samedi, 27 mai, 2017

Le dénigrement du roman national

bataille d'iena

Si deux choses sont à différencier, c’est bien l’Histoire et le roman national. De la même manière que la science et la religion, il s’agit de deux choses qui se complètent autant qu’elles s’opposent. Si l’une est une étude froide, objective et scientifique du passé, l’autre en est sa romance. L’une sert à la quête de la vérité historique, l’autre à constituer le ciment d’un pays, d’une nation. Non pas que ce dernier soit tissu de mensonges, simplement un enjolivement romancé.

Le « roman national » est une expression désignant le récit à fort accent patriotique élaboré par les historiens du XIXème et XXème siècle dans le but de favoriser la construction de la nation. En affichant cette vision enjolivée – et non mensongère – de l’Histoire de France, on insufflait aux jeunes générations l’esprit des grands hommes et leur inspirait l’amour de leur patrie. Élaborés par Ernest Lavisse, bien vite surnommé l’ « instituteur national », les programmes d’Histoire-géographie, présents dès l’école primaire depuis la loi du 10 avril 1867, disaient aux enfants : « Tu dois aimer la France, parce que la Nature l’a faite belle, et parce que l’Histoire l’a faite grande. » Un discours bien éloigné de celui qui fait autorité aujourd’hui, et qui se résumerait plutôt à : « Tu dois haïr la France car elle a pratiqué l’esclavage, elle a ravagé l’Europe, elle a colonisé et elle a collaboré. »

Car de nos jours, c’est bien dans un objectif de diabolisation du roman national que l’Histoire, dans ce qu’elle a de plus scientifique, est utilisée. Pas de roman national, pas de nation. L’objectif est simple : couper la France de ses racines et de son histoire en la culpabilisant afin de la dissoudre dans la soupe européenne et mondiale. Ainsi chaque fait de gloire, chaque moment d’éternité se voit progressivement rattrapé par la réalité objective, forcément moins haute en couleurs et en émotions. Cette réalité supposée n’en demeure pas moins contestable sur de nombreux points. Car l’Histoire est un éternel débat, bien qu’aujourd’hui subtilement encadré par les différentes lois mémorielles qui le cloisonnent dans une vérité historique incontestable. Les programmes scolaires étant fixés par l’État, et les historiens dépendant essentiellement de ce dernier, le processus est bien huilé.

Aussi, en plus de la diabolisation de la France, est-il aujourd’hui question de la mise en valeur des histoires et cultures étrangères. Repentance d’un côté, valorisation de l’autre. Ainsi trouve-t-on au programme d’Histoire depuis 2008, par exemple, les royaumes médiévaux africains – aux dépends de Louis XIV et Napoléon Ier. Comme si la France entretenait une relation ambiguë avec ses immigrés, ne cherchant plus à les assimiler mais à s’assimiler à eux.

Les programmes sont culpabilisants, pleins de repentance, pour ne pas attiser les tensions entre les différentes communautés qui ne sont pas censées exister. Si elles existent, c’est justement car l’assimilation n’existe plus – et comment vouloir s’assimiler à un pays qui s’excuse ? Alors que le roman national, fort de ses images d’Épinal et de ses épopées triomphantes, se doit d’être le ciment de l’unité, il se voit aujourd’hui dénigré, remis en cause, montré du doigt. La France a peur, la France recule, la France se renie. Jusqu’où va-t-on aller dans la culture de l’excuse et du déni ?

« La France ne peut être la France sans la grandeur » disait Charles de Gaulle. Or comment demeurer grand lorsqu’on est à genoux, demandant pardon à la terre entière en abjurant ses fautes ? Le roman national est un besoin vital pour chaque nation. Il est son identité, son essence et son sang. Laissons-le mourir, et la France empruntera irrémédiablement le même chemin. Car bien fragile est l’arbre qui n’a plus ni racines ni sève.

Christopher Lings, directeur de publication

 

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.

Un commentaire

  1. Victor

    Il faut contrer ce terme, servi par des gens malhonnêtes. Parlons de « récit » national, essentiel : aucune histoire, aucune enquête ne peut être un récit. C’est nécessaire. Donc il y a bien une continuité historique française, avec une pluralité de mémoires, mais une histoire quand même, un grand récit national, sans cesse mouvementé !

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