mercredi, 13 décembre, 2017
Claire Colombi : « L’enseignement de l’histoire est catastrophique ! »

Claire Colombi : « L’enseignement de l’histoire est catastrophique ! »

Les historiennes Claire Colombi et Marion Sigaut ont récemment lancé leur site internet, Ré-Histoire. Le Bréviaire des patriotes a voulu en savoir plus.

• Vous lancez, avec l’historienne Marion Sigaut, un site nommé « RéHistoire pour Tous ». Que signifie, dans votre esprit, ce concept de « réhistoire » ? Est-ce une forme de réinformation historique ?

Ré-histoire est bien évidemment un néologisme que nous avons trouvé avec Marion. Dans la langue française le préfixe -ré peut indiquer un retour au point de départ, comme dans réinjecter. Mais aussi un changement de direction, comme retourner, ou une réaction en réponse à un acte donné, comme dans réagir. L’histoire telle qu’elle nous est enseignée à l’école et dans les médias dominants est manipulée : c’est à dire tronquée ou présentée de façon biaisée. Selon les générations concernées, cela va d’une propagande grossière, savamment distillée, à une méconnaissance cyniquement entretenue sur les principaux sujets d’histoire.

Prenons un exemple. Lorsque Marion travaillait sur Voltaire et l’affaire Calas et qu’elle découvrait l’ampleur de l’escroquerie, elle m’a dit quelque chose comme : « Tout ce que l’on m’a appris à l’école est donc faux !» A quoi je n’ai pu que répondre : « Mais moi on ne m’a jamais parlé de l’affaire Calas à l’école… ». Voilà où l’on en est : les générations précédentes ont été manipulées et les plus jeunes déculturées, si je puis me permettre ce néologisme. Notre site à donc l’ambition de diffuser de l’information historique pour ceux qui ignorent l’histoire à l’endroit, ou qui n’en ont qu’une vision parcellaire. Mais surtout pour battre en brèche les connaissances biaisées. C’est donc bien de ré-information historique qu’il s’agit, avec la double ambition d’apporter de l’information et de rectifier les mensonges.

• Quel est le projet de fond de ce nouveau site et que pourra-t-on y trouver ?

Seront proposés sur le site, des articles et des conférences en rapport avec nos travaux respectifs. Dans un premier temps, nous mêlerons nos anciennes conférences rehaussées d’articles et de sources, pour les internautes qui n’auraient pas encore eu accès à l’ensemble des travaux de Marion disponibles en ligne. Ensuite nous proposerons rapidement des travaux inédits parmi lesquels il y aura bien sûr toutes nos conférences à venir.

Nous voulons surtout épingler les menteurs et leurs escroqueries intellectuelles. C’est pour cela que nous leur avons dédié un espace « Friponneries historiques », au sens classique du terme, qui relève de tout, sauf du compliment. Comme nous le mettons en évidence sur le site, tous les mouvements sans exception, et notamment tous les politiques, comme Emmanuel Macron récemment encore, se servent de l’Histoire biaisée à des fins politiciennes, donc idéologiques. Ils utilisent sciemment notre révérence naturelle envers l’Histoire, pour asseoir leurs politiques et leurs partis-pris moralement et éthiquement injustifiables sur une caution morale que seule l’histoire peut leur apporter. Sans oublier l’injonction à la mémoire sélective qu’est le devoir de mémoire, et qui vise à remplacer l’objectivité historique par la subjectivité mémorielle, dans l’intention de blackbouler la capacité de raisonnement dans un but de correction politique.

Dans le maelström philosophique qu’est le monde moderne, nous nous bornons à rétablir les faits. Par exemple en mettant à l’honneur certains travaux d’historiens, passés sous silence, et en rendant accessible à tous, ce que la plupart des maîtres de conférence réservent à leurs conversations d’initiés, en off, autour d’un verre généralement, et dont le public se voit intentionnellement privé. Tandis que les médias mainstream imposent au public ce qu’il doit penser et surtout ressentir, nous allons quant à nous lui délivrer des faits qui lui permettront de se faire une opinion éclairée.

• Votre action va-t-elle se cantonner au web ?

D’une façon générale j’évite de me cantonner… Mais sera surtout en fonction des opportunités à venir.

• Avez-vous des périodes de prédilection qui seront davantage traitées sur le site ?

Marion est moderniste et plutôt dix-huitièmiste. Moi je suis médiéviste. Ce sont nos domaines de prédilection. Cela n’exclut pas comme historiennes d’aborder toutes les époques. Mais les XIXème et XXème restent des périodes où de nombreuses choses sont encore à explorer. Pour le Moyen-âge, une vulgarisation de qualité et l’approfondissement de certains thèmes sont des sources importantes de renouvellement. A notre époque troublée où la quête d’identité et de repères s’impose de plus en plus, avoir accès aux périodes que les francs-maçons et les libéraux ont travesties puis peu à peu fait disparaître des programmes scolaires, et finalement de l’espace publique, me semble nécessaire. Car un des grands subterfuges de la pensée actuelle est le refus d’envisager les périodicités longues pour ne s’inscrire que dans l’immédiateté et rendre ainsi impossible toute comparaison.

• L’Histoire est-elle correctement enseignée aujourd’hui, qu’il s’agisse du collège et du lycée ou de l’enseignement supérieur ?

C’est véritablement une catastrophe. Dans l’enseignement public, c’est le règne de la propagande mondialiste et maçonnique. On n’étudie plus que les XIXème et XXème siècles au lycée et de quelle façon ! Les sujets sont thématiques, les véritables enjeux complètement ignorés. C’est à dire que la méthode historique n’est pas enseignée, de sorte que la manière dont les thèmes sont présentés se réduit insensiblement, années après années, à de la pure propagande. J’aidais encore, il y a peu, la fille d’une voisine pour son Brevet des collèges. Une leçon entière sur la guerre froide sans jamais prononcer les mots « capitaliste » et « communiste » pour parler des deux blocs. L’URSS est réduite à la dictature et l’absence de liberté tandis que le bloc de l’ouest représente en miroir la démocratie et la liberté. Le camp du bien contre le camp du mal, qui renvoient à la vision manichéenne qui domine aujourd’hui. Ainsi la jeune fille n’avait rien compris, ni les causes, ni les conséquences, ni les enjeux, ni le déroulement de la guerre froide. Certain manuels comprennent des dossiers affligeants dont l’influence se révèle réellement débilitante sur les jeunes intelligences. J’ai même vu une double page sur le film Rocky IV pour expliquer la guerre froide… Avec, brochant sur le tout, un dossier à constituer, des questions et une rédaction de trente lignes sur le sujet, à partir de l’intrigue du film. Je garde par ailleurs pieusement un manuel d’instruction civique de cinquième qui s’interroge sérieusement sur les identités multiples d’une personne et qui demande aux élèves de réfléchir sur les multiples identités d’un Jamel Debouzze, ce dernier étant proposé comme modèle d’intégration.

Les élèves de Première travaillent, quant à eux, sur « Les victimes civiles dans les guerres du XXème siècle ». Ainsi ils étudient les conflits majeurs du XXème siècle, trop souvent dans le désordre. Ce qui donnent des copies où les poilus de la guerre de 14 ont vu leurs femmes mourir sous les bombardements de Dresde, pendant que les arméniens étaient génocidés par les Turcs dans les camps de concentration nazis avec du gaz moutarde, juste avant que ceux-ci ne soient détruits par une bombe atomique, qui a heureusement permis aux américains de gagner la guerre du Viêt-Nam ! Une partie des données sont là mais sans structure, sans hiérarchie, débouchant sur un inventaire à la Prévert des pires souffrances traversées par le siècle.

Voilà où l’on en est : volonté manipulatoire imposant sa propagande, sujets carencés rendus débiles sur lesquels surnagent quelques vagues connaissances chez les élèves les plus impliqués, sans que jamais ces données ne permettent de décrypter le monde.

Pour ce qui concerne l’enseignement supérieur, je l’ai quitté depuis plusieurs années maintenant, mais je peux vous donner un exemple qui résume tout : la seule manière que j’avais d’obtenir une bourse pour faire une thèse dans la faculté où j’étais, c’étaient d’accepter de me pencher sur l’histoire du genre et de la sexualité au Moyen Age. Une fois que l’on a dit cela on a tout dit. Ceux qui tiennent les postes mangent dans toutes gamelles, ont fait toutes les allégeances nécessaires et rien ne sortira de leurs travaux sans l’aval des loges. Quand un professeur vous explique qu’il n’y a pas de poste à pourvoir dans l’enseignement et que vous savez qu’il occupe une chaire dans deux universités, une au CNRS, une autre à l’ ENS, encore une à l’EHSS et qu’il donne occasionnellement des cours dans les prépas telle qu’hypokhâgne, vous sentez bien qu’il se moque de vous.

Le problème dépasse largement l’Histoire. De la maternelle à la thèse, le système éducatif est un formatage ou plutôt un dressage, qui lamine ceux qui ont à cœur de bien faire et favorise l’ascension des sociopathes, cooptés aux postes de pouvoirs. L’Histoire est une des victimes de ce crime permanant contre le bon sens, la vérité, la sincérité, l’intelligence et la sensibilité.

• Avez-vous, vous comme Marion Sigaut, des projets de livres en cours ?

Mon premier livre sur la création de la légende noire du Moyen Age doit sortir au printemps aux éditions Kontre-Kulture. Il devrait s’appeler On se croirait au Moyen-Âge ! Pour ce qui concerne le site j’espère pouvoir présenter rapidement des travaux et réflexions sur les hérésies médiévales et les templiers.

– Visiter le site de RéHistoire

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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