samedi, 21 octobre, 2017
Au nom de l’Europe, sortons de l’UE !

Au nom de l’Europe, sortons de l’UE !

Crise de l’euro, directives européennes sur l’alimentation totalement décalées, traité transatlantique, fausses prises de bec entre Montebourg et Barroso, l’UE n’est pas seulement au cœur de l’actualité, elle est au cœur du nid à problème qui nous enserre depuis 30 ans.

L’Union Européenne, organisation d’ordre politico-économique, démontre un peu plus chaque jour qu’il s’agit davantage d’une structure de parachèvement du bloc américain plutôt qu’une structure d’indépendance par rapport aux États-Unis. L’histoire des espionnages des ambassades européennes par les États-Unis et le début des négociations pour la concrétisation d’un grand marché euratlantique ont fait tomber des nues les quelques européistes qui croient encore au mythe de « l’UE contrepoids de l’empire américain », comme l’atteste la récente montée au créneau de Jean Quatremer de Libération (à partir de la 15ème minute). On voit bien qu’aujourd’hui, loin de l’idée d’origine « à plusieurs nous pèserons plus dans la mondialisation », l’UE est bien davantage le cheval de Troie de cette mondialisation sauvage, recueillant entre ses 28 paires de mains tous les inconvénients de celle-ci en n’ayant comme avantages pour ses consommateurs précarisés que des produits asiatiques moins chers.

La France puise une grande part de ses maux dans l’asphyxie entraînée par la participation à cette UE à la dérive. En témoigne les 7 milliards d’€ de contributions annuelles au budget de l’UE, ajoutés aux dizaines de milliards données aux banques grecques dans le cadre de ce feuilleton digne des « Feux de l’Amour » en terme de longévité. D’ailleurs, parmi les rares politiques européennes dont on vante le soi-disant succès se trouve en bonne place la Politique Agricole Commune (PAC). Ainsi, le budget européen dépense 8,3 milliards d’€ chaque année en France. En dernière instance, les agriculteurs figurent parmi les premières professions touchées par le suicide, au point de devenir le mal français, on réalise les soi-disant bienfaits de cette manne mal employée.

Sur le plan industriel, on a d’abord vanté la capacité de protection de l’UE à travers la Commission européenne sur le problème épineux des panneaux solaires. Au final, la réaction a été beaucoup trop tardive, signe d’une bureaucratie européenne lente au possible. Alors qu’en 2004-2005, l’UE dominait la production de panneaux solaires avec le Japon, moins de 10 ans plus tard, la Chine contrôle plus des trois-quarts du marché quand il ne reste plus que 7% pour l’Europe. L’accord conclu avec la Chine a été vécu comme « une capitulation » par les industriels européens qui ont fait appel de la décision, montrant bien aux yeux des européens qui en doutaient que la soi-disant forteresse européenne, rempart de la concurrence déloyale, n’était que du vent. Enfin, sur le plan financier, Michel Barnier, commissaire français au marché intérieur et aux services, chargé de mettre au point des règles européennes devant servir à tirer les leçons de la crise financière, n’a toujours pas pu les mettre en application alors queles réformes issues de Bâle III sont prévues pour… 2019 ! Soit 11 ans après le déclenchement de la crise! Au final, la finance n’a pas été réformée, la BCE porte le système financier à bout de bras et les pratiques des banques sont toujours aussi décalées de l’économie réelle avec un bilan des banques et un hors bilan omnipotents.

Par ailleurs, faute de frontières cohérentes par l’agrégation de toujours plus de pays membres, dans un esprit de conquête « des démocraties libérales, des droits de l’homme et du progrès », l’UE constitue un bloc d’une hétérogénéité telle qu’elle en fait perdre le cœur et la raison des peuples européens. Cette tournure des événements est en totale rupture avec l’esprit de la CEE d’origine.

Une Europe de la paix en paravent du chaos social

Philippe Séguin en 2005 (Wikimedia CC).

Philippe Séguin en 2005 (Wikimedia CC).

Ce projet devient mortifère par l’amoncellement de ses échecs économiques et sociaux. P. Séguin avait vu juste dans l’effacement du clivage gauche-droite au profit d’un autre qui se dessine de plus en plus: fédéralistes/patriotes. « Le PS et l’UMP sont les détaillants d’un même grossiste : l’UE ». Ce gaulliste a bien analysé les dérives dont il a été témoin dès les années 80 avec l’adoption de l’Acte Unique en 1985, ce virage complet dans la construction européenne, initié par les socialistes français comme F. Mitterrand et Jacques Delors, et validé ensuite par la droite libérale, en la personne de Jacques Chirac. Voyant l’impasse de leurs promesses économiques et sociales dans un monde lancé dans la « contre-révolution libérale », le PS s’est jeté à corps perdu dans deux slogans fédérateurs : « l’Europe et la paix ».

La paix n’était certes pas difficile à obtenir dans une Europe traumatisée par les guerres du XXème siècle et la chute du bloc de l’Est. La détention par la France du feu de dissuasion nucléaire, grâce au général de Gaulle, parachève le mouvement de paix que connait l’hexagone depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. La paix, ce seul atout subsistant au sein de nos frontières, a été couronné en grande pompe fin 2012 par l’attribution du Prix Nobel de la Paix à l’UE. Figurant aujourd’hui en première ligne dans l’intervention en Syrie, l’UE ne mérite pas davantage ce titre que Barack Obama 4 ans auparavant, qui a maintenu ou initié davantage de conflits dans le monde que Georges W. Bush et père réunis.

Au prix d’un détricotage progressif du pacte consensuel d’après-guerre gaulliste construit par le Conseil National de la Résistance (CNR), au prix d’une libéralisation des services publics, d’une monnaie unique aux conditions allemandes fixant une orthodoxie économique et financière sur les autres pays d’Europe, l’UE a substitué son projet de coopération économique pour un projet fédéral qui résoudrait tous les problèmes. La doxa monétariste et de la concurrence ont été érigées en dogme, en but final, alors qu’ils ne doivent être qu’au surplus des moyens. La guerre économique de tous contre tous au nom de la paix politique s’est dessinée alors. En 30 ans, se sont enclenchés des vagues de privatisations, l’assèchement de la consommation sous l’effet du chômage de masse compensé par l’approvisionnement en crédits publics et privés, l’endettement favorisé par la prise de pouvoir de marchés financiers déréglementés et décloisonnés, une structure capital-travail jadis équilibrée et aujourd’hui totalement à l’avantage du capital, celui-ci étant nomade et sans frontière alors que le travail demeure national et sédentaire. Le modèle économique édifié sous le clivage patrons–travailleurs nationaux s’est trouvé métamorphosé en un clivage actionnaires nomades–salariés sédentaires.

La politique dessaisie de la maîtrise de son destin

On décide, à partir de là, cet acte « unique au monde: sortir la politique de l’économie, judiciariser la société », selon H.Guaino. On met la politique en pilotage automatique aux mains des experts, des technocrates, seuls habilités à tracer un destin sûr aux peuples face à des hommes politiques changeants et inconsidérés. C’est le mythe le plus abouti pour les économistes: la dictature éclairée, le despote bienveillant. À côté de cette théorie, on pense sans le dire, sans l’avouer, à la Chine qui répond tout à fait à ces critères: une dictature aux mains d’experts non élus à chaque poste au service d’une économie ouverte au dynamisme galopant. Cependant, avec l’engrenage des traités européens depuis l’Acte Unique, on ne peut plus faire de politique commerciale, de politique industrielle, de politique monétaire, bref de politique économique.

Le problème majeur étant qu’en sortant la politique du jeu, on a également sorti les peuples européens, ceux-ci se voyant appliquer des traités rejetés dans les urnes comme ça a été le cas en France, aux Pays-Bas et en Irlande. C’est pourquoi, toute bonne idée poussée trop loin devient mauvaise. La liberté de circulation des personnes, des capitaux, des marchandises comme absolu est une folie furieuse. Se sont ajoutés à cela une série de directives et de règlements, d’une vacuité et inconséquence prodigieuses, et alignés sur le droit anglo-saxon plutôt que le droit latin, et d’une vacuité et inconséquence prodigieuses. En témoigne, la fameuse directive du mélange du vin rouge au vin blanc ou encore celle sur l’autorisation des farines animales pour les poissons d’élevage.

Par ailleurs, le couple franco-allemand étire son déséquilibre à un point inégalé. Du temps du général de Gaulle, certes la France était « le jockey et l’Allemagne le cheval », autrement dit la relation bilatérale était dominée par la France face à une Allemagne coupée en deux. Mais tous deux profitaient des fruits de la croissance, tous deux connaissaient un miracle économique. Aujourd’hui, l’Allemagne profite seule des miettes de croissance mondiale au détriment de la France et des pays d’Europe du Sud enlisés dans une crise sans fond. D’un coté une zone euro du Nord qui accumule les excédents commerciaux quand la zone euro du Sud, emmené par la France, creuse toujours plus de deficits commerciaux. Un chiffre est révélateur de la sortie progressive de l’Allemagne de l’intégration économique européenne : en 2007, l’UE représentait 65% du montant de l’excédent allemand, alors qu’en 2012 elle ne représente plus que 26%. Il est temps d’admettre cette vérité, indissociable de la constitution de la monnaie unique: avoir imposé une monnaie unique sur des économies aussi différentes n’a fait que les éloigner toujours plus, loin de la convergence et du rattrapage qui s’opérait avant l’euro. Il est temps désormais de reconstruire une Europe sur d’autres bases.

Les solutions raisonnables, telles que l’instauration d’une monnaie commune en lieu et place d’une monnaie unique ne semblent pas sur la table. Ainsi, le régime de monnaie commune était en cours jusqu’en 1999 par le biais du Système monétaire européen (SME) qui avait été scellé par Giscard et Schmidt en 1979. L’euro est aujourd’hui miné par les contradictions internes que certains économistes brillants avaient prévues dans les années 90, avertissant que l’euro ne pouvait être, en l’état, une zone monétaire optimale. La marche irréversible de la construction européenne devait suivre son cours, embryon de gouvernement mondial que l’on s’apprête à mettre en place à plus grande échelle pour le coup suivant. La « dictature des marchés », chère à Joseph Stiglitz, s’est doublée de la dictature technocratique de Francfort. Le plus cinglant exemple a été le véritable scandale du blocus économique décrété par la BCE sur Chypre et la saisie de 47% des avoirs bancaires des comptes de plus de 100 000 €, écartant ce pays de toute possibilité de reprise économique. L’île servira par contre de base avancée pour les desseins guerriers en Syrie plus tard… Depuis lors, la seule soupape de sécurité que les tenants de l’euro nous servaient, en nous chantant que l’euro protégeait l’épargne des européens, ne constitue plus qu’une nouvelle digue ayant sautée elle-aussi.

Une Europe de la coopération économique

Crédits : Wikimedia CC

Crédits : Wikimedia CC

L’UE est une organisation qui s’est accaparée l’Europe, s’est confondue dans les termes avec elle au point d’en être arrivé à dire « si on sort de l’UE, on sort de l’Europe ». On n’imagine pas bien par quel miracle le territoire français pourrait se détacher du continent européen à partir de Strasbourg, telle une fracture s’éloignant du Rhin vers les rivages atlantiques… La France est et restera européenne, son avenir n’a pas à être lié avec une organisation qui, par ses dogmes et son emprise, détermine une bonne partie de ses échecs passés et présents. Il est temps de différencier les deux dans un premier temps, pour s’en détacher une bonne fois pour toutes, dans un second temps.

Si l’on fait le bilan de la construction européenne, on voit que la convergence économique entre les pays membres s’est faite lorsqu’on n’a pas entrepris de céder des pans de souveraineté entiers à cette organisation. Alors que lorsqu’on a coopéré sur des projets industriels intelligents et d’avenir, l’Europe avançait et son niveau de vie avec. Si l’on veut répondre au cliché habituellement vitupéré, la France n’a pas à rester isolé. Elle demeure ancrée dans le territoire européen et a toute vocation à être motrice de projets industriels porteurs pour l’avenir avec ses partenaires européens: sur les énergies vertes, les nouvelles technologies, la lutte contre les maladies destructrices encore présentes, la ville durable de demain, etc. Autant de projets pour lequel la France dispose encore d’atouts indéniables et pour lesquels une mutualisation complémentaire avec d’autres pays disposant de savoirs-faire serait riche. En engageant des programmes d’investissements industriels, la France renouerait avec la tradition de son capitalisme industriel et entrepreneurial, loin du développement nocif de cette industrie financière spéculative ayant broyé ce capitalisme familial et productif. Ces projets de coopération auraient le mérite d’être une structure plus souple, plus respectueuse des traditions différentes d’États-nations distincts et donc au droit divergent, et surtout plus efficace, comme l’atteste le succès d’EADS et d’Ariane.

En matière politique, la France a de multiples voies de coopération supplémentaires à entretenir: la coopération méditerranéenne, la gestion plus intelligente de ses rapports avec les pays africains, l’approfondissement de sa présence et de son poids en Asie et en Amérique latine.

La France ne sera jamais isolée. En prenant l’initiative de sortir de l’UE, beaucoup d’autres pays d’Europe, l’Europe latine notamment, verraient dans cet acte révolutionnaire, une source d’espoir pour sortir du cercle vicieux lancé à pleine roue depuis 30 ans et que les peuples ne demandent qu’à rompre.  Elle magnifierait à tous les autres peuples du monde que la France s’est réveillée, a repris son destin entre ses mains et entend mener une politique indépendante, libre et coopérative.

Guillaume N.

A propos de Guillaume N.

Guillaume N.
Passionné par le débat d'idées, je m'intéresse à tout ce qui touche à l'Homme en général, et à l'histoire, la politique, Paris et notre douce France, en particulier. Jeune diplômé en économie, j'aspire à faire partager les vertus du bonapartisme: synthèse de la gauche et de la droite, des traditions et de la modernité, vecteur de pragmatisme et du rejet du dogmatisme.

2 commentaires

  1. Bernard chalumeau

    Bonjour cher Guillaume,

    Tout ceci est exact!

    Mais un certain Bernard CHALUMEAU expose, depuis tant d’années, le moyen existant, légitime, légal et reconnu par le droit international sur de multiples blogs et sites y compris sur le bréviaire  le processus de sortie  la DUI!
    Bon, donc on s’organise pour sortir ainsi avant d’être complètement englouitis.

    C’est tout.
    Amitiés pour en débattre avec vous au besoin.

    Amitiés,

    Bernard CHALUMEAU;





     

    • Mon cher Bernard , tout ceci est bien joli , mais encore faut il qu’il y ait au pouvoir un homme d’état assez courageux pour pouvoir mener à bien cette sortie de la folie .
      A mon humble avis , il n’est pas encore né .
      Sauf a attendre la venue de notre Messie politique , ne reste plus que la solution de la révolte du Peuple de France ………. avec , malheureusement tout ce que cela comportera en débordements en tout genre .

      cordialement 

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