Géopolitique du Moyen-Orient : l’embrasement irakien
(Capture d'écran Youtube via AFP)

Géopolitique du Moyen-Orient : l’embrasement irakien

L’Irak aussi bien que l’ensemble des régions à majorité chiite risquent de tomber entre les mains d’une organisation extrémiste dites takfiriste. Mené par le mystérieux al-Baghdadi qui souhaite combattre « l’arc chiite » de la Syrie à l’Iran, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), soutenu en grande partie par les Saoudiens, se rapproche dangereusement de Bagdad.

C’est par trois axes que l’EIIL fond actuellement sur la grande capitale qui fut jadis le chef-lieu de l’empire islamique au VIIe siècle. De par la province d’Al-Anbar à l’ouest, celle de Salaheddine au nord et de Diyala à l’est, les prétendus « jihadistes » se gorgent d’exactions en tout genre durant leur progression.

Alors que près de 500 000 réfugiés ont déjà franchi le Tigre pour fuir vers l’est du pays, une grande partie de l’armée irakienne, bien équipée, mais inexpérimentée est en désertion. La guerre étant principalement une affaire de volonté, la détermination des extrémistes a fait voler en éclats les vacillantes forces de sécurité irakiennes. À présent équipé de matériel américain déposé par les déserteurs irakiens, l’EIIL est un danger pour l’ensemble du monde chiite.

Avec la débandade des forces armées, des milliers de jihadistes ont réussi à prendre depuis mardi Mossoul et sa province Ninive (nord), Tikrit et d’autres régions de la province de Salaheddine, ainsi que des secteurs des provinces de Diyala (est) et de Kirkouk (nord). Ils contrôlent depuis janvier Fallouja à 60 km à l’ouest de Bagdad. Le premier ministre Irakien Nouri al-Maliki à récemment appelé à la formation de brigades de volontaires afin d’enrayer les désertions de l’armée irakienne. Ce dernier, fortement décrié par les autorités chiites mêmes, s’est vu opposé une guerre éclair dont le but premier est son renversement.

Al Sistani et Moqtada al Sadr entrent dans la danse

Ça sentait la fin pour le gouvernement d’al-Maliki en place depuis 2006, mais le soutien inattendu du dirigeant chiite Moqtada al Sadr change la donne. Ce dernier a également appelé mercredi à la formation de brigades pour défendre les sites religieux en Irak, au lendemain de la prise par des jihadistes de la province de Ninive et de secteurs d’autres provinces, dans le nord du pays.

« Je ne peux pas rester silencieux et les mains croisées face au danger qui guette les lieux saints. Donc je suis prêt à travailler en coordination avec le gouvernement afin de former des brigades de la paix » qui défendront les sites religieux, a dit ce dirigeant dans un communiqué. « J’annonce que mes partisans et moi sommes prêts à aider à former ces brigades afin de défendre nos lieux sacrés face aux offensives des forces obscurantistes », reprend-il.

On se souviendra que Moqtada al Sadr avait tenu tête aux Américains avec une armée de 40 000 hommes, « l’armée du Mehdi ». L’influent grand ayatollah Ali Al-Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite du pays, a également appelé les Irakiens à prendre les armes contre les combattants aguerris de EIIL. Le gouvernement a annoncé de son côté la mise en place d’un plan de sécurité pour défendre Bagdad, sous les traits d’un déploiement massif de nouvelles troupes.

La position de l’Iran

carte-EIILLes troupes mercenaires entendent bien former un état « Islamique » qui s’étendrait du nord de la Syrie jusqu’à l’ouest et au centre de l’Irak – où le pétrole est abondant. La situation parait à l’avantage de l’Arabie saoudite qui risque de déstabiliser l’Iran par un front occidental. À l’image des Spetsnaz russes en Ukraine, l’Iran a envoyé des unités d’élite « Pasdaran » dans le but de réorganiser l’armée irakienne. Il semble d’ailleurs y avoir une connexion entre les mercenaires ukrainiens et ceux présent en Syrie, ainsi que par extension ceux présents en Irak ayant émergé du théâtre syrien.

Si les situations iranienne, syrienne et irakienne paraissent peu enviables, les iraniens ont cependant le soutien sur leur propre territoire de la Corée du Nord, qui tient des usines d’armement, et de la Russie, qui fournit des avions très performants à savoir des Soukhoï Su-35 avec des pilotes formés. Aussi, Bachar Al Assad peut toujours compter sur ses fameux T-72 modernisés et le soutient du Hezbollah libanais. Enfin, l’Irak a reçu à plusieurs reprises le soutien officiel de l’Iran. Les analystes politiques relèvent également un autre aspect de l’offensive takfirie contre l’Irak : celui de porter atteinte aux intérêts des adversaires économiques et militaires des États-Unis, tels que la Chine et la Russie. En ce sens, une alliance Iran-Chine-Russie en Irak n’est pas à écarter.

Le conflit Syrien risque, après tous les efforts des Occidentaux, d’arriver à son terme et ainsi dégénérer en un redoutable conflit confessionnel. Après les révolutions fomentées au Maghreb, l’intervention en Libye et l’attaque de la Syrie, la situation est plus que préoccupante au Moyen-Orient, où les mercenaires affluent en direction de la République islamique d’Iran. « Ça sent la destruction », aurait souligné Baudelaire.

Jérôme Carbriand

A propos de Jérôme Carbriand

Étudiant en économie, j'ai outrepassé les limites de l'enseignement universitaire en m'intéressant aux post-keynesiens, j'ai en cela une solide maîtrise des réalités économiques. D'autre part, j'ai parallèlement voué un intérêt particulier à la lecture d'une grande partie de la philosophie occidentale dont l'incohérence générale m'a incité à étudier la "métaphysique". Dans cette voie, certains auteurs m'ont véritablement touché, c'est le cas de René Guénon, Julius Evola et Mircea Eliade. Que suis-je donc, sinon une Cassandre sans génie, dont le seul mérite aura été de tomber avant les autres, écrasé par une foule arrogante et aliénée. Je suis le mouton noir d'un troupeau aveugle, dont les yeux s'entrouvrent pour percevoir l'abîme dans lequel nous nous jetons. Je suis le cauchemar de la modernité et la honte de la Tradition pour avoir enduré la boue d'une époque aussi souillée.
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