vendredi, 26 mai, 2017

Hommage à Jules Ferry : François Hollande distribue les cartouches

« Méfiez vous de l’Histoire que l’imposture se charge d’écrire » Chateaubriand.

Mardi 15 mai se déroulera la journée d’investiture de François Hollande, pour la nouvelle présidence de la république. Une journée bien moins placée sous le signe de l’école et de la laïcité que sous celui de la tartufferie.

Jules Ferry, symbole de la gauche française, de l’école gratuite pour tous et de la laïcité. Un grand républicain de la plus longue des républiques françaises. En somme, un parangon de vertu à qui tout président de gauche qui se respecte se doit de rendre hommage. C’est évidemment ce que ne manquera pas de faire le nouveau président socialiste.

Un personnage illustre de l’histoire de France, Jules Ferry ? Inéluctablement. Un héros socialiste dont chaque action est une hiérophanie ! Dont la moindre phrase est une ordalie ! Il suffit de tendre l’oreille aux susurrements des sirènes de l’idéologie dominante… Jules Ferry a tellement œuvré pour la république qu’on s’autorise d’ailleurs souvent à raccourcir la liste de ses exploits, sans doute par humilité et pudeur historique. Des louanges superfétatoires pouvant finir par nuire à l’éloge…

Afin de rendre à ce grand républicain la médaille de gloire qui lui est due, il convient de compléter son panégyrique, quitte à le hisser au-dessus de l’Olympe…

La troisième République est proclamée le 4 septembre 1870. Jules Ferry est nommé préfet de la Seine, puis maire de Paris. Organisateur du ravitaillement de la ville pendant le siège de la commune, il est aussi incompétent en matière logistique que Gambetta l’est en matière militaire. Il réprime les mouvements populaires du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871.

Les Parisiens l’affublent du dithyrambique sobriquet de ” Ferry Famine “…

L’ayant par ailleurs repéré, Karl Marx trace de lui un portrait en quelques lignes dans « La guerre civile en France » : « Jules Ferry, avocat sans le sou avant le 4 septembre, réussit comme maire de Paris pendant le siège, à tirer par escroquerie une fortune de la famine. Le jour où il aurait à rendre compte de sa mauvaise administration serait aussi celui de sa condamnation ». Voilà qui est dit.

Jules Ferry sera ministre des affaires étrangères et des colonies entre 1883 et 1885. Il sera président du Conseil en 1880-81, puis entre février 1883 et mars 1885. Il sera à l’époque un des grands penseurs de l’impérialisme racialiste français. Pour s’en convaincre, quoi de plus honnête que le recours au texte ? :

« Et je vous défie -permettez moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, Monsieur Pelletan- de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inferieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit sur les races inférieures (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures (…) »

Débats parlementaires, 28 juillet 1885. Cité dans « le nationalisme français » Raoul Girardet, éditions Seuil, 1983.

Pour finir de glorifier la gloire personnifiée, on proposera une dernière citation qui démontre la grande tolérance de Jules Ferry en matière de grève et de droits des enseignants… Celle ci s’adresse tout particulièrement aux enseignants d’aujourd’hui, qui sont à la fois syndiqués et ennuyeux dévots du grand maître…

« J’ai lu avec stupéfaction dans « La République » l’éloge du congrès des instituteurs. Avons-nous donc des yeux pour ne point voir ? Les gens gouvernemental est-il à jamais retranché de notre parti, ou est-ce le courage qui manque ? La cohue dont la république admire la sagesse débute en insultant Carrier, qui ne se fait accepter que par de nouvelles platitudes.

Tout ce qu’il y a de révolte, d’orgueil envieux, de prétentions à gouverner l’Etat dans la minorité brouillonne et tapageuse d’une corporation honnête et modeste, éclate dans le tumulte et, ce qui est plus grave, apparait dans les résolutions. De pédagogie, l’on en a cure ; on ne dit qu’un mot pour la forme. Mais les traitements, les retraites, les intérêts matériels, l’organisation « matérielle », voilà le véritable objet vaguement entrevu par le plus grand nombre, à travers les préoccupations légitimes du pot-au-feu, habilement poursuivi par les meneurs. Une association « autonome » d’instituteurs par département, une fédération de toutes ces autonomies pour toute la France, sous la direction d’un comité exécutif formé par les instituteurs de la Seine, c’est-à-dire à la discrétion du conseil municipal de Paris : Voilà ce qu’on a voté, et les républicains du gouvernement applaudissent et sourient !?

Et bien ! Si Spuller (Eugène) laisse se constituer cette coalition de fonctionnaires, outrage vivant aux lois de l’Etat, à l’autorité centrale, au pouvoir républicain, il n’y a plus de ministère publique, il n’y a plus d’inspecteurs, il n’y a plus de préfets, il reste une immense et formidable association, recevant de Paris sont mot d’ordre et préparant, pour le compte du radicalisme parisien, les élections de 89. Tout cela est clair, on peut être complice de cette machination, il n’est pas permis d’en être dupe. Et pas un journal républicain pour dénoncer cette anarchie ! Et on va laisser aux cléricaux le rôle du bon sens, de l’esprit d’ordre et de discipline ! J’avoue que cela me coupe bras et jambes. J’en suis affligé et consterné ! »

Jules Ferry (Lettre à Joseph Reinach, 11 septembre 1887)

Coruscante hagiographie, n’est t-il pas ? Une hagiographie que nos flagorneurs socialistes stipendiés se gardent bien de compléter et que tous les tortillements neuronaux ne pourront néanmoins effacer.

On entendra bien entendu sous peu que c’est « au chantre de l’école laïque et gratuite » que le président rend hommage, et non au « franc-maçon colonialiste racialiste ». Mais quand Jean-Marie Le Pen cite un poème de Robert Brasillach, lui en revanche n’a pas le droit de citer « un grand écrivain français du 20eme siècle » mais obligatoirement « l’ignoble collaborateur antisémite et traitre à la nation ». Un deux poids deux mesures parfaitement logique puisque Jean-Marie Le Pen est Jean-Marie Le Pen et que François Hollande est François Hollande…C’est d’une logique quasi aristotélicienne ! Tartufferie vous dis-je…

Il est cependant intéressant de constater de la part de celui qui souhaite supprimer le mot « race » de la constitution française, qu’il rend hommage à un théoricien du suprématisme blanc ! Oui, mais suprématiste de gauche ! Et laïc… ! Bien entendu puisque la droite catholique (à l’instar de celle du maréchal Hubert Lyautey) était, elle, anticolonialiste ! Mais de droite…suprême infamie.

Tout cela suinte évidemment la palinodie socialiste (excusez le pléonasme). Le nouveau président ne semble pas avoir pris conscience que la politique, qu’on le veuille ou non, est une guerre. Et en temps de guerre, pas besoin de s’appeler Carl Von Clausewitz pour savoir qu’on ne distribue pas des munitions à l’ennemi ! Alors, stratégie politique, mauvaise foi ou inculture crasse ? Mais voyons, les trois. Comme d’habitude.

Maxime le Nagard

 

A propos de Maxime Le Nagard

Etudiant en journalisme, intéressé par tous les domaines de la culture générale, en particulier l'Histoire, la littérature et la philosophie.

Un commentaire

  1. Je ne suis pas tout à fait d’accord sur votre point de vue à propose de Jules Ferry. D’une part, parce qu’à l’époque de la colonisation, tout le monde résonnait pareil. Je précise que je ne défends pas la colonisation mais que vous devez entrer dans les mentalités avant de juger : c’est le rôle de l’historien. D’autre part, parce que Jules Ferry a mis en place l’école laïque, certes mais sa morale était chrétienne car le pays était largement christianisé.

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