mercredi, 26 juillet, 2017
Une histoire de la bataille de Normandie

Une histoire de la bataille de Normandie

Chaque année en juin est célébré le débarquement en Normandie du 6 juin 1944 avec plus ou moins de grandeur et d’invités prestigieux. Le débarquement est présenté comme étant l’une des plus grandes opérations militaires du siècle dernier dont l’effet a été de permettre la libération de la France.

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Il a été mainte fois porté à l’écran en tant que réussite militaire (Le jour le plus long, Il faut sauver le soldat Ryan, Band of Brothers), en particulier au travers de la bataille qui s’est engagée sur la plage d’Omaha entre la fameuse division américaine « Big Red One » et la 352ième division d’infanterie allemande sacralisant ainsi la première étape de la campagne de libération de la France. Peu de cas a été fait en revanche de la campagne de Normandie et des préparatifs du débarquement en lui-même. C’est l’objet du livre qui est présenté dans cette courte revue.

Ce livre est la traduction française de Decision in Normandy: The Unwritten Story of Montgomery and the Allied Campaign publié en 1983 chez Dutton (New York, NY) écrit par Carlo D’Este. L’auteur, Carlo D’Este, est né en 1938 à Oakland, Californie), est un Lieutenant-Colonel retraité de l’U.S. Army, célèbre pour avoir écrit sept ouvrages sur des évènements de la seconde guerre mondiale et des biographies des grands généraux, Patton et Eisenhower.

Signalons d’emblée que cette distance temporelle de près de trente ans entre le texte original et sa traduction en langue française est l’un des points faibles, le seul qui soit réellement pertinent, de ce livre. En effet, en trente ans, les interprétations évoluent, de nouveaux faits apparaissent et des archives sont libérées. Néanmoins, on peut raisonnablement penser que l’effet que peuvent avoir ces trois dernières décennies sur l’analyse d’un événement qui a été mainte fois commenté bien avant celles-ci est marginal. En outre, il est fait peu de cas de la conséquence des combats sur les civils. Toutefois, signalons l’ajout d’un Post Scriptum comprenant sous forme de brèves le devenir des grands chefs de l’opération Overlord et de la campagne de Normandie.

Le livre est découpé en quatre parties : la grande entreprise, le débarquement, la percée, les suites selon une approche chronologique de la campagne de Normandie. Toutefois, lorsque c’est nécessaire, l’auteur quitte le cadre strictement chronologique pour ajouter autour d’événement particulier un second axe temporel afin de percevoir les enjeux qui ont conduit à cet événement. Cela permet de comprendre le choix de décisions tactiques ou stratégiques au travers de la rivalité entre officiers généraux, des conditions météorologiques le tout en tenant compte de la perspective historique au travers des controverses qui ont surgit dans les décennies d’après-guerre. Ainsi, il est possible de comprendre le choix d’une stratégie de bombardements qui a coûté tant de vies civiles lors des combats de Villiers bocage ou encore de Caen. En plus des critiques mentionnées ci-dessus, on peut également reprocher quelques coquilles au fil du texte et l’absence de photos.

La première partie (la grande entreprise) détaille le contexte qui a conduit à la mise en place de l’opération Overlord, de son plan directeur, du choix de ses chefs et les conditions opérationnelles.

La seconde partie (le débarquement) raconte la première partie de la campagne de Normandie depuis le jour J jusqu’à la fameuse percée de l’opération Cobra. Cette partie est de loin la plus fournie car il y a beaucoup à dire sur l’enlisement qui a suivi le débarquement, sur les controverses, sur les relations entre officiers généraux et les choix tactiques et stratégiques. De plus, au travers de cette partie, le lecteur prend conscience que la réussite du débarquement n’est pas qu’une question d’audace et de stratégie militaire, cette réussite est pour partie liée aux erreurs stratégiques et d’analyse des Allemands.

La troisième partie raconte la seconde partie de la campagne de Normandie à partir de la percée de l’opération Cobra.

Enfin, la quatrième partie analyse l’héritage de la campagne de Normandie, ses controverses entre alliées, en particulier l’évènement de Falaise, et ses conséquences dans l’Histoire.

Cet ouvrage mérite grandement d’être lu car il apporte en plus de la chronologie des batailles, une mise en situation spatiale avec des cartes de situation, une mise en situation des événements de la campagne de Normandie et une perspective historique avec les différentes versions des officiers généraux. Il casse donc le mythe de la Normandie cristallisé autour de la violence des combats sur la plage d’Omaha en rendant aux faits qui sont la petite histoire leurs places. Le meilleur ouvrage sur le débarquement qu’il nous ait été donné de lire, et de loin.

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A propos de Bertrand Clair

Bertrand Clerc est docteur ès science et juriste spécialisé en droit des brevets. Scientifique de formation, il n’a jamais cessé de s’intéresser à la géopolitique, à l’histoire contemporaine et à la place des sciences en tant qu’instrument de puissance.

4 commentaires

  1. Monsieur Clerc Bertrand,
    Vous faites erreur lorsque vous écrivez que le titre original du livre de Carlo D’Este est « Decision in Normandy: The Unwritten Story of Montgomery and the Allied Campaign ». Comme l’indique Olivier Wieviorkadans sa préface, se que vous prenez pour le titre n’est que le sous-titre de l’édition anglaise. Le titre de la version originale est : « Decision in Normandy, The Real Story of Montgomery and the Allied Campaign ». En effet le corps de l’ouvrage est centré sur le rôle de Montgomery dans la campagne de Normandie. Le plan initial, pour les Anglo-canadiens était de prendre Caen à J+1. Or la ville a été prise plus de 30 jours plus tard, retardant de ce faite la progression des Alliés. D’Este montre les incompétences de Montgomery et sa très mauvaise foi puisque incapable de prendre Caen après plusieurs tentative il argua (à l’époque à Ike et Churchill puis dans ses Mémoires) que sa stratégie avait toujours été de contenir les Allemands sur Caen pour permettre aux Américains de prendre Cherbourg et de percer vers le sud et vers la Bretagne. D’Este explique que l’échec de l’opération Goodwood, conçue par un bon général : Miles Dempsey, a été saboté par Montgomery qui, comme a son habitude, ordonna de se hâter lentement. Alors que l’idée de Dempsey était de foncer au sud de Caen avec le maximum de force, les blindés en avant suivi de l’infanterie… De plus les notes de D’Este sont très complémentaires et apportent un plus enrichissant. Elles ne sont pas qu’une suite de références des sources  » à la Beevor ». On apprend aussi que plus de 160 cartons d’archives Britanniques « ont disparus », archives sur la bataille de Normandie alors que les archives US sont disponibles. que les fameux « Rats du Déserts » ont été médiocres en Normandie, que Ike a failli renvoyer Montgomery pour incompétence à cause de Caen. Certes l’opération Cobra est peu détaillée mais assez pour mettre celle-ci en relation avec les opérations de Montgomery puis de la poche de Falaise où les Alliés pouvaient encercler les Allemands mais que Monty refusa avec Bradley d’accorder à Patton le coup de faucille pour fermer la poche. Bref Monty voulait faire sa guerre à sa manière et avec le temps qu’il faudra au dépend de l’efficacité et des pertes. Quand je pense que certains historiens Français osent confirmer les propos de Montgomery sur sa stratégie autour de Caen à retenir les Allemands, j’appelle cela de la désinformation. Ceci dit je suis d’accord avec vous en vous citant :  » Le meilleur ouvrage sur le débarquement qu’il nous ait été donné de lire, et de loin. »
    Bien cordialement

  2. Monsieur Louis,

    Vous avez raison concernant le titre original du livre cité dans le livre. Toutefois, lorsque j’ai mené quelques recherches pour trouver des informations sur le livre original, j’ai trouvé le titre que j’ai mentionné dans ma brève. Je m’explique pas la coexistence de ces deux titres a part un changement lors d’une réédition. J’aurais alors cité le premier, vous le second.

    Vous êtes très précis sur le contenu de l’ouvrage. Je vous en remercie. Pour ma part, j’ai appris énormément de choses sur les batailles qui ont suivies le débarquement. Je doute fort quà l’avenir

    D’ailleurs, après réflexion, je trouve que ce livre n’évoque absolument pas les conséquences des combats sur les infrastructures et les civils bien qu’on devine au travers du récit le devenir de ces premières. Ça donne la désagréable impression que les deux armées se battaient sur un terrain vierge d’habitants.

  3. Monsieur Louis,

    Vous avez raison concernant le titre original du livre cité dans le livre. Toutefois, lorsque j’ai mené quelques recherches pour trouver des informations sur le livre original, j’ai trouvé le titre que j’ai mentionné dans ma brève. Je m’explique pas la coexistence de ces deux titres a part un changement lors d’une réédition. J’aurais alors cité le premier, vous le second.

    Vous êtes très précis sur le contenu de l’ouvrage. Je vous en remercie. Pour ma part, j’ai appris énormément de choses sur les batailles qui ont suivies le débarquement.

    D’ailleurs, après réflexion, je trouve que ce livre n’évoque absolument pas les conséquences des combats sur les infrastructures et les civils bien qu’on devine au travers du récit le devenir de ces premières. Ça donne la désagréable impression que les deux armées se battaient sur un terrain vierge d’habitants.

  4. Monsieur Bertrand Clerc,

    En effet il se trouve deux éditions du livre, Olivier Wiervorka l’indique dans sa préface : « Publié en 1983 puis réédité en 1994, Decision in Normandy s’est donc immédiatement imposé comme une référence majeure. Non sans raisons, puisque le livre éclaire d’un jour neuf l’opération Overlord. »(p.12).

    Il est vrai aussi que les civils sont peu concernés par le sujet du livre mais ce n’était pas le but de l’auteur qui le stipule dans son introduction :

    « Cependant, malgré son extraordinaire succès, la campagne de Normandie a laissé derrière elle toute une somme de questions sans réponses et suscité des controverses amères. Mémoires, récits de la campagne et biographies sont venus alimenter ces disputes qui remontent loin dans le temps et qui se sont inévitablement concentrées sur les faits et gestes de Montgomery : son incapacité à conquérir rapidement la ville, stratégiquement si importante, de Caen ; la manière dont s’est opérée la percée américaine depuis la tête de pont ; la querelle relative à la fermeture incomplète de la « brèche de Falaise », si mal nommée. Les échanges publics pleins d’acrimonie auxquels se livrèrent entre eux les protagonistes montrent bien toute la profondeur des ressentiments qui existaient alors.
    Des documents particulièrement significatifs, issus des archives britanniques et américaines, ont jeté un jour nouveau sur les intentions et la stratégie de Montgomery en Normandie, ainsi que sur les réactions qu’elles suscitèrent au sein du haut commandement allié. Ces sources ouvrent des perspectives claires et fascinantes sur la planification et le déroulement de la campagne de Normandie. Elles forment le noyau de ce livre. » (p.16-17)

    Montgomery a menti à ses supérieurs Ike, Churchill ; il a coupé les élans de ses subordonnés les plus compétents pour ne pas lui faire d’ombre à « sa majesté », il voulait le poste d’Eisenhower une fois le débarquement réussit, on lui donna le maréchalat, qu’il ne méritait pas, comme lot de consolation. Il fut sauvé en Normandie grâce à la percée de Cobra et à la contre-attaque, « anti-stratégique » voulut par Hitler sur Mortain, dégarnissant des troupes autour de Caen.

    Sur l’opération Goodwood : « Si l’on en croit un témoin, Eisenhower serait devenu « vert de rage » à propos de ce qu’il considérait comme une occasion manquée. Il en voulait également à Montgomery de l’avoir abusé. Mais les plus furieux et les plus frustrés étaient les responsables de l’aviation, qui estimaient que Montgomery les avait trompés en promettant des résultats décisifs et en ne parvenant pas à matérialiser son avantage. Ignorant les problèmes rencontrés par le 8e corps, ils considéraient Goodwood comme le meilleur exemple rencontré jusque-là du peu d’empressement de Montgomery à prendre des risques. » (p.535)

    Pour conclure je rejoins l’opinion du caporal Canadien Léo Major qui a libéré, seul, la ville de Zwolle en avril 1945 :
    « Dans la nuit du 30 au 31 octobre, lors de la bataille de l’Escaut dans le sud de la Hollande, Léo Major capture 93 soldats allemands à lui seul.
    Afin de retrouver 50 soldats anglais envoyés en patrouille dans l’après-midi et qui n’étaient pas revenus le soir, Léo est envoyé seul en reconnaissance la nuit venue pour les retrouver. Major repère deux soldats allemands marchant le long d’une digue. Comme le temps est froid et pluvieux, Léo déclare, « je suis gelé et mouillé à cause de vous, vous paierez ». Il capture l’un et tue l’autre, qui avait tenté d’utiliser son arme. Il utilise son prisonnier comme appât pour se saisir du reste de l’unité.
    Major continue sa mission avec comme objectif de capturer le commandant de l’unité et forcer celle-ci à se rendre. La garnison allemande se rend après que trois autres soldats soient abattus par Major. Il ramène les prisonniers et croisent une batterie d’artillerie allemande qui avait été alertée par les tirs de Major. L’artillerie fait feu sur la colonne de prisonniers, en blessant ou en tuant certains. Major, méprisant le feu ennemi, escorte ses prisonniers jusqu’à la première ligne canadienne. Croisant un char M4 Sherman sur le chemin, Léo demande à l’équipage du char de tirer sur la batterie afin de faire cesser leur tir.

    Il revient au camp avec près d’une centaine de prisonniers. C’est pour cette action qu’il est nommé pour recevoir la Distinguished Conduct Medal, médaille qu’il refuse car il estime que le Général Montgomery, qui doit lui remettre la décoration, est militairement incompétent » (Wikipédia)

    Venant d’un tel soldat qui mériterait d’être plus connu on ne peut qu’être d’accord avec sa sentence lapidaire.

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