mercredi, 26 juillet, 2017

Reagan, Mélenchon : même combat !

L’étymologie, c’est comme une bêche : avec un peu d’effort, elle nous fait voir les racines des choses. Prenez par exemple deux mots : libéral et libertaire, tous deux issus de liber, l’homme libre. Ces mots-caméléons appliqués à Benjamin Constant puis à Margaret Thatcher, à Proudhon puis aux squadristes bloqueurs d’universités, semblent se diviser entre eux mais aussi en eux. Alors, puisque sur le Bréviaire, c’est bien connu, nous divisons et stigmatisons les gens à longueur de journée, faisons l’effort de réconcilier ces deux termes. Voyons pourquoi sous couvert de lutte à mort le libertarisme est le meilleur serviteur du capitalisme libéral mondialisé.

Qui est au théâtre laisse le glaive au fourreau. La tragicomédie des extrêmes, où sont censés s’opposer la religion du dollar et celle de l’Homme universel, divertit. Non que la majorité des acteurs soient conscients de leur situation grotesque. L’idéologie agit seulement sur eux de façon à ce qu’ils restent convaincus de leur bon rôle. Prenons un état de fait. Dans le monde d’aujourd’hui, que pèsent “l’humain d’abord” face au “salaire, encore !” ? Peu de choses. L’extrême gauche, sauf proudhoniens authentiques, se réclame de Marx. Or, qu’est Marx sans le matérialisme et la dialectique ? Ces notions ne s’opposent-elles pas à la spiritualité et à la réconciliation ? Combattre pour le salaire, c’est combattre pour l’argent. Renverser les rapports de production, c’est rester dans la logique productive matérialiste. La révolution de Marx ne brise pas les couples discernés déjà dans le Manifeste, elle réagence seulement les rapports conjugaux. Et ce constat ne rend que plus précieuse l’œuvre de Georges Sorel, mais cela est une autre histoire. Fi, donc, des Front de gauche et autres Lutte ouvrière qui n’ont pas d’autre visée que de repeindre la façade et de déplacer les meubles. L’humain d’abord est sans doute plus crédible dans l’interprétation du début du siècle dernier chez les Drieu la Rochelle ou les Georges Valois bien que leur universalisme fut pour le moins contestable. Plus récemment, le courant que l’on appelle Nouvelle Droite avait repris ces thématique de la non-aliénation. Ce surplus de crédibilité vient précisément du fait que chez les penseurs du GRECE et autres néo-maurrassiens, l’homme n’est pas un atome détaché de toute structure, il n’est pas modélisé universellement ni pur produit d’une condition matérielle héréditaire. Pour gagner sa liberté et s’épanouir, il doit savoir mesurer ses racines, son espace et son temps.

Or, ces ensembles de repères historiques, nationaux, familiaux et religieux sont précisément les cibles privilégiées, avec plus ou moins de vigueur, de la quasi-totalité des décideurs. Pour des raisons électorales, le néo-conservatisme se bat contre l’IVG et prétend limiter les flux migratoires. Cependant, la priorité absolue accordée à l’économie conduit bien vite les gouvernements à jouer de la concurrence des mains d’œuvre pour réaliser un meilleur profit, gagner en compétitivité, regagner la confiance des marchés comme on regagne celle d’une femme trompée (on cherche toujours la maîtresse, depuis quarante ans). Deux choses importent alors : rendre les individus suffisamment malléables pour les limiter sans douleur à leur stricte fonction productive et jouer le jeu du marché mondial, y compris le marché humain. Le conservatisme sociétal ne peut donc pas aller de paire avec l’ultra-libéralisme économique et financier. Les structures locales et traditionnelles sont en effet des barrières de solidarité, des repères qui offrent la possibilité d’exister en dehors des circuits productifs. Qu’à cela ne tienne. L’urbanisation asymptotique et le culte de l’homme libre et universel ne sont même les objets mais les cadres des débats. L’appât du gain déracine. Et puis, par éclipse, par lobbying ou par accord électoral, nous en revenons à nos gauchistes et autres progressistes qui se chargent de porter le fer contre les structures établies. La “droite” peut ainsi se targuer de défendre ces mêmes structures dont elle implore la dissolution. La scène est en place.

Au nom de l’universalisme, on débride les flux migratoires, parce que nous sommes tous frères. Clémentine Autain et Laurence Parisot, ensemble contre les élucubrations de Claude Guéant ! En effet, depuis le début de l’ère industrielle, la pression à la baisse sur les salaires par la mise en concurrence des prolétaires est une constante. Changent les échelles de déplacement des travailleurs. La détestation de la nation, cette vieille lubie réactionnaire écorchée sur les barricades du quartier latin, est censée participer d’un rapprochement universel ou d’une solidarité de classe. Au final, elle ne sert que la grande fraternité de la thune. Voyez simplement le vote des classes populaires et des classes moyennes prolétarisées. En détruisant les cadres sociétaux, familiaux, nationaux… le libertarisme qui imprègne toute la “gauche” ne fait que déshabiller les masses qu’elles prétendent incarner, pour que le grand capital qu’elle est censée combattre ne s’étouffe pas avec les guenilles en bouffant du beauf. Le progrès, oui, celui de Minc et de JP Morgan. Alain Soral a bien montré comment, de tous temps, la Nation a été le seul rempart efficace face à l’empire. Compatriotes de Napoléon, lecteurs de César, admirateurs des Thermopyles ne devraient pas l’oublier. Les Alcibiade aux drapeaux rouges et noirs sont sans doute de bonne foi, mais de mauvais aloi parce qu’ils prémâchent le travail à leur ennemi juré. Au temps de l’URSS, on les appelait idiots utiles.

Ainsi libertaires et progressistes abattent les enclos protecteurs dressés dans la douleur par leurs prédécesseurs. S’y engouffre l’empire apatride, matérialiste et individualiste trop content de s’économiser une évangélisation déjà commise par des ennemis en carton pâte. Le drame n’est pas tant que la CIA finance les trotskistes que les faux combats à mort attirent encore l’attention. On n’insistera jamais assez sur l’importance des mots. Renversons Robert Desnos : aujourd’hui, en politique et par le truchement du mensonge, c’est nous qui sommes esclaves d’eux. Nous restent la raison et l’argument pour démontrer que les ententes et les dissidences ne sont pas celles qui s’affichent.

Guillaume Enault

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
Revenir en haut de la page