vendredi, 15 décembre, 2017

Franck Abed : « La transmission héréditaire du pouvoir est un gage de stabilité et d’efficacité »

Franck Abed est écrivain, penseur royaliste et catholique. Selon ses propres mots, il oeuvre, via ses livres et son site web, à « la restauration de la catholicité en France, et milite également pour le développement et la pérennité des principes monarchistes, en attendant que le Prince envoyé par la Providence se déclare ».

► Croyez-vous en la capacité du peuple à prendre des décisions pour le pays et à élire ses représentants ?

Je ne crois qu’en Dieu. Je ne pense pas – les exemples récents ou plus anciens le confirment – que le peuple puisse avoir la capacité, pour reprendre votre terme, de choisir la personne qui occupera la magistrature suprême. Encore faudrait-il s’entendre sur ce que vous nommez le peuple : est-ce une catégorisation sociale ? Economique ? De toutes les façons, comme l’enseigne la Doctrine Sociale de l’Eglise, je défends le principe de subsidiarité, principe selon lequel la responsabilité d’une action publique, lorsqu’elle est nécessaire, doit être menée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d’elle-même.

Cette idée se trouve en parfaite adéquation avec le principe de suppléance qui veut que quand les problèmes excèdent les capacités d’une petite entité, l’échelon supérieur à alors le devoir de la soutenir, dans les limites du principe de subsidiarité. Il peut y avoir des concertations, mais celles-ci doivent se dérouler au niveau du village, de la ville, de la province, dans les corps de métiers etc. Toute cette belle mécanique fonctionnait très bien quand la France grandissait à l’ombre des lys et du panache blanc, mais en 1789 la révolution démoniaque toucha la France…

► Que vous inspire cette phrase de Victor Hugo : « Quand peuple sera intelligent, alors seulement le peuple sera souverain » ?

Elle est très méprisante pour nos aînés et fausse – pour ne pas dire plus – d’un point de vue historique. Cette phrase laisse clairement entendre que le peuple (mais là aussi il eut fallu que Hugo définisse ce qu’il nommait peuple) fut par le passé ignare et inculte. On tombe ici dans un espèce de darwinisme intellectuel et sociologique qui voudrait nous faire accroire que plus l’histoire avance, plus les êtres humains deviennent intelligents. Je ne peux que m’inscrire en faux contre cette idée, car les faits présents et passés montrent le contraire. Comme le dirent d’autres avant moi : « Nous sommes des nains juchés sur des épaules de géants »

Quand j’ouvre des livres d’histoires et quand je mets en balance ce que je lis et ce que je vois, j’ai plutôt tendance à penser le contraire de Victor Hugo : plus nous nous éloignons des origines, donc de la Création, moins nos capacités intellectuelles et physiques sont performantes. Les Anciens savaient bâtir des monuments extraordinaires qui sont toujours sur pieds, sans ordinateurs et calculettes. Avec toute notre technique et notre prétendue science, nous serions aujourd’hui incapables de bâtir des cathédrales comme Notre Dame de Paris ou celles de Chartres ou de Reims… Que dire du Colisée, du Parthénon si on les met dans la balance avec les constructions de notre époque ? Que penser de la philosophie grecque et thomiste par rapport à nos idées modernes ? Plus le temps passe et plus le génie français s’affadit.

► Comment voyez-vous le bonapartisme ? Un royalisme qui ne dit pas son nom ou un juste compromis entre République et Monarchie ?

Je vois avant tout le bonapartisme comme une doctrine de l’action et comme le triomphe de la volonté. Concernant les réalisations de nos deux Empereurs, nombreuses sont positives. Toutefois l’expérience impériale montre et démontre que la réconciliation entre la tradition et la révolution se termine toujours mal. Les deux empires terminèrent leur aventure par la défaite militaire (Waterloo 1815, Sedan 1870), l’invasion et l’occupation du territoire par des armées étrangères, sans oublier les indemnités de guerre à verser aux vainqueurs et la perte d’influence en ce qui concerne les Relations Extérieures. Si les deux Empereurs, au cours de leurs jeunesses et de leurs premières années à la tête du pays en tant que dirigeant, exprimèrent des idées « républicaines », le principe de réalité s’imposa vite à eux, au point qu’ils abandonnèrent rapidement ces chimères idéologiques.

Par exemple Napoléon s’est fait couronner par le Pape à Paris, et a déclaré que la religion catholique est « la religion de la grande majorité des Français. » Les deux Empereurs avaient parfaitement compris – contrairement à la majorité des individus qui aujourd’hui se prétendent bonapartistes au mépris de l’histoire et des actions des deux Napoléon – que l’institution monarchique est garante de pérennité, de stabilité et donc de prospérité. Je rappelle que les deux Napoléon mirent tout en œuvre – avec insuccès – pour léguer le trône à leurs enfants. Dans les deux cas, il n’y eut point de suffrage universel pour désigner leur successeur… Ce qui devrait faire réfléchir les bonapartistes modernes qui se définissent républicains. Par ailleurs, j’en profite pour préciser que si des bonapartistes remettent en cause cette vision historique et politique, je suis prêt à les prendre en débat face caméra quand ils veulent et où ils veulent.

► De Clovis à nos jours, y a-t-il à vos yeux des rois qui ne se sont pas montrés dignes de leur rang ?

Du 25 décembre 496 au 21 janvier 1793, il y a quand même eu beaucoup de rois en France et l’écrasante majorité fut digne de son rang. En France, personne ne connaît les 10 derniers présidents de la République, ni même le premier. Pourtant, en dépit de la déstructuration provoquée par l’Education dite Nationale, qui ne connaît Clovis ? Hugues Capet ? Saint Louis ? Louis XIV ? Louis XVI et tant d’autres ?

► Comment faire pour éviter que l’hérédité ne nous impose un roi défaillant voire nuisible ?

Je répondrai à votre question par une question : de 496 à 1793 combien de rois défaillants voire nuisibles avons-nous eu ? Et j’ajouterai même une deuxième question : de 1870 à 2012 combien de présidents de la république furent défaillants et nuisibles ? Poser ces deux questions revient en réalité à répondre à la vôtre, et je suis intimement convaincu que les internautes ayant du bon sens comprendront parfaitement la teneur de mon propos. La critique de la succession héréditaire doit par exemple, pour un Charles VI dépressif, mettre en avant ses avantages : le successeur désigné est élevé et préparé dans cette perspective ; cela permet l’économie des rivalités et luttes de faction, voire de la guerre civile. Au demeurant, lorsque se pose un tel problème, les institutions sont à même de mettre en place une régence. La royauté n’a connu qu’un seul roi « fou » en huit siècles, et encore il était plus malade, dépressif qu’autre chose. L’élection démocratique ne l’a pas empêché, avec par exemple Paul Deschanel…

Quant aux gouvernants malades, les constitutions républicaines sont muettes. On nous dit que l’élection présidentielle signifie « le choix du meilleur » ? (Qu’est-ce que le meilleur ?). Ce n’est pas « le meilleur » qui est élu, mais celui qu’une majorité relative choisit parmi les trois ou quatre candidats supposés être les meilleurs, selon des critères inadéquats et une information très insuffisante ; celui dont le parti politique a organisé la meilleure campagne publicitaire pour vendre son idéologie, pour faire court celui qui a le budget de campagne le plus important gagne. Que de désillusions dans les exemples récents, qu’il est inutile de nommer. Ils sont hélas éloquents. Le fils du Roi n’est peut-être pas le meilleur, ni le plus brillant, mais il est en tout cas le mieux préparé. Soucieux de laisser à ses successeurs une couronne intacte, il est évidemment tenu de se comporter dans la gestion de son royaume en bon père de famille. Charles VII, le fils du roi malade plus que fou, bouta les Anglais hors de France et gagna la guerre de Cent Ans, preuve de la force de l’institution monarchique. Comme quoi la transmission héréditaire du pouvoir est un gage de stabilité et d’efficacité. De part la nature de ses institutions, la République est l’expression même de l’instabilité permanente.

► Pensez-vous, comme Napoléon, qu’il faille une religion au peuple, sans quoi celui-ci se perd comme un navire sans boussole ?

Il ne faut pas avoir de la religion une vision utilitariste comme l’Empereur. Ce dernier expliquait l’idée suivante : dans une société il y a des riches et des pauvres, c’est important que la religion explique qu’après la mort le partage se fera autrement, et que par conséquent dans cette vie, le pauvre ne doit pas se rebeller contre l’ordre établi. Certes la religion peut avoir, dans l’esprit de certains, un rôle de cohésion et de paix sociales. Toutefois je ne pense pas que cela soit le vrai rôle de la religion catholique. Celle-ci est la Seule à détenir l’entière Vérité religieuse. Je me place en droite ligne de ce qu’a toujours dit l’Eglise : « Hors de l’Eglise point de salut ! » La religion catholique est à mes yeux la seule qui puisse nous sauver et nous amener sérieusement au salut…

► Comment vivez-vous, aujourd’hui, la décadence des valeurs et de la morale chrétienne (mariage homosexuel, adoption, divorce de masse, destruction de la famille, libertinage…) ?

Je vis cela comme un combat au quotidien. De toutes mes forces, je lutterai contre toutes les attaques portées envers la loi naturelle. Rien ne doit entamer notre détermination à lutter contre des individus voulant pervertir l’homme et à placer le démon au centre de la Cité. Nous sommes arrivés à un point de rupture dans notre société. Si le mariage des sodomites vient à être légalisé, nous aurons demain la pédophilie, la zoophilie et bien pire…

► Souhaiteriez-vous, comme Marine Le Pen, une interdiction du voile et de la kippa dans la rue ?

Surtout pas. Même si je considère que seule la religion catholique est entièrement Vraie, je ne suis pas du tout partisan d’un laïcardisme excessif. Je défends le principe d’une tolérance religieuse à l’égard des autres « religions » et « spiritualités », comme le pratiquèrent Nos Rois Très Chrétiens avec par exemple les Edits de Tolérance pour les juifs et protestants. Permettez moi d’insister sur un point : d’un côté les démocrates et autres républicains s’appuient sur la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui clame et proclame la liberté de conscience. Pourtant cela n’empêcha pas les révolutionnaires de 1793 jusqu’en 1796 de commettre des massacres de masses dans le pays, notamment dans l’Ouest, où l’on entendait rester fidèles à la religion du Christ. Il y a là une incohérence manifeste, alors que la cohérence est le moteur de la Vérité. Aujourd’hui Marine Le Pen, loin de se placer dans le filum historique français, entend se mettre à la remorque des révolutionnaires qui proclamaient : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ». Or aujourd’hui, toutes les personnes qui veulent contraindre autrui à abandonner ses idées par la force physique ou par les instances législatives et judiciaires se définissent clairement comme des ennemis de la liberté.

► La France a-t-elle, selon vous, un destin divin ?

J’invite toutes les personnes qui liront cet entretien à lire le livre suivant : La mission divine de la France, Marquis de la Franquerie. Je produirai maintenant un certain nombre de citations pour répondre clairement et précisément à votre question.

« Que de cette race sortent des rois et des empereurs qui, confirmés dans la vérité et la justice pour le présent et pour l’avenir suivant la volonté du Seigneur pour l’extension de sa sainte Eglise, puissent régner et augmenter tous les jours leur puissance et méritent ainsi de s’asseoir sur le trône de David dans la céleste Jérusalem ou ils règneront éternellement avec le Seigneur » Testament de Saint-Rémi

« Au dessus de toutes les nations qui sont sous le ciel, votre peuple franc s’est montré le plus dévoué envers moi, Pierre, apôtre de Dieu » Déclaration du Pape Etienne II à Pépin Le Bref en 756

« Français qui m’écoutez, rappelez-vous les vertus de vos ancêtres. Plus qu’à toute autre nation, Dieu vous a donné la gloire des armes » Urbain II, Pape, prêche aux Français la première croisade, le 27 novembre 1095 lors du concile de Clermont

« Il choisit la France, de préférence à toutes les autres nations de la terre, pour la protection de la foi catholique et pour la défense de la liberté religieuse. Pour ce motif, la France est le Royaume de Dieu même, les ennemis de la France sont les ennemis du Christ. De même qu’autrefois la tribu de Juda reçut d’en-haut une bénédiction toute spéciale parmi les autres fils du patriarche Jacob ; de même le Royaume de France est au-dessus de tous les autres peuples, couronné par Dieu lui-même de prérogatives extraordinaires. La tribu de Juda était la figure anticipée du Royaume de France » Lettre du 21 octobre 1239 du Pape Grégoire IX à Saint-Louis

Comme je le dis, l’écris, la France est un pays prédestiné à vocation surnaturelle. On ne peut pas totalement aimer ce pays, si on ne comprend pas sa mission si particulière.

► Quelles sont les principales causes, dans votre vie personnelle, qui ont fait de vous un royaliste convaincu ?

Je ne suis pas royaliste par atavisme familial ou en vertu d’une nostalgie ancienne, ou à cause d’un romantisme à l’eau de rose. Je suis royaliste parce que catholique et également par le fait que ma raison et mon intelligence me conduisent au royalisme. Je suis royaliste car en bon Français, je suis respectueux de l’histoire de France et je suis viscéralement attaché à la grandeur de notre pays, qui, pour remplir sa mission de fille Aînée de l’Eglise, a besoin d’avoir un roi à sa tête. Il faut le marteler sans cesse, le rappeler tous les jours à nos compatriotes qui pour la plupart ont l’esprit déstructuré, que la France est le résultat de l’action de nos rois.

Au contraire, la République dite française est l’œuvre de la révolution. La révolution commence toujours mal et se termine toujours en catastrophe. Les deux premières Républiques se sont terminées par le césarisme et ce dernier, par deux fois, s’est achevé par une déroute militaire : Waterloo pour le premier Empire, Sedan pour le deuxième Empire. La troisième République n’a même pas eu besoin de l’étape intermédiaire du césarisme pour aboutir à la catastrophe : elle s’est écroulée en juin 1940, en ayant subi la plus effroyable défaite militaire que la France ait connue. Quant à la quatrième République, elle est morte à Dien-Bien-Phu et surtout à Alger, dans les tristes conditions que l’on sait, à savoir celle de la trahison à la parole donnée et de la soumission aux intérêts étrangers…. Quant à la cinquième, elle est déjà morte et s’écroulera sous le poids de ses énormes contradictions conjugués aux coups que lui porteront les royalistes. Je suis royaliste car après étude sérieuse de l’histoire de mon pays et des idées politiques, il me paraît indiscutable que le corpus intellectuel monarchiste reste à ce jour le plus beau, le plus noble et le plus proche du royaume des cieux.

► Pour finir, si vous aviez un livre à conseiller à nos lecteurs, quel serait-il ?

La Sainte Bible. C’est un livre en réalité si peu connu, en dépit du paradoxe qu’il reste à ce jour le livre le plus diffusé et le plus lu. Dans la Bible tout est écrit, dit, prédit, expliqué pour permettre le bonheur des hommes et de l’humanité. Toutefois les hommes – qui ne réclament pas forcément l’aide du Démon pour ce faire – aiment se détourner de la Vérité. Je rappellerai une phrase fondamentale du Christ : « Vous êtes dans l’erreur, car vous méconnaissez l’Ecriture et la puissance de Dieu » (Mattieu 22,29)

Propos recueillis par Christopher Lings

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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