vendredi, 26 mai, 2017
L’exposition « Napoléon et Paris », ou la France souveraine sous vitrine

L’exposition « Napoléon et Paris », ou la France souveraine sous vitrine

Un espion du Bréviaire s’est rendu au vernissage de l’exposition « Napoléon et Paris » qui se tient au musée Carnavalet, du 8 avril au 30 août 2015. Une exposition qui fait la part belle à la souveraineté de la France, dès lors qu’elle est sous clef dans musée et plus au Parlement.

« Rien de ce qui apparaît aujourd’hui ne doit être pris pour argent comptant, pas une phrase, pas une image, pas une virgule. Tout doit être mis en doute. Tout peut être réexaminé quotidiennement. Aucun de ceux qui plastronnent sur le devant de la scène ne mérite le moindre respect. Les autres non plus d’ailleurs. Aucun contemporain n’est acceptable sans examen. Tous leurs discours sont faux et peuvent être contredits. Nous avons non seulement le pouvoir de refuser ce monde, mais nous avons même le devoir d’en ériger le dégoût en œuvre d’art. » Philippe Muray (Exorcisme spirituels III)

23 rue de Sévigné, dans le troisième arrondissement de Paris hier après-midi, l’ombre a côtoyé la lumière par deux fois. D’abord dans la cour intérieure où le bras armé de dame nature a improvisé un somptueux clair-obscur sur les façades en pierres de tailles du musée Carnavalet. Puis dans l’enceinte même du musée, lorsque le visiteur apprend qu’Anne Hidalgo et Bruno Julliard, son premier adjoint, « vous prient de bien vouloir assister à l’inauguration de l’exposition : NAPOLEON ET PARIS ».

Passez, muscade ! Personne n’a rien vu ! ni même subodoré ! Dans le fil d’attente du « vernissage », je pense au sourire de Philippe Muray, aux costards trois pièces et queue de pie qu’il a taillé – du temps où il sévissait – à Bertrand Delanoë et à sa clique progressiste de « valets du moderne modernant » et je me dis qu’il doit rire de là-haut en voyant Anne Hidalgo transformer un ancien stratège maître de continent en incontinent plâtré pour vernissages et pièces feutrées. Ou pleurer. Je ne sais pas tellement finalement. Mais le temps que je me décide sur l’état émotif du Muray post-mortem, l’exposition s’ouvre et je me décide à y prendre le meilleur.

L’exposition met en avant la relation entre Napoléon et la capitale parisienne, des premières années du Consulat jusqu’à la mort de Napoléon en 1821. La visite se décompose en cinq grandes thématiques : Chronique parisienne de Napoléon, Napoléon et l’administration de la cité, La cour de Napoléon aux Tuileries, La ville rêvée de Napoléon, La légende napoléonienne à Paris.

Chaque thématique revient sur des événements marquants en mettant à la disposition du visiteur des pièces de collections s’y rapportant. Le plus souvent, il s’agit de tableaux mais on peut trouver également la sacoche de Bonaparte Premier Consul, diverses sculptures (surtout des bustes), l’épée du sacre de Napoléon, des costumes d’époque, son trône d’empereur etc. Pour chaque événement marquant (coup d’État des 18 et 19 brumaire, attentat de la rue Saint-Nicaise, le sacre, le mariage avec Marie-Louise, la conspiration du général Malet…), on peut lire une courte description permettant au néophyte de s’instruire et de comprendre le déroulé historique de manière pédagogique. Une exposition assez succincte : environ 45 minutes (avec temps de lecture) mais bien fournie et bien agencée.

Étant l’un des rares protagonistes du « vernissage » à ne pas arborer d’accoutrement de circonstance (tenues de soirées, costume-cravate), j’en viens à regretter qu’une telle exposition ne draine pas un public plus large. Car entre les germanopratins gauche caviar et les UMPistes du XVème, la France souveraine n’est présente que sur les murs et sous vitrine. « Oui, là est l’embarras », comme dit Shakespeare dans Hamlet. C’est sans doute pourquoi la mairie socialiste de Paris promotionne l’exposition.

Alors évidemment on peut pointer du doigt l’aigreur du réactionnaire jamais content, pas plus quand on lui cache Napoléon que quand on le lui montre. Et je reconnais qu’il est satisfaisant pour tout passionné d’histoire de France que la ville – toute socialiste qu’elle soit – mette en avant l’œuvre parisienne de Napoléon, et si la mise en exergue de cette dernière donne envie à des gens de découvrir ou de redécouvrir le génie historique français, grand bien nous fasse à tous ! Mais on ne peut pas non plus totalement avaler la couleuvre hidalgienne. Transformer le génie militaire et administratif français en animation vieillotte pour bobos est bien évidemment le meilleur moyen de désamorcer sa subversion originelle.

« Regardez comme c’était beau la souveraineté du lion ! Mais ça c’était avant. Maintenant le lion est vieux et en cage. Si vous n’êtes pas allergique à la poussière et aux formules surannées, vous pouvez en admirer les vestiges jusqu’au 30 août…avant que les Américains ne rachètent le musée avec de la fausse monnaie ». Voilà ce qu’il aurait été honnête d’écrire sur le carton d’invitation. Après tout, peut-être qu’il aurait pleuré, finalement, Muray.

Maxime Le Naguard

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A propos de Maxime Le Nagard

Etudiant en journalisme, intéressé par tous les domaines de la culture générale, en particulier l'Histoire, la littérature et la philosophie.

Un commentaire

  1. Maxime, futur agent du FSB; personne ne soupçonnait alors être en présence d’un personnage aussi dangereux! 😉

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