lundi, 23 octobre, 2017
Fiche de lecture : « Le fil de l’épée », de Charles de Gaulle

Fiche de lecture : « Le fil de l’épée », de Charles de Gaulle

On ne présente plus le Général, le « grand Charles ». Sauveur de la patrie pour les uns, imposteur opportuniste pour les autres, de Gaulle reste l’une de ces personnalités édifiantes, uniques, qui parfois apparaissent et marquent durablement l’Histoire de leur empreinte.

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Hervé Gaymard, député Les Républicains de Savoie, qui a préfacé la version poche du Fil de l’épée, écrivait, avec un juste raisonnement, qu’il n’existait point de version actuelle des Vies des douze Césars. Sans doute que si un tel ouvrage existait, de Gaulle y aurait toute sa place. Déjà en 1932, alors que le futur héros de la France libre n’était qu’un simple commandant, donnant quelque conférence à l’école de guerre, celui-ci avait déjà une haute idée de ce que les circonstances l’amèneraient à être, un Chef.

Dans ce petit ouvrage, court (146 pages dans la version de poche), mais dense, de Gaulle disserte sur l’armée, cette armée qui l’a fait naître, dont il a vu et vécu ses souffrances en 1914. Revenant dans un premier chapitre dénommé « l’Action de guerre », de Gaulle y exprime sa vision de l’évolution de notre armée, gangrenée par le pacifisme d’après-guerre, surpassée par l’incroyable développement technologique. Mais, que d’amour le peuple français porte à son armée, relève-t-il ! Que d’admiration devant l’uniforme ! Que d’exaltation devant les défilés, que de prestige dans le métier des armes !

Mais plus que l’armée, c’est bien l’Homme qui est au centre de sa pensée. L’Homme, le Chef. Qui est-il ? A quoi le reconnaît-on ? Résumons. Pour de Gaulle, le Chef est avant tout un homme d’action (« Au commencement était l’Action ! », se plait-il à citer). Par cette action, c’est l’instinct qui commande. Si de Gaulle se réfère à ces notions pour parler de la chose militaire, paraphrasant Napoléon et Clausewitz — à propos de la part de hasard que contient chaque affrontement par exemple —, le sous-entendu est plus qu’explicite : autant le militaire que le politique se doivent d’agir, et non pas de se borner dans un système qu’ils transposeraient à chaque situation.

Clausewitz le disait merveilleusement, à travers cette fameuse phrase qui aujourd’hui est connue de tous : « La guerre n’est que la continuation de la politique par d’autres moyens ». Or, qui dit continuation dit attitudes semblables, non point en tout, mais sur certains points. C’est précisément ce que tend à démontrer de Gaulle : le Chef, politique ou militaire, parfois les deux, transpire l’exception, le charisme, la volonté et le prestige. Tout est dans l’attitude, le mouvement, la parole prononcée ou bien le silence, silence qui dit tout.

Mais encore, le Chef est celui qui rassemble, qui sait exalter les passions, concentrer les énergies des hommes. Devant lui, tous s’effacent, tous ressentent la présence d’une âme exceptionnelle. Tous veulent le satisfaire, donner le meilleur d’eux-mêmes pour lui, pour ce qu’ils représentent, pour que chacun puisse se dire « vivant ou mort, j’aurai mérité l’éloge de César ! »

En bref, bien plus qu’une réflexion sur les expériences militaires françaises et leur réforme, c’est bien une ébauche de bréviaire politique que nous livre de Gaulle, une ode à l’Autorité, à la Force, à la France.

Charles de Gaulle,  Le fil de l’épée, Paris, Perrin, coll. « Tempus », 14

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A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.
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