lundi, 23 octobre, 2017
Beau de Loménie, « La Mort de la Troisième République » (1951)

Beau de Loménie, « La Mort de la Troisième République » (1951)

Auteur de plusieurs ouvrages historiques passionnants où l’on découvre une plume élégante, non moins dénuée d’une pointe d’ironie lorsqu’il esquisse certains portraits, Emmanuel Beau de Loménie (1896 – 1974) reste malheureusement trop méconnu.

Pourtant, cet écrivain passionné de Littérature française, journaliste, et professeur d’économie, a consacré vingt-deux années de sa vie à la rédaction de son œuvre majeure, Les Responsabilités des dynasties bourgeoises, publiée entre 1943 et 1973. Avec un regard objectif, il raconte les principaux événements politiques et économiques de la Révolution française jusqu’au régime de Vichy dans le but de comprendre la situation de notre pays. Pour cela, il dissèque minutieusement « les égoïstes collusions affairistes des grands dynastes » dont nous subissons aujourd’hui, à plus forte mesure encore, les conséquences. L’historien lègue ainsi un héritage considérable aux générations futures, dans l’espoir que « des plus jeunes » perpétueront son travail et tireront, à son exemple, « un juste enseignement de l’évolution des périodes les plus immédiatement récentes. »

Publiée en 1951, La Mort de la Troisième République s’insère entre le deuxième et le cinquième tome des Dynasties, dont il résume les principaux événements survenus de « la dernière crise qui a amené la chute de la Troisième République, depuis les approches de la conférence de Munich jusqu’à l’Assemblée Nationale du 10 juillet 1940. » Son objectif était d’éclairer « certaines réactions des principaux personnages par la connaissance des milieux et des conditions dans lesquels ils avaient été formés ».

Les descriptions et la précision des détails s’avèrent effectivement frappants de réalisme. L’auteur n’apporte pas seulement des éléments clefs, essentiels pour saisir l’enjeu de cette période, il nous plonge dans l’atmosphère de cette France de la Belle époque à l’avant-guerre. Une telle lecture s’imprime non seulement dans l’esprit pour les faits, mais aussi dans l’imagination, nous restituant des images mentales si vivantes qu’elles ressemblent à de véritables souvenirs.

Beau de Loménie nous entraîne dans les coulisses de la Troisième République, de l’Apogée de Pierre Laval aux confusions du Front Populaire. Il nous transporte au cœur du Ministère Daladier de Munich à la Guerre, dans l’atmosphère qui suit la Déclaration de Guerre, le Conseil de Guerre, la Mobilisation, puis l’entrée en Campagne. Interrogeant lui-même les acteurs de l’époque, ayant travaillé à Paris, puis au Ministère de l’Information, il nous restitue les mots et les vérités trop souvent passées sous silence, comme les exagérations, les fausses accusations et les mensonges perpétrés par le Général de Gaulle qui ignorait encore les conditions d’armistice, dans ses appels de Londres.

Alors que le maréchal Pétain, appelé à prendre le pouvoir à la tête du Cabinet déclarait : « je me refuserai à quitter le sol métropolitain. Je resterai parmi le peuple français pour partager ses peines et ses misères », ce qu’il fit jusqu’au bout, les membres du gouvernement, affolés, ne pensaient qu’à se mettre en sûreté. Lebrun avait déjà envoyé ses bagages et sa voiture, tandis que Barthe et Perfetti négociaient avec Darlan pour obtenir que le paquebot « Massilia » les transporte en Afrique sans délai. Daladier, Madame Crussol, Mandel, Paul Bastid, Mendès-France, Jean Zay, etc. s’empressaient d’embarquer. Clou du spectacle : Mendel qui « avec son goût des mises en scène bizarres, emportait dans ses bagages un buste de Clémenceau, […] avec l’intention d’organiser en Afrique une résistance dont il aurait été le chef ».

L’œuvre s’achève avec l’enterrement de la Troisième République, lorsque le maréchal Pétain signe les trois « actes constitutionnels ». L’Assemblée Nationale lui attribue le pouvoir constituant, lui permettant ainsi de cumuler les fonctions de Président du Conseil et de chef de l’Etat.

On regrette que le cinquième tome des Responsabilités des Dynasties Bourgeoises qui reprend une partie de ces éléments, n’en dise pas plus. Beau de Loménie n’aura pas le temps : il meurt un an après la publication de sa dernière œuvre. La Mort de la Troisième République se conclut sur une exhortation à tirer « librement et objectivement » des leçons du passé afin d’amorcer « les réformes de tout ordre que réclament les problèmes de demain ».

Cliquer pour plus d'infos

A propos de Virginie Vota

Virginie Vota
Née en 1987, diplômée d’un Master de Lettres Modernes, pétrie par la Littérature française, passionnée par l’Histoire, la Théologie, la Philosophie et les Sciences Humaines en général, je consacre mon temps libre à mes études, à la lecture et à l’écriture (fiction, articles, essai).

6 commentaires

  1. Votre critique de de Gaulle et l’apologie-discrète de Pétain-sont indignes et archaïques.Le premier a été vainqueur dans l’honneur et le second vaincu dans le déshonneur.
    Votre patriotisme est une falsification derrière se cache un passéisme stérile.Je me désabonne.

    • FAMAS

      Il y a beaucoup à dire sur l’honneur du premier…
      Je ne pense pas que la manière dont il a traité les Harkis soit une preuve d’honneur, je dirais même que c’est le contraire.
      Alors la « falsification » où se cacherait « un passéisme stérile » me fait bien rire…
      Désabonnez-vous cher monsieur car visiblement vous n’avez pas tout compris.

    • Il n’y a pas 1 De Gaulle, mais plusieurs suivant les dates où il a agit.
      Ecraser Pétain est une norme, pas le droit d’en dire quoi que ce soit de positif sous peine d’être « facho ». Est-ce une analyse saine ?, non, car comme pour De Gaulle il y a plusieurs Pétain, y compris durant la dernière guerre, mais interdiction de couper son action suivant les dates.
      Pourtant, si De Gaulle a bien manœuvré à l’abri depuis Londres, c’est quand même bien grâce à Pétain qui a permis à la France de survivre sans trop de dégâts, sinon nous aurions été broyés comme la Pologne etc.
      Enfin, je n’en dirai pas plus car c’est interdit, le gouvernement socialo de Pétain et 90% du peuple était en accord avec lui au début on ne peut l’oublier.
      J’ai des amis « pieds-noirs » qui ont vécu à Oran la fin de la guerre et les assassinats en grand nombre que De Gaulle a laisser faire en interdisant à l’armée d’arrêter le massacre des pieds-noirs, et il y aurait encore à dire…………….
      Cela dit j’approuve le De Gaulle des années 44/45… et 63 à 69, face aux US etc, oui il a fait du bon boulot, cela ne fait pas de lui un Dieu, et de Pétain le démon que l’on décrit aujourd’hui.

  2. Virginie

    Le Maréchal Pétain que Beau de Loménie évoque ici est l’homme qui fut supplié d’accepter le pouvoir à l’âge de 84 ans dans la plus difficile des situations… celui que le Général de Gaulle a laissé condamner à mort par un tribunal dans des circonstances assez obscures, et qui pour tout remerciement est mort en détention… Qui peut, aujourd’hui encore, juger une telle perspective ?

    Comme il était sujet de cet article, et auteur contemporain, je laisse la parole à Beau de Loménie : « Et sans doute, je le sais, un tel rapprochement n’empêche pas d’admettre que le gouvernement de Vichy a fait bien des fautes ; que le maréchal même a pu, selon un mot de Me Payen, « trop présumer de ses forces » quand, malgré son grand âge et son inexpérience politique, il a, dans des circonstances terriblement difficiles, accepté, sans peut-être en calculer la lourdeur, des responsabilités dont chacun dans le monde parlementaire cherchait à se décharger. Mais il y a de quoi fournir à nos gouvernements d’aujourd’hui et de demain une leçon de modestie et d’indulgence. » (Chroniques de la Quatrième, « Autour du procès Pétain », in « Questions Actuelles », publié en septembre 1945)

    Le débat fait couler beaucoup d’encre, mais il me semble que c’est une ineptie de prendre parti sur un tel sujet, si obscur, et volontairement falsifié par les médias dominants, sans avoir de solides connaissances. De ce fait, je vous renvoie à l’une des nombreuses conférences d’Adrien Abauzit sur le sujet : http://www.dailymotion.com/video/x3w814s_adrien-abauzit-le-marechal-petain-a-initie-la-resistance-meta-tv-1-2_tv

  3. Mwog

    brandenburg vous êtes encore enfermés dans l’imaginaire collectif prédominant dans la nébuleuse patriotique, à savoir l’idéalisation du Général De Gaulle. Ce dernier nous paraît grand aujourd’hui lorsque l’on voit à quel point nos élites sont médiocres, émasculées, « tassées » intellectuellement (et même cognitivement) et des analphabètes de la France. Il suit que De Gaulle est une bonne porte de sortie de l’AntiFrance, mais il n’en est que la porte de sortie justement. Il ne faut jamais oublié qu’il a réhabilité l’idéologie des « Lumières » – idéologie qui a signé l’arrêt de mort de la France qui n’est ontologiquement plus depuis 1789. En cela, Virginie Volta est clairvoyante dans ses propos et a très bien compris ce qu’est le vrai De Gaulle et ce qu’a réellement réalisé Pétain. De Gaulle a préféré être roi au milieu des ruines (la République) quand Pétain esclave dans la France du pays réel. Débarrassez vous de vos a priori et lisez et écoutez Me Abauzit qui a synthétisé et disséqué de manière rigoureuse la vraie histoire de De Gaulle et réhabilité Pétain. Si vous n’arrivez pas à vous débarrasser de ces démons, alors vous êtes tout aussi naïfs et bernés que les personnes qui crachent sur la Nation et la Patrie, car De Gaulle n’est que la préfiguration de ces gens là lorsque le totalitarisme de la Marchandise qui n’était qu’en domination formelle avait encore besoin des nations pour entrer en domination intégrale (situation que nous connaissons aujourd’hui avec la réification de l’Homme).

    « Dieu se rit des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes. », Bossuet.

Revenir en haut de la page