Réflexions sur l’état de l’esprit national

Ce que vous allez lire pourrait, sans doute, faire l’objet d’une réflexion plus vaste, considérez donc que ceci n’est qu’un préambule, qu’une esquisse, qu’une première pierre pour un édifice plus grand. M’inquiétant, comme mes maîtres autrefois, à propos de la destinée d’une conscience nationale menacée par des excitations extérieures et intérieures, j’ai décidé d’expliquer, certes avec des outils subjectifs, cet état de mutation morale. Qu’en est-il de la Nation chez les Français ? Qu’en est-il de leur rapport avec la France ? Est-il davantage sentimental ou intellectuel ? Ou la France est-elle simplement absente des esprits ? Toutes ces questions, j’espère les aborder avec le plus de clarté possible, avec le plus de rigueur et de précision, même si le format de l’article ne m’autorise pas toute la subtilité que pourrait réclamer tel ou tel concept. Je veux, avant tout, que vos esprits mettent en marche, tout au long de la lecture, leur mécanique réflexive, qu’ils décortiquent, critiquent, jugent même, cet humble assemblage théorique.

L’état du sentiment national

Contrairement à ce que j’ai pu croire, peut-être par imprécision ou par facilité réactionnaire, le sentiment national se porte plutôt bien en France. N’avons-nous pas vu, lors de cette campagne présidentielle, moult drapeaux français se dresser fièrement au-dessus d’innombrables têtes ? Nous sommes en effet restés pantois devant ce balancement continuel et plaisant, comme subjugués par ces puissantes couleurs, comme paralysés par une force immense semblant jaillir d’une source que nous croyions asséchée. Ces drapeaux sortaient-ils d’un parti dont la cohérence intellectuelle ne pouvait laisser aucun doute quant à l’authenticité de son patriotisme ? Oui, mais pas seulement, puisque nous vîmes dans les “meetings” de Nicolas Sarkozy, pourtant fervent européiste, des Français avides d’une eau assainie par la pureté nationale. Aucun doute ne peut subsister quant à la ferveur du sentiment qui animait ces êtres, qui mouvait ces Français dans une parfaite harmonie. Mais peut-être était-ce cela le problème, la Nation n’était là, chez eux, que dans une manifestation momentanée, certes réfléchie, mais parasitée par les excitations du corps.

Serait-ce de notre part condamner cette exaltation de gens réunis dans une commune émotion ? Non, jamais, ce serait marquer le recul de notre cause. Nous qui aimons tant sentir ce feu ; nous qui saisissons chaque occasion de brûler communément avec ceux de notre peuple ; refuser, châtier même, ce romantisme, ces frissons patriotiques, comment le pourrions-nous ? Il n’en reste pas moins que c’est cette excitation qui trompe, ou plutôt, qui est utilisée pour tromper, car la cohérence en est trop absente, car la raison n’y met pas assez d’elle-même. Celui qui vibrera au nom de France dans un meeting de l’UMP n’aura sans doute pas examiné, analysé, avec l’oeil national, les propositions de ce parti. Il réagira, mais ne réfléchira pas, ne pensera pas. Son excitation reposera sur quelques symboles animés, orchestrés, et sur aucune réalité, et donc sur aucune conscience. Cet individu soutiendra un homme qui défendra dans les faits exactement le contraire de ce qu’il dit dans ses discours, et cela, le farouche umpiste ne le saura pas, en raison de ce qu’il n’aura pas cherché à savoir. Sentiment sans conscience n’est que ruine de l’âme, n’est-ce pas ?

Quand décline la Nation commence le racisme

On nous parle quelquefois de quelques dégénérés à la fureur toute raciale, on s’excite, on vitupère, on sonne l’alarme : “les nazis reviennent !”. Et qui accusent-ils, qui désignent-ils à la vindicte antipopulaire ? Depuis toujours, encore et toujours, inlassablement, matoisement, servilement les mouvements patriotes, le Front National, tout ce qui, en somme, défend quelque peu la France et ses valeurs. Il est ainsi habituel de voir se mêler aisément dans la bouche de nos élites les mots nationalisme et racisme, au point que l’on en vient à confondre les deux. On s’inquiète de la montée des mouvements néo-nazis sans jamais en chercher les causes, sans jamais ne serait-ce qu’en supposer les causes, on préfère sans doute la facilité, le diable tout trouvé. Pourquoi de jeunes esprits revendiquent-ils leur appartenance à une race, à la race blanche ? En voilà une question à laquelle on se garde bien de répondre, car répondre, et surtout répondre justement, serait un coup mortel pour le parti idéologique en place. La réalité est que cette situation a été façonnée, fabriquée, montée par ceux-là mêmes qui s’en indignent.

Les bons esprits toujours prompts à s’indigner, s’indignent précisément de la situation qu’ils ont créée. C’est en détruisant une à une les pièces secondaires, puis les pièces primordiales de la Nation ; en cassant petit à petit le moindre repère national, la moindre structure ; qu’on a favorisé l’émergence du vide, que le vide a créé la crainte et progressivement le retour à l’animalité. Tout d’abord ce sont les populations issues de l’immigration africaine qui, comme repère dans une France dépouilléé de la manière, de la culture, du génie français, ont endossé leur race tel un pensum, ont fait de leur peau leur stigmate inguérissable. L’absence de la France, non pas de l’Etat comme on s’évertue à nous le faire croire, a engendré le communautarisme – pour ceux qui ont pu conserver leur mode de vie d’origine – et le culte de la race – pour ceux qui sont tout autant démunis de la culture du pays où ils se trouvent que de leur culture d’origine.

Ensuite, par un effet mimétique, le Français blanc, évoluant dans un espace où tout ce qui a de français s’écroule, est devenu un Blanc tout court, et s’affirme, tout comme un Noir (je généralise, bien entendu), par sa race. Le mimétisme du Blanc, le racisme du Blanc vient de ce que, n’ayant aucun autre moyen de s’opposer au racisme du Noir, il regarde ce qu’il y a de plus évident chez lui : sa race. Désigné par le Noir comme Blanc, le Blanc désigne le Noir comme Noir. Le Blanc, ou le Noir (ils sont interchangeables), par son immense besoin de repère, devient un être pulsionnel qui réagit en fonction de son apparence et de l’apparence des autres. La brutalité prend ainsi le pas sur la raison et la civilisation cède devant les comportements préhistoriques d’êtres craintifs et irrationnels. “Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes” disait Bossuet. Il doit bien rire Dieu de ces antiracistes d’Etat, fomenteurs de racisme, de ces humanistes déshumanisants qui ont détruit la seule entité capable de préserver la civilisation : la Nation. Le racisme primaire, à distinguer de celui de Gobineau, est né du déclin orchestré par des marionnetistes infâmes faussement humains et incroyablement inhumains. Ces perfides qui prêchent la tolérance ont déroulé le tapis rouge aux kyrielles de réactions brutes et contradictoires, à la violence barbare, sauvage d’un animal. Le droit à la différence apparaît finalement comme le voile “humaniste” du droit à l’affirmation raciale.

La conscience nationale : vibration, sentiment, théorisation, organicité ?

La vraie question est : qu’est-ce que la conscience nationale ? Ou plutôt : comment devons-nous définir la conscience nationale ? La conscience est quelque chose d’instantané, elle est en connexion directe avec nos sens, nous permettant ainsi de sentir et de ressentir le monde. La conscience ne se contente pas de nous faire sentir, elle organise nos sens, les oriente, établit des priorités fondées sur : la nouveauté, l’intensité et l’attention. Pour avoir conscience, il est nécessaire d’entretenir la conscience, de ne la point laisser voguer dans les ruelles monotones de l’habitude, car, nous disait Bergson, “Qu’arrive-t-il quand une de nos actions cesse d’être spontanée pour devenir automatique ? La conscience s’en retire.”

Pénétrant pour la première fois dans une pièce quelconque, nous sommes inondés par une senteur, importunés par la couleur des murs, ou encore surpris par une singulière atmosphère ; mais après que nous soyions entrés, sortis, rentrés, pendant des mois et des années, la senteur, la couleur des murs, la singulière atmosphère restent mais s’évaporent de notre conscience. Les sens sont les mêmes, mais la conscience y porte moins d’intêret. C’est la même chose pour la conscience nationale. Elle est la conscience de ce qui est, c’est-à-dire conscience d’une réalité : la Nation. Nous sentons la Nation et nous prenons conscience que nous sentons, parce que la Nation a été tout d’abord pour nous une nouveauté, que sa nouveauté nous l’a rendue intense, et que cette intensité nous en a communiqué un puissant sentiment.

Nous avons conscience de la Nation, parce qu’elle nous parle ; et elle nous parle, parce qu’elle est. La conscience nationale n’est donc pas seulement en rapport avec l’abstrait, elle est en rapport avec une matière, avec du concret. Dès lors que la matière tend à se dégrader, on comprend mieux que la conscience de cette matière se dégrade de la même façon. “C’est en maintenant sous vos yeux les ressources du sol de France, les efforts qu’il réclame, les services qu’il rend, les conditions enfin dans lesquelles s’est développée notre race, forestière, agricole et vigneronne, que vous comprendrez comme des réalités, et non comme des mots, nos traditions nationales, et qu’en même temps vous apprécierez les forces nouvelles qui ont grandi sur notre sol” Voilà ce que nous enseignait Barrès, et comme il avait raison en son temps et comme il aurait tellement raison si la fôret, la terre, la vigne récompensaient encore ceux qui les travaillent. Mais, aujourd’hui, l’invasion de marchandises étrangères, à cause de la disparition des frontières, délie ces liens entre l’homme et son milieu, entre le Provençal et la Provence, entre le Français et la France.

Le Français ne se sent plus récompensé par la Nation, pour la seule et bonne raison que tout ce qui pourvoit à ses besoins vient de l’étranger. C’est là qu’il faut, à mon avis, se pencher pour comprendre la disparition progressive de la conscience nationale, et l’indifférence vis-à-vis de la Nation qui gagne peu à peu les esprits au fur et à mesure que les jeunes remplacent les anciens. Chez les vieux il restait encore le souvenir, le patriotisme génétique, dirais-je, qu’ils ont peu ou prou transmis, souvent peu, avouons, eux-mêmes contaminés par les faux bienfaits que leur apporte la mondialisation. Un bon patrimoine, des objets, du matériel, tout l’arsenal de l’ouvrier embourgeoisé, tout un fatras sorti des usines de l’Allemagne, de la Chine, du Japon, d’entreprises délocalisées, déracinées… Le bien-être, c’est lui que la génération Baby boom a choisi de transmettre, préférant ainsi la facilité au sacrifice, croyant faire leur bonheur et le bonheur de leur progéniture. Je le répète, ils ont été contaminés. Du meilleur terreau on a fait de la mauvaise boue, on a donné à une plante saine un engrais putride, à des hommes bien nés et bien formés les moeurs de la bourgeoisie décadente. Tout vient d’en haut, toute cette médiocrité n’est pas sortie de là où elle ne pouvait pas sortir, il fallait que l’on injectât, que l’on instillât de l’extérieur à l’intérieur les germes de la maladie.

Ah, vous vous dites certainement que mon optimisme à propos de l’état du sentiment national s’est laissé de nouveau écarter par l’insistance et la persistance de mon penchant réactionnaire ; eh bien non, vous vous trompez. Le sentiment national, celui qui se réveille de temps en temps dans les meetings de l’UMP, repose sur une abstraction ; il est comme un sursaut, il ne s’inscrit pas dans la durée, il ne guide rien, n’influence rien, il est le moment d’euphorie dans un monde polissé par la médiocratie, la médiacratie et la crasse intellectuelle.

Ces gens s’emballent, dérivent dans les sentiers où le système veut qu’ils dérivent, ils ne dérivent pas. Ils croient vibrer avec un amoureux de la Nation, ils vibrent avec un suborneur qui rit intérieurement. Le problème de ces gens, c’est l’absence de cohérence, de curiosité aussi. L’homme conscient, lui, parce qu’il est conscient, réfléchit, pense la Nation, il ne la pense pas à partir de rien, il la pense à partir du passé et à partir de tout ce qui reste de réel et de concret, il ne se fourvoie pas dans l’abstraction où le meilleur et le pire se côtoient trop souvent. L’homme conscient est un patriote, un homme qui puise dans la terre son attachement à la France ; l’homme conscient est un nationaliste, un homme ancré dans l’Histoire de France, qui pense la continuité, qui cherche minutieusement dans toute parole, toute action où se trouve l’intérêt national.

Pour être donc véritablement en phase avec la Nation, il faut encore qu’il y ait une Nation. Il ne suffit pas, pour défendre la France, de s’exciter sur quelques mots et quelques idées, il faut avoir conscience de ce qu’elle est dans son essence et dans la réalité. Agir pour la France, c’est déjà être sûr de ce qui est son intérêt ; or, l’intérêt de la France, est-ce de soumettre l’Etat à une entité illégitime gouvernée par des “technocrates apatrides” ? Ce n’est pas que je ne le crois pas, ce n’est pas que je ne le pense pas, c’est que je sais que ce n’est pas son intérêt.

Nostalgie Impériale

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A propos de Nostalgie Impériale

Nostalgie Impériale
Je me considère d'abord comme un bonapartiste "Ratapoil", c'est-à-dire réactionnaire ; je suis bien évidemment un passionné des deux Empires. J'aime la littérature de qualité, française de préférence, et j'apprécie la philosophie. Mes maîtres sont : Balzac, Stendhal, Barrès et bien d'autres... J'ai une sainte horreur des remises en cause inutiles, et des idéologies du "bougisme" stériles et stérilisantes.
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