Il est la principale source historiographique sur les Francs.

Grégoire de Tours, père de l’Histoire de France ?

Chilpéric Ier face à Grégoire de Tours et Salvius, évêque d’Albi.

Grégoire de Tours, qualifié à la Renaissance de « Père de l’Histoire de France », est la principale source historiographique que nous ayons sur les Francs, et notamment sur Clovis, certainement le plus fameux roi mérovingien, grâce à la formidable biographie qui est faite de lui dans l’œuvre majeure de Grégoire, l’Historia Francorum.

Issu d’une famille sénatoriale de Gaule, Georgius Florentius Gregorius naît à Clermont en 538. Très jeune, il entre dans les ordres à Brioude, en Auvergne. Puis s’installe à Tours en 563, ville dont il est nommé évêque par les souverains d’Austrasie Sigebert Ier et Brunehaut. Cette nomination royale le rattache ainsi au plus saint de tous les évêques de Tours, Martin, dont le tombeau devient l’objet d’un culte (Clovis vient s’y recueillir avant d’aller affronter les Wisigoths à Vouillé, en 507).

Grégoire possède un sens aigu pour la littérature, et aborde au cours de sa vie tous les genres littéraires chrétiens, de l’hagiographie à l’exégèse, et du comput astronomique à la liturgie. Son œuvre principale, les Dix Livres d’Histoire, dont la version tronquée par certains copistes sera renommée Historia Francorum et largement diffusée au Moyen Âge, aurait été écrite entre 576 et 592.

Lorsqu’il commence la rédaction de ses Histoires, Grégoire cherche à retracer une histoire universelle, à l’instar d’Eusèbe de Césarée au IVème siècle. L’auteur nous retrace alors l’histoire du monde, de la Création à la mort de Saint Martin en 397. Puis l’œuvre devient plus politique : Grégoire concentre son récit sur la Gaule, et notamment sur les Francs, providence divine, qui viennent défendre l’Église catholique contre les hérétiques ariens Wisigoths et leur roi Alaric II. Clovis devient alors le champion de l’Église; son baptême en 496 est décrit de façon idyllique par l’auteur, qui n’hésite pas à comparer Clovis à l’empereur Constantin, et Rémi de Reims à Saint Sylvestre, pape sous le règne dudit empereur. Puis, Grégoire transforme son récit, à partir du quatrième livre, qui devient une chronique, année par année, de la guerre civile qui oppose les fils de Clotaire Ier, fils de Clovis et réunificateur du royaume franc.

La validité historique des Histoires de Grégoire de Tours a longtemps été critiquée. En effet, l’auteur fait régulièrement intervenir le divin dans ses écrits. De plus, même après le rétablissement du texte initial par des érudits allemands au XIXème siècle, on continuait à reprocher à l’évêque de Tours sa chronologie peu fiable, son goût pour les détails triviaux, son mauvais latin. Ce n’est que dans les années 1980 que Grégoire de Tours a été réhabilité aux yeux des historiens.

Grégoire de Tours n’est donc pas l’historien « père de l’histoire de France » que les auteurs de la Renaissance ont voulu voir en lui, mais un historien universel, qui entendait retracer l’histoire du monde depuis la Genèse. Mais ses Histoires sont avant tout une œuvre politique, pour la défense du catholicisme et le combat contre l’hérésie arienne, dont Clovis a été le bras armé, tel Constantin le Grand face à Maxence.

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A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.
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