samedi, 21 octobre, 2017
Doit-on craindre le retour du loup en France ?
Un loup de la réserve animale du Domaine des grottes de Han en Belgique (Wikimedia CC).

Doit-on craindre le retour du loup en France ?

Depuis la fin du XXème siècle, les montagnes et forêts françaises voient réapparaître un hôte qui avait disparu depuis les années 30 : le loup. Malgré l’extermination subie dans le passé, le loup a su se réintroduire naturellement dans nos contrées, ce qui fait la joie des défenseurs de la nature et suscite la crainte des éleveurs. Faut-il s’inquiéter ou se réjouir de ce retour ?

Extermination du loup

Le loup est un mammifère carnivore appartenant à la famille des canidés et à l’espèce Canis Lupus. On le retrouve généralement dans les régions boisées et montagneuses d’Eurasie et d’Amérique du Nord. Le loup vit, se déplace, et chasse au sein d’une meute structurée où la hiérarchie et la communication sont très développées. Contrairement à son parent le chien, qui a préféré s’allier aux hommes dans l’intérêt d’obtenir nourriture et protection, le loup est resté à l’état sauvage. La sous-espèce de Canis Lupus la plus répandue en Europe est celle du loup gris.

Gravure de la Bête (du Gévaudan) attaquant une femme.

Gravure de la Bête (du Gévaudan) attaquant une femme.

Au XVIIe siècle en France, on comptait près de 30 000 loups. Mais cet animal a toujours, depuis le Haut Moyen Âge, suscité la peur et le rejet des hommes. Ceci peut s’expliquer en quatre points :

  • L’influence de l’Église catholique pour laquelle le loup, animal vivant dans l’obscurité et le mystère des forêts, représentait un Mal à éradiquer ;
  • L’existence d’attaques d’humains, très courantes en temps de guerre ;
  • La concurrence avec les éleveurs qui, pour les moins équipés, voyaient leur bétail régulièrement dévoré ;
  • La transmission de la rage, mise au jour suite aux travaux de Pasteur.

Cette crainte du loup est notamment à l’origine de la création par Charlemagne des louveteries, service chargé de protéger les personnes et les éleveurs des attaques de loups. Aussi, l’exemple le plus caractéristique de cette méfiance à l’égard des loups reste le mythe de la bête du Gévaudan. Toutes ces raisons vont conduire les hommes à s’organiser pour littéralement exterminer cette créature venue des forêts, jusqu’à l’extinction totale du territoire dans les années 30.

Cet article ne s’attache qu’au cas de la France mais dans les autres régions du monde, comme en Russie ou en Amérique du Nord, les loups ont également été victimes d’une chasse intensive pour leur viande et leur fourrure.

Réapparition en France

S’il restait encore près de 500 loups en France en 1900, cette espèce a totalement été éradiquée du territoire depuis les années 30. Cependant, le mois de novembre 1992 a sonné l’heure du grand retour quand deux spécimens ont été aperçus dans le Parc national du Mercantour dans les Alpes-Maritimes. Cette réapparition naturelle s’est faite depuis les Apennins en Italie où quelques loups avaient survécu à l’extermination.

Depuis, le loup a recolonisé une bonne partie du territoire, des Pyrénées au massif vosgien. Aujourd’hui, on recense plus de 300 loups en France métropolitaine et 27 zones de présence permanente (ZPP). L’espèce est protégée par la convention de Berne (1982), les directives européennes de 1992 et 1997, ainsi que l’arrêté du 23 avril 2007 la comptant parmi les mammifères protégés sur l’ensemble du territoire. Selon le WWF, « par le rôle qu’il joue dans la chaîne alimentaire, le loup participe à l’équilibre de la nature et de la montagne ».

Une menace pour l’homme ?

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Par nature, le loup est un animal craintif qui n’a pas pour habitude de s’attaquer à l’homme, espèce bien trop étrange et imprévisible, à ses yeux, pour constituer une proie facile. Ainsi, le loup craint-il l’homme et a tendance, lors d’une rencontre, à se tenir à distance.

Malgré tout, il est arrivé que, dans des cas de loups enragés ou affamés, ces derniers s’attaquent à des humains, en particulier à des enfants (gardiens de troupeaux) ou à des femmes (qui se soulageaient dans la forêt). Après dépouillement des registres paroissiaux, l’historien Jean-Marc Moriceau a dénombré près de 1 100 cas de prédation du loup sur l’homme du XVIe siècle jusqu’au début du XXe, soit environ 3 par années.

Ces attaques ont une forte tendance à se multiplier lors des périodes de grand conflit, où les villages sont plus dépourvus face à la menace et où les nombreux cadavres éparpillés sur le territoire donnent aux loups un goût prononcé pour la chair humaine. Dans son ouvrage Les loups (Larousse, 2003), Geneviève Carbone évoque ce tragique incident où, en 1812, 80 soldats de l’armée napoléonienne furent tous dévorés, dans le centre de la France, par une horde constituée de plusieurs centaines de loups.

Toutefois, les attaques de loups restent relativement rares et isolées, dues la plupart du temps à la rage ou à une période de conflit majeur. Les récits qui en sont faits par les autorités ecclésiastiques sont largement exagérés et souvent imprécis.

Menace pour les éleveurs

La principale controverse autour de la présence du loup reste la menace pour les éleveurs.

Contrairement à la Normandie (très peu d’élevage) où la cohabitation avec le loup a été très positive (réf. Xavier Halard), les régions montagneuses où l’élevage et le pastoralisme sont importants abritent leur lot d’éleveurs en colère. Si la population française se montre plutôt favorable à la réapparition du loup, les possesseurs de bêtes ne sont pas de cet avis et craignent légitimement pour leur gagne-pain.

Cependant, il existe aujourd’hui différentes méthodes pour contrer ce problème. Par exemple, la rentrée des bêtes dans leur enclos (ou grange) protégé pendant la nuit et surtout la présence de chiens de protection, méthode de plus en plus répandue et efficace (voir la vidéo ci-dessous).

Jeudi 10 juillet 2014, l’Assemblée nationale a autorisé les éleveurs à abattre des loups dans certaines zones du territoire et à certaines conditions, vu que la convention de Berne, signée par la France, les classe en espèce strictement protégée. Ainsi le nouvel amendement autorise-t-il les éleveurs, uniquement en cas d’attaque, à tuer des loups pour une durée de six mois dans leur commune. Le gouvernement a également fait adopter en commission à l’Assemblée un amendement pour être en conformité avec le droit européen. Il s’agira notamment d’autoriser les tirs de loups dans les zones de protection renforcée pour une durée maximale d’un an après que des dommages importants auront été constatés. Aussi, la mesure ne concernera pas le seul pastoralisme, répandu en montagne, mais aussi les éleveurs.

Aussi plaisante soit la réapparition d’un animal dans son milieu naturel d’origine (qui plus est après une extermination par l’homme), la situation de nos éleveurs n’est en effet pas à oublier. Il est ainsi tout à fait légitime que ces derniers puissent défendre leur bétail en cas d’attaques de loups. Si le danger pour l’homme est plus à situer du côté du mythe, le danger pour le bétail est, lui, bien réel. L’État français étant favorable à la réapparition du loup, il se doit de venir encore plus efficacement en aide aux éleveurs en autorisation la défense des troupeaux et en encourageant financièrement le genre de dispositifs cités plus haut.

Avant d’en terminer sur ce point, il est paradoxal de constater que, si l’on remonte aux origines de la cause, la multiplication des attaques de bétail est due aux activités humaines abusives comme la déforestation et la chasse intensive, réduisant le nombre de proies sauvages pour le loup (Le Loup : biologie, mœurs, mythologie, cohabitation, protection…, de Jean-Marc Landry, éditions Delachaux & Niestlé).

Le cas de l’ours

Ours brun photographié à Aspe dans les Pyrénées (Wikimedia CC).

Ours brun photographié à Aspe dans les Pyrénées (Wikimedia CC).

Contrairement au loup qui a recolonisé naturellement nos forêts, l’ours a été réintroduit volontairement en France en 1996 dans les Pyrénées. Mais à l’instar de son cousin éloigné (les deux espèces proviennent du Miacis), l’ours brun familier aux européens représente une menace plutôt faible pour l’homme.

D’une nature timide et craintive à notre égard, il évitera également de croiser le chemin du randonneur. Omnivore, son alimentation est surtout à base de racines, de baies et de poisson. Ainsi, le bétail ne représente-t-il que 8% de son alimentation. Il représente donc une menace moindre pour les éleveurs, d’autant que sa prolifération est beaucoup moins importante que celle du loup.

Il est chassé depuis la préhistoire pour sa viande et sa fourrure. Sa disparition date des années 80 et est due essentiellement à la destruction de son habitat naturel. En 1868, dans son ouvrage Les Merveilles de la nature, Alfred Brehm écrivait : « Les beaux temps de l’ours sont passés. L’espèce ne peut plus demeurer que dans les lieux que l’homme n’a pas encore envahis. (…) L’extension toujours croissante de l’homme sur la terre chasse l’ours et finira par le détruire complètement dans l’Europe centrale et méridionale ». Le temps lui a donné raison. De nos jours, 6 espèces d’ours sur 8 sont menacées d’extinction.

Du devoir de préserver

Si les abus et les excès de l’homme ont entraîné, en France comme partout dans le monde, la disparition de certaines espèces comme le loup et l’ours, ces erreurs tendent aujourd’hui à se corriger. Dans les Alpes, la nature a repris seule ses droits et le loup prolifère à nouveau. Dans les Pyrénées, il aura fallu compter sur les actions des défenseurs de l’environnement pour que l’ours soit réinséré dans son cadre naturel.

Il serait simpliste de jeter la pierre sur les hommes. Nous sommes une espèce, la plus évoluée, en expansion. Et contrairement aux espèces animales, nous savons tirer les leçons de nos excès et tenter d’y remédier. Il est donc de notre devoir éthique de protéger et de veiller au mieux à l’équilibre de la biodiversité, tout en s’assurant la sécurité qui nous est due.

À nous de gérer au mieux ce retour naturel et légitime des populations animales par la régulation et les mesures de protection de notre bétail. Si les villes que la civilisation nous a apportées nous appartiennent de droit, la forêt, elle, doit demeurer propriété du sauvage.

Livre recommandé :

– BERNARD Daniel, Des Loups et des Hommes, Paris, De Borée, 2011, 256 p. (commander)

Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.

10 commentaires

  1. Si les bergers travaillaient comme dans les temps anciens il n’y aurait aucun problème avec les loups ! J’ai été berger je sais de quoi je parle ! N’oublions pas que nous sommes sur leurs territoires !

  2. Christopher Lings

    Quant à moi, les bergers qui ont des milliers de bêtes (j’ai entendu 20 000 brebis pour je ne sais quel berger dans je ne sais quel reportage) et qui se plaignent, cela me fait bien rire.

    Ils sont outrés, choqués par la réapparition d’un animal sauvage, mais leurs élevages intensifs ne leur posent pas de problèmes…

    C’est comme les éleveurs de cochons bretons. Ils n’ont plus de fermes, ils ont des usines. Ils se sont entièrement soumis à la logique industrielle, et maintenant ils viennent pleurer quand on veut taxer les camions. Si t’avais pas autant de bêtes, mon gars, t’aurais pas besoin de camion.

  3. Il me semble que les attaques de troupeaux par des loups sont en réalité bien souvent menées par des chiens errants. Le consumérisme frappe aussi les animaux de compagnies qui, lorsqu’ils ne sont plus désirés, finissent abandonnés. Ainsi les bergers qui redoutent le loup devraient plutôt se plaindre des chiens errants, bien plus nombreux.

    • Christopher Lings

      Dans les registres paroissiaux au Moyen Âge, la plupart des « attaques de loup » sont très imprécises. La plupart du temps, on parle de « bête » ou autre « créature », mais on ne cite que rarement précisément le loup.

  4. Débat complexe, je suis berger je ne garde plus en zone de prédation car c est ingérable ! Le loup nous coûte des millions d euros tout les ans je ne suis pas spécialement contre les patous ça marche à condition qu’ il soient en meute ( 10 pour 1000 brebis) et qu’ il soient très méchants !!! Le problème n est donc plus le loup mais les marcheurs qui se font mordre ! Ce sont souvent les pro-loup qui vont se plaindre des chiens de protection, on veut faire de la montagne un espace de loisir et cela me désole! Et il ne faut pas oublier que le pastoralisme sert à produire de la viande pour se nourrir, certain Me répondent qu on as qu’à acheter à la Nouvelle-Zélande, cela me désole aussi les gens fantasmes la nature alors qu’ on engloutit sous le béton des centaines d hectares tout les ans ! Pour tordre le coup à certaines idées les clôtures électriques ne marchent par sur le loup il n y a pas de troupeau au delà de 3000 brebis en France la moyenne est de 1200.

  5. Bonjour, je suis chasseur et je suis contre la chasse au loup, je pense qu’on devrait réfléchir à un moyen de protéger les troupeaux, sans tuer les loups, comme par exemple surveiller sont troupeau.

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