samedi, 27 mai, 2017
Coup d’État du 2 décembre 1851 : vous avez dit « crime »

Coup d’État du 2 décembre 1851 : vous avez dit « crime »

L’histoire ne se recommence pas, a-t-on dit. C’est vrai en ce sens qu’il n’est pas donné à l’homme de coordonner les événements de façon à en obtenir le résultat déjà produit par des conditions similaires. Mais en revanche, il est rationnel que les mêmes causes déterminent les mêmes effets. Comme celle de 1799, la République de 1848 arrivée progressivement à la même situation. La France s’enlisait chaque jour dans le marasme, les énergies morales s’éteignaient peu à peu. Les réformes promises n’aboutissaient pas, l’agriculture souffrait, l’industrie était paralysée, la misère des ouvriers s’aggravait de jour en jour. En un mot, l’essor de la vie nationale était brisé. La situation politique s’affirmait de plus en plus périlleuse. L’hostilité de l’Assemblée contre le Prince-Président s’envenimait toujours d’avantage. Le duel recommençait non moins acharné qu’en 1799, entre le pouvoir Législatif et le pouvoir Exécutif.

Cette hostilité avait pour cause la résistance apportée par Louis Napoléon Bonaparte aux écarts constitutionnels de l’Assemblée. La lutte était arrivée à un tel point de violence, que l’un devait inévitablement briser l’autre. L’Assemblée de 1848, comme beaucoup d’autres avant ou après elle, avait pour « Constitution » l’arbitraire et pour programme le « bon plaisir ». Il ne faut pas oublier ses deux « coups d’état », celui du 31 mai 1850 par lequel elle supprimait le suffrage universel et celui du 19 juillet 1851 empêchant le vote de révision de la Constitution. Or cette révision constitutionnelle résumait les ardentes aspirations du pays et était soutenue par les signatures de trois millions de pétitionnaires. Cette révision visait surtout à proroger les pouvoirs du Prince-Président. A diverses reprises Louis Napoléon demanda à l’Assemblée l’abrogation de la loi du 31 mai mais en vain. L’Assemblée pouvait comme elle le voulait violer la Constitution qui avait solennellement garanti le rétablissement du suffrage universel !

Dès 1850, le corps à corps entre l’Assemblée et le Président était d’une telle violence que le général Changarnier se vantait de faire arrêter le Prince-Président sur la simple signature du Président de la Chambre. Changarnier n’était que l’un des membres d’une conjuration tramée contre Louis Napoléon par de Rémusat, de Lasteyrie, Thiers, etc … En janvier 1851, le Président destitua Changarnier du commandement des troupes de Paris. Toute fois, l’Assemblée ne désarmait pas, quant au Prince il persistait dans son projet d’abrogation de la loi du 31 mai ainsi que dans la révision de la Constitution à la simple majorité des votes et non d’après la procédure compliquée qui rendait impraticable toute révision. Louis Napoléon prépara en ce sens un décret qui n’aboutit qu’à affoler davantage l’Assemblée en lui inspirant des desseins de plus en plus extravagant. La situation revêtait un tel caractère d’acuité que l’imminence d’un coup d’état de part ou d’autre ne faisait plus de doute. Toujours insoucieux du péril, toujours gai dans le danger, le caractère français s’affirmait encore dans cette angoissante conjoncture, et des paris furent ouverts, les uns opinant pour le coup d’état de l’Assemblée, les autres par le Prince. Les évènements se précipitaient, trois des principaux agitateurs de l’Assemblée, Thiers, Changarnier et Cavaignac imaginèrent une proposition de loi tendant à donner au Président de l‘Assemblée Nationale le droit de requérir à la force armée. Or, si l’on considère que ce droit appartenait déjà au Président de la République, ne reconnaitra-t-on pas que l’Assemblée créait l’anarchie et la guerre civile ?

Devant quels moyens devrait-elle reculer pour s’emparer du Prince-Président achevant de fouler ainsi la Souveraineté nationale ? Le général de Saint-Arnaud, ministre de la guerre, combattit vivement cette proposition qui fut rejetée à une forte majorité. Revenant à la charge, les promoteurs de ce coup d’état avorté en tentèrent un autre par un second projet de loi permettant de suspendre de ses fonctions le Président de la République sur simple accusation. Tel était le drame fébrile dont se passionnait la France, lorsque le Prince-Président, après avoir mûrement envisagé le présent et l’avenir, crut de son devoir d’engager la partie suprême.

Le 1er décembre il y eut une fête au palais de l’Elysée. Vers minuit, alors que les invités commencent à se retirer sans se douter un moindre instant de l’imminence du dénouement, Louis Napoléon dans son cabinet réunit ses collaborateurs. Se trouvent aux côtés du Prince M. de Morny, M. de Maupas, le général de Saint Arnaud, M. de Persigny et M. Mocquard. Tout ayant été minutieusement prévu et réglé, les dernières instructions sont données. Aux premiers rayons du jour, les arrestations, au nombre d’environ 78, étaient opérées. Députés, généraux conspirateurs, quelques membres de sociétés « secrètes » furent arrêtés chez eux et conduits à la prison de Mazas, après quoi, le colonel Espinasse prenait, militairement, possession de l’Assemblée Nationale. Cette mesure était grave, nul ne le conteste mais aussi pourquoi les empiètements anticonstitutionnels de l’Assemblée avaient-ils conduit le Président « à sortir de la légalité pour rentrer dans le droit » ? Les Bonaparte ont-ils le
monopole des coups d’état ? Lisons l’histoire de nos Assemblées, nous n’en trouverons pas une qui ne soit sortie de la légalité sans pour cela rentrer dans le droit. Il y eut très peu de réactions au 2 décembre, quelques échauffourées dans le sud de la France et dans le Centre, échauffourées qui restent pour certaines plus proches de la « révoltes des rouges » contre les bourgeois qu’une opposition réelle au coup d’état. Paris connu aussi son lot de violence mais si l’on compta (fait plus que malheureux) du coté de la troupe comme du coté des insurgés et des « passants » entre 250 et 400 victimes, n’oublions pas que les Thiers, Favre, Ferry qui feignaient de s’en indigner firent tuer 35000 communards en 1871. Prouvant qu’il ne voulait pas usurper le pouvoir, le Prince pris pour juge le pays entier, voici quelques-unes des nobles paroles de sa proclamation du 2 décembre :

« Français, la situation actuelle ne peut durer plus longtemps, chaque jour qui s’écoule aggrave les dangers du pays. L’Assemblée …, au lieu de faire des lois dans l’intérêt général, attente au pouvoir que je tiens directement du peuple, elle encourage toutes les mauvaises passions, elle compromet le repos de la France. Je l’ai dissoute et je rends le peuple entier juge entre elle et moi … »

Louis Napoléon qui avait pris fait et cause pour la patrie fut proclamé dans le plébiscite du 21 décembre par 7.439.216 oui contre 649.737 non. Ce n’était pas une réponse mais une explosion triomphale…

Tel est l’évènement mémorable que certains, et non des moindres comme Victor Hugo, ont appelé un « crime ». Si c’était un « crime » de mettre hors d’état de nuire des députés prévaricateurs et violateurs de la Constitution, n’était-ce pas un « crime » qu’ils avaient commis en abolissant insidieusement le suffrage universel ? N’était-ce pas un « crime » qu’ils avaient commis en violentant le formidable courant d’opinion demandant la révision constitutionnelle ? Et s’ils accomplirent leur projet de s’emparer de la personne du Chef de l’Etat, l’élu du peuple, ce n’eut pas été non plus un crime ? Les Thiers, Hugo et autres « républicains », accusent le Prince Président d’avoir violé la Constitution à laquelle il avait prêté serment. Louis Napoléon, en prêtant serment, voyait et devait voir la Constitution telle qu’elle était, c’est-à-dire dans l’intégrité de sa rédaction et de son effet. Lorsque cette constitution a été dénaturée, tronquée, violée par deux coups d’état et qu’en outre, la masse du pays demandait la révision de celle-ci, le Prince restait-il lié à ce serment ? A cause de ce serment, devait-il se faire le complice des atteintes portées à la Constitution au détriment de la Nation ?

Alors, s’il y a doute, il faut soumettre le différend à la juridiction dont il relève, c’est-à-dire à la Nation entière. C’est précisément ce que fit le Prince Président. Ce que la France voulait, c’est un gouvernement démocratique avec un chef plébiscité et responsable, dévoué au bien public et fidèlement respectueux de la souveraineté nationale. Ce souhait, elle l’exprima et le confirma en donnant à Louis Napoléon Bonaparte son entière confiance.

David Saforcada, président de France Bonapartiste

 

A propos de David Saforcada

Napoléonien depuis ses 6 ans, militant bonapartiste depuis l’âge de 15 ans, aujourd'hui Président de France Bonapartiste. Candidat bonapartiste à plusieurs élections locales et nationales. Auteur de nombreux articles politiques et historiques, a publié en 2008 "Louis Napoléon, Premier Président - Dernier Empereur", en 2010 "La République Consulaire, la République Bonapartiste" et en 2013 « Louis Napoléon Bonaparte, l’autorité pour la liberté ».
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