre coté les liquidités accordées aux Etats.

Quelles sont les raisons pour réaliser un QE ?

En général, dans une crise déflationniste la banque centrale commence par agir sur un premier levier, celui des taux directeurs. Globalement ces taux se répercutent proportionnellement sur les taux d’épargne et taux d’emprunt. Cela signifie que si la BCE monte ses taux, l’épargne est mieux rémunérée et les crédits sont plus chers. Mais au contraire, si elle les baisse, à ce moment l’épargne est moins payée et les prêts sont moins chers. Donc à ce moment là, les épargnants retirent leur épargne pour préférer la consommation dans la mesure où l’épargne ne rapporte plus. Et les entreprises empruntent et investissent d’avantage. Tout cela dessert une relance de la croissance.

Mais cette politique à une limite, c’est qu’on ne peut pas descendre le taux en dessous de 0%. A ce moment là, la Banque centrale n’a plus d’armes contre la crise. Elle recoure donc à des mesures non conventionnelles, elle peut faire un QE ! Dans une crise de liquidité, plus personne ne se fait confiance et plus personne ne prête à personne. Donc la banque centrale va prêter massivement en créant des liquidités et forcer un redémarrage artificiel du crédit. Mais n’oublions pas que c’est une politique de très court terme, et aujourd’hui nous voyons apparaître des dérives assez incroyables où par exemple les USA s’en servent pour relancer l’emploi.

Une autre utilisation comme on a vu avec la BCE, c’est d’acheter des obligations d’Etats en difficulté et ayant des taux d’intérêts trop forts comme la Grèce où le Portugal par exemple. A ce moment là, le but n’est pas de financer ces Etats mais d’éviter les envolées de taux de rendements obligataires pour ces pays. Les pressions en offre de capital de la BCE permettent de limiter le coût du crédit de ces pays.

Ces politiques génèrent des dérèglements

La première chose, c’est une inflation à long terme. Imaginez, le rapport est simple : vous dites qu’un café vaut un euro, si vous mettez plus d’euros en circulation, il va de soi que l’euro vaut moins cher et donc le café vaudra plus d’un euro à ce moment là. Le Japon a subi une longue crise déflationniste (crise liée à une baisse des prix), la Banque du Japon a donc envoyé d’importantes quantités de liquidités pour relancer l’inflation, difficile d’évaluer l’efficacité mais il aura fallut de nombreuses années avant que le pays sorte de la déflation.

La politique de QE est aussi une indéniable arme de guerre monétaire. En effet, de la même façon que pour notre précédent exemple, si vous créez d’avantage de dollars, ils sont ainsi moins chers par rapports aux biens mais aussi par rapport aux monnaies étrangères, c’est une forme de dévaluation. Cette mesure détruit la concurrence mondiale, mais là où le bas blesse, c’est que ce sont les plus fervents défenseurs du libre-échange qui s’opèrent à cela et qui derrière fustigent le protectionnisme, alors qu’ils le pratiquent eux-mêmes.

De plus, cette mesure donne un semblant de relance économique par une banque centrale providence. La seule providence, c’est le consommateur qui va payer une TVA invisible ! En effet, comme nous le disions, dans son QE la banque centrale prête à l’Etat, mais cette création de liquidités crée une inflation artificielle. Mais rien ne se perd et rien ne se crée, l’inflation que va payer le consommateur, c’est l’argent que l’Etat aura gagné, cette mesure est donc une forme de taxe. Et trop en abuser peut mener à un risque d’inflation très fort, voire d’hyperinflation qui serait alors dramatique. Aux Etats-Unis c’est moins vrai qu’au Royaume-Uni par exemple, car la FED a durant un temps racheté principalement des MBS (produits toxiques) qui demeuraient totalement illiquides, le fait de les reprendre n’aura donc pas directement d’impact car la liquidité créée ne sera pas injectée dans l’économie.

On essaye de nous faire croire que ce problème élimine celui de la dette des Etats, il n’en est absolument rien, c’est seulement une mesure de très court terme utilisée pour combattre une crise de liquidité ou une déflation, dépasser cet usage fait alors référence à une dangereuse déviance en terme de politique monétaire. Les dettes abyssales que nombres d’Etats ont contracté comme la France par exemple, ne seront pas effacées par un QE. La France fera défaut et nul n’y changera à part au prix d’une interminable austérité, la seule variable aléatoire est la durée qui nous sépare de ce défaut.

Roland Bonnet

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