samedi, 29 avril, 2017
Stéphane Blanchonnet : « La France, c’est avant tout les Capétiens »

Stéphane Blanchonnet : « La France, c’est avant tout les Capétiens »

Entretien avec Stéphane Blanchonnet, professeur agrégé de lettres modernes à Lyon, président du Comité directeur de l’Action française et responsable de la section lyonnaise du Centre Royaliste d’Action Française.

Christopher Lannes : Pouvez-vous, pour commencer, vous présenter, vous ainsi que votre parcours ?

Stéphane Blanchonnet : J’ai 42 ans, je suis professeur agrégé de lettres modernes. J’enseigne dans un lycée lyonnais. Je suis originaire d’Ardèche. J’ai adhéré à l’Action française en 92 alors que j’étais encore lycéen. Je suis issu d’une famille de gauche, mais patriote et enracinée.

CL : Qu’est-ce qui vous a conduit du bonapartisme vers le monarchisme ?

SB : Vous êtes bien renseignés ! J’ai effectivement été bonapartiste de mes 14 à mes 17 ans. J’étais membre du Souvenir Napoléonien, association historique au sein de laquelle, avec deux ou trois autres jeunes gens, j’avais cherché à créer un petit groupe plus politique et militant. Je suis passé du bonapartisme au nationalisme intégral (donc royal) par mes lectures (Maurras, Bainville mais aussi, paradoxalement peut-être, Barrès, qui m’a vacciné contre le jacobinisme). J’ai compris deux choses : d’une part que la France c’était avant tout les Capétiens (par la durée, l’ampleur de la tâche accomplie) alors que les deux Empires étaient des expériences courtes, tardives et qui n’avaient pas eu le temps de créer une nouvelle légitimité, d’autre part que le seul mouvement politique monarchiste vivant et actif était l’Action française. J’y ai donc adhéré et plus de 20 ans plus tard, j’y suis encore !

CL : Ne considérez-vous pas que le bonapartisme, sous sa forme la plus aboutie, est également un monarchisme, avec un État fort, un pouvoir incarné et une stabilité héréditaire ?

SB : Il n’y a pas eu de stabilité héréditaire. Aucun Bonaparte n’a succédé dans la paix et la sérénité à son prédécesseur. Le Premier empire s’est achevé à Waterloo, le Second à Sedan.

CL : En parlant d’hérédité, est-ce pour vous le meilleur garant de la stabilité d’un régime, à mille lieues du système électif ?

SB : Oui, bien sûr. L’hérédité n’est pas moins hasardeuse que l’élection et au moins le chef héréditaire ne doit son pouvoir à aucun parti. Il est indépendant et formé à sa tâche dès l’enfance.

CL : Pour en revenir au bonapartisme (et vous embêter encore un peu), la personne de Napoléon suscite un certain rejet (euphémisme) dans les milieux royalistes, où on le traite volontiers d’« usurpateur ». N’est-il pas exagéré d’employer ce terme sachant que Bonaparte n’a fait que ramasser la couronne que la monarchie elle-même avait laissé glisser de ses mains ?

SB : Je suis parfaitement d’accord avec vous (Maurras aussi d’ailleurs, qui n’a jamais donné dans la nostalgie ou le romantisme). Les royalistes qui parlent d’usurpateur à tout propos (qu’il s’agisse de Napoléon ou de Louis-Philippe d’ailleurs) ne sont pas des politiques. Je préfère encore les républicains (ou les bonapartistes !).

CL : Je considère un retour à l’ordre monarchique possible avec un logiciel bonapartiste : homme providentiel, prise de pouvoir, consolidation du régime. Mais pour les royalistes, c’est avant tout la lignée des Orléans (ou des Bourbons, selon les tendances) qui doit être restaurée. Or après avoir perdu le pouvoir et surtout après avoir participé de l’extérieur aux guerres contre la France, cette lignée n’a-t-elle pas perdu cette légitimité (que je ne lui conteste pas avant la Révolution) ?

SB : Petit rappel pour commencer : les Orléans sont des Bourbons ! Et ils n’ont jamais combattu contre la France (à la différence de certains anciens maréchaux d’Empire). Ils ont même régulièrement versé leur sang pour la France (le dernier exemple en date étant le frère de l’actuel comte de Paris, Henri VII). Pour le reste, si je crois à la légitimité dynastique c’est justement parce que je ne crois pas à l’homme providentiel.

CL : J’arrête avec les querelles (amicales, faut-il le préciser) pour en revenir à vous. Quel penseur a le plus inspiré votre cheminement intellectuel ?

SB : Maurras évidemment !

CL : Vous dites que l’Action française se place également dans une démarche critique vis-à-vis de la monarchie, en ne considérant pas que tout est beau et rose. Justement, quelles sont les reproches que vous pourriez lui faire ?

SB : La monarchie traditionnelle, la royauté donc, a su se réformer pendant de nombreux siècles mais il est évident que tel n’a pas été le cas à la fin du XVIIIème siècle. La Restauration aussi a échoué. Il faudra tenir compte de ces échecs pour élaborer une monarchie traditionnelle dans son principe et moderne dans ses institutions, telle que la définissait le comte de Paris (Philippe VII).

CL : Que pensez-vous des monarchies parlementaires telles qu’elles existent encore de nos jours en Europe ?

SB : Ce sont des royautés mais plus vraiment des monarchies. Nous voulons une royauté qui soit pleinement une monarchie. Il faut ajouter que les modèles étrangers n’ont jamais été valorisés ni par l’AF, ni par la monarchie française. C’est plutôt elle qui servait de modèle !

CL : Victor Hugo disait : « Reprocher la Révolution aux hommes, c’est comme reprocher la marée aux flots » ? La Révolution était-elle inévitable ?

SB : Hugo était un grand poète mais certainement pas un grand politique. Il n’y a aucune fatalité dans ce domaine. Je suis avec Maurras contre Hugo, de Maistre ou Tolstoï sur ce point, comme sur beaucoup d’autres !

CL : Pour finir, quelle est la position de l’Action française sur l’élection présidentielle à venir ? Avez-vous une quelconque attente ?

SB : Nous n’avons jamais déserté l’actualité politique pour une quelconque tour d’ivoire ! Nous dénonçons le régime lui-même mais préférons bien sûr la victoire d’un candidat défendant l’identité et la souveraineté de la France ! Nous annoncerons les choses plus clairement très prochainement (comme nous le faisons habituellement).

► Le blog de Stéphane Blanchonnet

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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