samedi, 16 décembre, 2017
L’Europe, du rêve à la réalité – Partie 1

L’Europe, du rêve à la réalité – Partie 1

Voici la première partie de notre série de quatre articles intitulée : « L’Europe, du rêve à la réalité ». Dans ce papier, nous retracerons les prémices de l’Europe, de l’impulsion de Churchill aux débuts du marché commun. Vous retrouverez la deuxième partie dès vendredi prochain !

Le 26 février dernier, le peuple italien a envoyé un message fort à l’Europe en affirmant son agacement dans les urnes. Lors de ces élections législatives, aucune majorité n’a pu se dégager mettant la gouvernance du pays dans un schéma des plus difficile à construire.

Avec un peu plus de 10 % à la chambre des députés et un peu moins au Sénat, le grand perdant de cette bataille est Mario Monti, le préféré de l’Europe, qui avait pourtant réussi à redresser son pays tiré des griffes d’el Cavaliero Berlusconi, oui mais à quel prix ? À coup de rigueurs définies par les ordres de Bruxelles.

Avec 25,5 % des voies à la chambre des députés et 23,8 % au Sénat, le véritable vainqueur de ces élections législatives est le comique Beppe Grillo qui n’avait qu’un slogan fort : “Virez-les tous”, s’adressant à la classe politique italienne totalement corrompue selon lui !

La décision du peuple italien fut sans appel : Assez des restrictions imposées par l’Europe, assez de cette Union qui impose ses lois par des plans de rigueurs successifs !

En d’autres termes, ces élections italiennes ont confirmé la montée du populisme. L’Europe n’est devenue qu’un fléaux pour les pays membres, grappillant encore et toujours sur la souveraineté nationale.

L’idée de création de l’Europe

Winston ChurchillC’est au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale que l’idée d’un regroupement des pays d’Europe se fait. Le but en serait de préserver voire de consolider la paix qui a été si difficile à obtenir. Winston Churchill est le premier à réellement mettre cette idée en marche en proposant dès septembre 1946 la création des États-Unis d’Europe : L’ancien Premier ministre, alors leader de l’opposition conservatrice, avait pris la parole à l’Université de Zurich en ces termes : « Si les pays européens parvenaient à s’unir, leurs 300 à 400 millions d’habitants connaîtraient, par le fruit d’un commun héritage, une prospérité, une gloire, un bonheur qu’aucune borne, qu’aucune frontière ne limiterait. Il nous faut ériger quelque chose comme les États-Unis d’Europe. Le premier pas à accomplir est la constitution d’un Conseil européen1. »

Churchill, dans son discours, avait trois volontés majeures :

Tout d’abord, et principalement, il voulait qu’un maximum d’États européens acceptent de s’unir en formant les États-Unis d’Europe.
Ensuite, il voulait une réconciliation entre la France et l’Allemagne, car pour lui l’Allemagne Nazie n’était pas la véritable Allemagne.
Enfin, et c’est assez paradoxal, il ne voulait pas que la Grande-Bretagne fasse partie de cette union, voulant préserver ses relations privilégiées avec les États-Unis d’Amérique et le Canada en matières économiques et commerciales.
S’il tenait véritablement à ce projet c’était avant tout dans un but de contre attaque face au géant, mais non moins terrifiant, envahisseur soviétique.

Comment a été accueilli le discours de Churchill en France ? Concrètement il n’a pas réellement convaincu pour une raison toute simple : les atrocités de la guerre étaient encore dans les mémoires. Toutefois, le discours a coïncidé avec une mobilisation importante de la classe politique en faveur de l’Europe. Chaban-Delmas, Gaston Defferre, et bien sûr Jean Monnet sont devenus des européens convaincus. Plus tard, Jean Monnet sera d’ailleurs considéré comme le père de l’Europe.

Le Général de Gaulle quant à lui se rallie à cette époque à l’idée de l’intégration européenne et assure l’entrée de la France dans la Communauté économique européenne (CEE) à la suite de la signature du traité de Rome en 1957 – que nous étudierons ultérieurement. Il a toujours souhaité une « Europe rassemblée », une « Europe unie »2.

De Gaulle considère alors que même la Russie fait partie de l’Europe depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural. Au temps du RPF, il avait beaucoup parlé de l’organisation de l’Europe. L’année suivant le discours de Churchill, il s’était déclaré partisan d’une fédération européenne et avait préconisé un vaste référendum des Européens libres ; ils se tiendront en septembre 1949.

Le 17 mars 1948, la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni signent à Bruxelles le Traité d’Union occidentale qui pose le principe d’une Europe unie en prévoyant une collaboration en matière économique, sociale, culturelle, et de légitime défense collective. Cette préfiguration de l’Union européenne est alors constituée pour 50 ans.

Cependant cette idée de collaboration entre les pays signataires va réellement devenir effective grâce au discours de Robert Schuman, ministre français des affaires étrangères, qui proposera le 9 mai 1950 de mettre les ressources en charbon et en acier sous une Haute Autorité commune à la France et l’Allemagne garantissant selon lui la paix en Europe :

« L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée : l’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne. […] Le Gouvernement français propose de placer l’ensemble de la production franco-allemande de charbon et d’acier, sous une Haute Autorité commune, dans une organisation ouverte à la participation des autres pays d’Europe. La mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes de développement économique, première étape de la Fédération européenne, et changera le destin de ces régions longtemps vouées à la fabrication des armes dont elles ont été les plus constantes victimes. La solidarité de production qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre entre la France et l’Allemagne devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. Cette production sera offerte à l’ensemble du monde sans distinction ni exclusion, pour contribuer au relèvement du niveau de vie et au développement des oeuvres de paix. »

La concrétisation de ce projet verra le jour le 18 avril 1951 par le traité de Paris, instaurant ainsi la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA). Par ce traité, les six pays signataires – la République Fédérale d’Allemagne, la France, l’Italie et les trois pays du Bénelux (Belgique, Luxembourg, Pays-Bas) – mettent en œuvre une forme de coopération internationale entièrement nouvelle.

Le traité entre en vigueur le 15 juillet 1952. Un marché commun du charbon et de l’acier est instauré, ce qui implique la suppression des droits de douane et des restrictions quantitatives à la libre circulation des produits, l’interdiction des mesures discriminatoires et des subventions ou aides accordées par les États. Le marché est dominé par le principe de libre concurrence, mais la Communauté contrôle son approvisionnement régulier et la fixation des prix au plus bas niveau3.

On le remarque ainsi, c’est un premier pas, non moins décisif, vers une levée des frontières entre les États membres de l’Union, vers un mondialisme à ciel (et frontières) ouvert(es)…

Christopher Destailleurs

1 : discours intégral ici : http://mjp.univ-perp.fr/textes/churchill19091946.htm
2 : Idée principale de son discours en date du 23 février 1953
3 : www.touteleurope.ue

A propos de Christopher Destailleurs

Fondateur d'Objectif-Justice.fr, politiquement parlant je me considère comme étant eurosceptique et anti-mondialiste. J'aime les valeurs véhiculées par la France, tout comme j'aime les valeurs extérieures à condition qu'on ne me les impose pas. Bonapartiste j'admire le Napoléon de Guerre, stratège hors pair et meneur d’homme extraordinaire.
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