vendredi, 26 mai, 2017
Le bonapartisme: pensée socio-économique de Napoléon III

Le bonapartisme: pensée socio-économique de Napoléon III

Napoléon III est certainement le personnage le plus emblématique du XIXe siècle. À la fois continuateur de l’œuvre de son auguste oncle, terminant le cycle des révolutions, conciliant l’héritage monarchique de l’ordre et de la stabilité sans pour autant négliger les acquis sociaux des deux républiques et de l’Empire, Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République, Prince-Président puis Empereur des Français sous le titre de Napoléon III, a été un grand législateur et un grand penseur économique, dans un siècle où fleurissait l’industrie. Influencé par les théories économiques classiques mais aussi socialistes, il sut concilier les deux, afin de créer une théorie économique, politique et sociale qui lui est  propre : le bonapartisme.

I.  Louis-Napoléon Bonaparte, sa vie, son œuvre

A. Louis-Napoléon, un héros romantique

Louis-Napoléon Bonaparte est né le 20 avril 1808. Il est le fils présumé de Louis Bonaparte, Roi de Hollande et neveu de l’Empereur des français, et de Hortense de Beauharnais, fille de la première épouse de Napoléon Ier, Joséphine de Beauharnais. Louis-Napoléon mène une jeunesse d’exilé avec sa mère après la chute de l’Empire. Installée en Suisse, sa mère le forme avec l’aide d’un précepteur, Le Bas, qui intéresse l’enfant à la politique et à l’économie, moyen de faire assimiler à l’enfant le poids de son nom. Plus tard, il voyage beaucoup dans les pays fondateurs du progrès économique que sont l’Angleterre et les États-Unis. Louis-Napoléon y découvre la force de l’opinion publique dans le premier et la démocratie dans le second.

Effondré à la l’annonce de la mort de son oncle exilé à Sainte-Hélène, il comprend très vite que son rôle se joue en France. Après un premier coup d’État manqué à Strasbourg le 30 octobre 1836, Louis-Napoléon récidive à Boulogne dans la nuit du 5 au 6 août 1840 et échoue de nouveau. Il est condamné par Louis-Philippe à la prison à perpétuité dans la forteresse de Ham, dont il s’évadera. Après la révolution de 1848, Louis-Napoléon rentre en France et se présente aux élections présidentielles au sein du parti de l’Ordre, parti d’Adolphe Thiers notamment.

napoleonIIILouis-Napoléon est élu président de la République le 10 décembre 1848 pour quatre ans, sans la possibilité d’être réélu. Il réclame en 1851, un an avant la fin de son mandat une révision constitutionnelle pour y remédier ainsi que pour rétablir le suffrage universel supprimé par la loi du 31 mai 1850 censée écarter du droit de vote la « vile multitude » qu’est le peuple, selon Adolphe Thiers. Cette révision constitutionnelle lui est refusée. Il organise alors un coup d’État qui, cette fois, réussit, le 2 décembre 1851, action légitimée à la quasi unanimité par le plébiscite du 22 décembre. Louis-Napoléon devient alors le « prince-président », dont les pouvoirs sont très proches de ceux accordés par la constitution du Consulat de 1799.

Après le succès du sénatus-consulte du 7 novembre 1852 et du plébiscite du 21, Louis-Napoléon proclame l’Empire le 2 décembre 1852, date hautement symbolique pour les bonapartistes, et prend le nom de Napoléon III, par respect pour la mémoire de son défunt cousin Napoléon II, duc de Reichstadt et roi de Rome.

Il épouse en janvier 1853 Eugénie de Montijo qui lui donne un fils, Louis-Napoléon, en 1856. Après la défaite de Sedan où Napoléon III est fait prisonnier, la République est proclamée sans le consentement ni de l’Impératrice ni du Prince Impérial, le 4 septembre 1870. Napoléon III et sa famille sont contraints à l’exil et iront s’installer en Angleterre. L’Empereur meurt le 9 janvier 1873 à 65 ans des suites d’un calcul rénal.

B. Écrivain et penseur du bonapartisme

Napoléon III, comme son oncle, publie au cours de sa vie de nombreux ouvrages touchant à tous les thèmes de la société. Son premier, Considérations politiques et militaires sur la Suisse — Louis-Napoléon fait son service militaire dans l’armée helvétique —, paru en 1833, est remarqué en haut-lieu et distribué dans l’armée suisse.

Le second, plus connu, s’intitule Des idées napoléoniennes (1839) et est l’ébauche de son futur programme politique, tout comme son œuvre majeure qu’est L’extinction du paupérisme, écrit en grande partie à Ham en 1843.

Ces ouvrages montrent la forte fibre sociale du futur empereur, mais également son intérêt pour l’économie, la politique. Sa pensée est influencée par de grands penseurs économiques comme le comte de Saint-Simon (1760-1825) dont la doctrine s’oppose aux « oisifs » (fonctionnaires, prêtres, nobles), appelés « sybarites », et confie aux producteurs le soin d’assurer la paix et le bonheur des peuples. On peut également citer l’écossais Robert Owen (Lecture on the New State of Society), le socialiste Louis Blanc (L’organisation du travail) ou encore Eugène Buret (De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France).

II.   Le bonapartisme économique

A.    Aspects sociaux

1. La condition ouvrière

Louis-Napoléon, au cours de ses voyages en Angleterre (1832-1833 et 1838-1840), visite les régions industrielles qui font la renommée du pays, ainsi que les manufactures et les quartiers populaires. Il s’émeut de la condition de vie des ouvriers et s’intéresse particulièrement au paupérisme, cette nouvelle population ouvrière pauvre, pur produit de l’industrie.

« Ils avaient tous les défauts physiques provenant d’un travail malsain dans des lieux privés d’air, et les défauts moraux résultant de la misère et de l’agglomération d’hommes sur un petit espace. »

napoléon IIIIl n’est pas étonnant que le futur empereur s’intéresse tant aux questions sociales. En effet, Louis-Napoléon devient un homme au moment où émergent le socialisme et les industries en France. Louis-Napoléon lui-même s’affirme socialiste, mais pas au sens premier du terme. En effet, le neveu de l’Aigle cache derrière sa fibre sociale un dessein politique : procurer le bien-être des classes laborieuses permet de les détourner des revendications politiques et d’assurer l’ordre.

Louis-Napoléon écrit dès 1833, dans ses Considérations politiques et militaires sur la Suisse que : « La société doit subsistance aux citoyens malheureux, soit en leur procurant du travail,  soit en assurant les moyens d’exister à ceux qui sont hors d’état de travailler. »

2. Le rôle de l’Etat

L’État a pour lui un rôle primordial. Il s’oppose ainsi à des penseurs économiques comme Jean-Baptiste Say qui disait de l’État qu’il était un « ulcère nécessaire », alors que Bonaparte affirme lui que « c’est plutôt le moteur bienfaisant de tout organisme social » .

Il s’oppose également à Adam Smith, pour qui l’État doit protéger la société contre la violence et chaque citoyen contre l’arbitraire et l’injustice, instruire la jeunesse et créer des ouvrages d’art coûteux que ne peuvent financer les entreprises privées.

Au contraire, Louis-Napoléon Bonaparte affirme que « L’État doit préserver le pays de l’incertitude de l’avenir, pire de tous les maux. » Il a pour mission d’exterminer le paupérisme, diminuer les charges des pauvres, « réveiller partout l’activité bienfaisante des citoyens en récompensant le mérite et la vertu ». L’État doit stimuler et réguler l’économie, faciliter le crédit, développer les infrastructures urbaines et les transports, stimuler et protéger l’industrie, encourager le commerce par des lois, des décrets, de l’argent, tout cela financé par l’impôt, qui doit générer de grands profits. Par cette réflexion, Louis-Napoléon vient d’inventer la théorie des dépenses productives.

B.    Aspects économiques

1.     Du socialisme utopique…

Son ouvrage majeur, De l’extinction du paupérisme (1843), Louis-Napoléon Bonaparte dénonce ce qui pour lui est la cause principale du paupérisme : l’exode rural.

Le XIXe siècle est en effet une période de fort exode rural, où les paysans, lors des périodes « creuses » de l’agriculture, vont s’entasser dans les villes pour travailler dans les grandes industries, y sont exploités et souffrent d’une vie précaire. Il y critique violemment le libéralisme :

« C’est une honte pour notre civilisation de penser qu’au XIXème siècle, le dixième au moins de la population est en haillons et meurt de faim en présence de millions de produits manufacturés qu’on ne peut vendre et de millions de produits du sol qu’on ne peut consommer. »

La solution que propose l’auteur est d’abord, en reprenant les idées de Saint-Simon, de faire contribuer les « sybarites » avec une plus importante contribution à l’impôt.

Ensuite, Louis-Napoléon propose d’acheter, grâce au revenu de cet impôt, des terres incultes et d’y implanter des colonies agricoles, en France et dans les colonies, où l’on enverrait travailler les indigents des campagnes et des villes. Ces colonies agricoles seraient régies comme des casernes où régnerait l’ordre. Bonaparte prévoit l’établissement du tribunal des prud’hommes, où se réuniraient les élus des colons pour traiter les litiges.

Louis-Napoléon encourage « l’industrie aux champs », qui permet d’endiguer l’exode rural. Il félicite à ce sujet, dans L’analyse de la question des sucres paru en 1842, les raffineurs de sucre métropolitains, qui fixent la main d’œuvre dans les campagnes.

Nombreux sont les projets que l’empereur a couché sur papier dans L’extinction du paupérisme, mais beaucoup d’entre eux ne seront jamais appliqués du temps de la présidence,  à cause d’une farouche opposition. On peut notamment citer le crédit foncier, le prêt sur l’honneur qui aurait permis aux pauvres d’emprunter de l’argent sans intérêt et sur l’honneur.  D’autres en revanche sont adoptés, c’est le cas de la première Caisse Nationale des Retraites, l’assainissement des logements insalubres ou encore l’assistance judiciaire gratuite pour les travailleurs pauvres.

2.     … au patriotisme économique

a. Vers un libéralisme…

napoleon3On l’a vu, Louis-Napoléon possède une très forte fibre sociale, ce qui tendrait à le rapprocher des socialistes de son temps. Or, malgré ses inclinations de gauche, Bonaparte n’est pas pour autant opposé à une certaine forme de libéralisme contrôlé, inspiré par son admiration pour la Grande-Bretagne et par les dérives du système industriel envers les classes laborieuses.

Par exemple, contrairement à Proudhon qui affirmait que « la propriété, c’est le vol », lui n’a jamais remis en question la propriété privée, symbole de la réussite sociale et permettant l’émulation des couches laborieuses.

Ensuite, Louis-Napoléon encourage les initiatives privées. Selon lui, il est important « d’éviter cette tendance funeste qui entraîne l’État à exécuter lui-même ce que les particuliers peuvent faire aussi bien et mieux que lui. »

De même, il se positionne contre la croissance excessive de la fonction publique, qui risquerait de faire des Français « un peuple de solliciteurs ».

b. … contrôlé et patriote

Cependant, Louis-Napoléon Bonaparte ne tend jamais vers l’une ou l’autre idéologie, mais se positionne toujours au centre, un centrisme pragmatique. Ainsi, l’économie est pour lui le moyen privilégié d’assurer le bonheur des peuples par la bonne santé de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, objectif principal du gouvernement.Il estime que son modèle économique doit permettre de redresser un pays mis à mal par les deux monarchies censitaires. Si l’agriculture est pour lui le meilleur moyen, parce qu’elle repose sur des intérêts immuables et qu’elle forme une population saine, vigoureuse et morale — en opposition avec la population pauvre des villes industrielles —, Louis-Napoléon se montre plus méfiant envers l’industrie.

On l’a vu, l’industrie est créatrice de populations ouvrières pauvres, aussi doit-elle être encouragée pour la création de richesses, mais contrôlée pour éviter les dérives notoires commises sous la monarchie de Juillet, que critique le futur empereur en ces termes :

« C’est une machine qui fonctionne sans régulateur ; peu lui importe la force motrice qu’elle emploie. Broyant également dans ses rouages les hommes comme la matière, elle dépeuple les campagnes, agglomère la population dans des espaces sans air, affaiblit l’esprit et le corps, et jette ensuite sur le pavé, quand elle ne sait plus que faire, les hommes qui ont sacrifié, pour l’enrichir, leur force, leur jeunesse, leur existence. Véritable Saturne du travail, l’industrie dévore ses enfants et ne vit que de leur mort. »

Pour éviter cela, il faut selon l’auteur, limiter les effets oppressifs de l’industrie, « encourager son essor et protéger en même temps les bras qu’elle emploie. » Pour cela, il faut encourager le système de l’industrie aux champs, afin de fixer les populations dans les campagnes pour empêcher l’agglomération de populations dans des quartiers urbains industriels et insalubres. Les colonies agricoles ont également leur utilité : la mise en valeur de terres incultes permet une augmentation de la richesse nationale, l’augmentation des salaires et la raréfaction de l’offre de main d’œuvre dans les autres branches de l’industrie. Louis-Napoléon théorise également l’investissement social : après être sortis de la misère par le travail dans lesdites colonies agricoles, les ouvriers consommeraient et relanceraient ainsi l’industrie par leurs achats. Louis-Napoléon accorde également une grande importance à l’urbanisme, pour mettre fin aux logements insalubres des ouvriers.

Ainsi, il affirme clairement sa préférence pour l’agriculture, économie que l’on pourrait désigner comme « noble » au XIXe siècle et pour l’auteur. Mais ce dernier voit tout de même dans l’industrie un moyen incontestable de création de richesse formant l’avenir des nations. Cependant, il estime que cette industrie doit être contrôlée, tout comme le commerce.

En matière de commerce, Louis-Napoléon, tout comme Saint-Simon, accorde une grande importance au crédit et à la construction de chemins de fer et de canaux pour améliorer le transport de marchandises.

Il est cependant réservé à l’égard de la libéralisation des échanges, même si l’avenir du commerce y réside. Il affirme que, malgré les bienfaits du libre-échange, toutes les industries ne peuvent suivre la cadence, et doivent donc être protégées pour ne pas être submergées par la concurrence.

« Pouvoir d’un jour à l’autre être privé de pain, de sucre, de fer, c’est laisser sa destinée à un décret étranger, c’est une sorte de suicide anticipé qu’on a voulu prévenir en accordant une protection spéciale aux grains et aux fers français . »

De même, Louis-Napoléon ne considère pas le commerce comme une source première de richesse, mais résultant de la contribution de l’agriculture et de l’industrie. Aussi met-il en garde les gouvernements :

« L’agriculture et l’industrie étant deux causes de la vitalité (d’un État), tandis que le commerce n’en est que l’effet, un gouvernement sage ne doit jamais sacrifier les intérêts majeurs des premiers aux intérêts secondaire du dernier.  »

Louis-Napoléon Bonaparte a donc eu dans sa vision économique et politique une position centriste, un centrisme « par addition des extrêmes » nous dit l’historien Pierre Rosanvallon.

À la fois social dans sa volonté de protéger et d’assurer le bonheur du peuple, tout en étant favorable à un protectionnisme libéral et progressiste en matière d’économie, Louis-Napoléon Bonaparte a contribué à l’émergence d’une pensée politico-économique unique, le bonapartisme, ni à droite, ni à gauche de l’échiquier politique, une sorte de non alignement avant l’heure, annonciateur du gaullisme véritable.

Bibliographie :

  • ANCEAU Eric, Introduction au XIXe siècle, T1: de 1815 à 1870, Paris, Belin, 2003, 225 p.
  • ANCEAU Eric, Napoléon III, Paris, Tallandier, 2008, 750 p.
  • BARJOT Dominique, CHALINE Jean-Pierre, ENCREVE André, Histoire du XIXe siècle: 1814-1914, Paris, PUF, 2008, 656 p.

Pour que le Bréviaire des patriotes, journal indépendant et gratuit, puisse vivre et continuer à vous offrir toujours plus de contenu de qualité, vous pouvez nous soutenir en faisant un don sécurisé via paypal ou par chèque. Plus d’informations

A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.

4 commentaires

  1. Christopher Lings

    Excellent papier qui définit bien le bonapartisme économique, à mi-chemin entre libéralisme et socialisme. A quand un papier sur le bonapartisme politique, à mi-chemin entre monarchie et république ?

  2. Bonjour,
    Merci pour cet article intéressant.

    Il me semble cependant que vous éludez un aspect majeur du bonapartisme de Napoéon III. En 1848, il a rencontré Adolphe Thiers et les autres notables parisiens en leur promettant qu’une fois élu, il ne toucherait pas à leurs intérêts. Et de fait, toute la politique de Napoléon III a été, me semble-t-il, une politique de notables, antisocialiste et antipopulaire:

    – Après le 2 décembre, il a établit le « cautionnement », c’est-à-dire l’obligation pour les journaux de déposer une somme d’argent assez lourde entre les mains de l’Etat…ce qui empêchait de fait les gens modestes de publier.
    – C’est sous Napoléon III que les banques se sont développées et ont fait des profits comme jamais auparavant (le capital de la Banque de France a doublé; on remarquera aussi qu’Achille Fould, l’archétype du financier véreux, a été ministre des finances de Napoléon III pendant près de huit ans).
    – La condition ouvrière était inhumaine sous Napoléon. Les ouvriers travaillaient, légalement, douze heures par jour maximum, mais dans certaines régions les patrons poussaient jusqu’à seize heures par jour (source: Jean des Cars, historien pourtant favorable à Napoléon III).
    Alors certes, il a autorisé la grève, et poussé les patrons à la conciliation… mais d’une part, cette attitude s’explique aussi par la montée du socialisme (la Ière Internationale, interdite en France, est née sous Napoléon III); d’autre part, grèves ou pas, la condition ouvrière à la fin du règne de Napoléon III aurait difficilement pu être plus effroyable puisque sur cinq enfants des familles ouvrières, seuls quatre atteignaient dix huit ans!

    Je ne suis pas spécialiste de Napoléon III, mais est-ce qu’on ne peut pas voir en lui un idéaliste qui est devenu un opportuniste une fois arrivé au pouvoir? Entre ce qu’il écrit dans l’extinction du paupérisme (« c’est à la classe ouvrière d’avoir le pouvoir ») et son action en tant qu’Empereur, il n’y a strictement aucune mesure.

    Puisque vous êtes catholiques, je pense que cet historien devrait vous intéresser. Il est catholique lui aussi, patriote, mais aussi très à gauche:
    https://www.youtube.com/watch?v=dMGNcmx_bEg&list=PLCw0z_JNQO5TQ4b1uc8w8vo65_r-olPsT

    Cordialement,

    Vincent.

Revenir en haut de la page