lundi, 11 décembre, 2017
Achever la Révolution nationale : considérations sur les discours du Maréchal Pétain, 1934 – 1941
Philippe Pétain dans son bureau à Vichy.

Achever la Révolution nationale : considérations sur les discours du Maréchal Pétain, 1934 – 1941

Introduction

Nous tenons tout de suite à clarifier notre position vis-à-vis du sujet de cet article. Il est clair qu’il soulèvera l’opprobre de certains et la sympathie des autres. C’est normal. La vieille querelle entre gaullistes et pétainistes n’est pas encore terminée de nos jours, au sein de ce qu’il convient d’appeler le « camp national », même si ce terme ne veut pas dire grand-chose en soi.

Nous ne nous attarderons pas à revenir sur le pourquoi de cette querelle, ce n’est pas ici notre sujet. Et bien qu’il soit plus facile de se dire ouvertement gaulliste aujourd’hui qu’il n’en a jamais été de même pour les autres, constatons simplement que les deux qualificatifs ont été largement dévoyés, déformés, instrumentalisés. Tout le monde aujourd’hui se réclame héritier du gaullisme sans que personne ne le soit véritablement —et ce n’est pas faute de connaître Peyrefitte sur le bout des doigts ! Quant aux pétainistes, ils sont relégués au rang des éternels collabos, fascistes, antisémites, que sais-je, soixante-dix ans après la fin de la guerre et alors même que parmi eux, certains n’ont point d’ancêtres ayant collaboré, ni même partagé la vision du Maréchal.

Le travail de l’historien, de l’homme de lettre, qui souhaite travailler sur cette mémoire pétainiste, sur ce moment d’histoire de France, très court, que fut la Révolution nationale, est donc de dépassionner le débat pour ne pas s’attirer légitimement les foudres des opposants à Pétain, sans toutefois diluer le discours dans une neutralité axiologique insupportable.

Or, l’étude de la Révolution nationale nécessite, pour être pleinement effective, une mise au point importante : il est nécessaire de dire que Vichy, c’était la France. Vichy était la France, la Révolution nationale était la France, Pétain était la France. La France n’était pas à Londres, elle était à Vichy. Rien de partisan là dedans : Pétain avait été choisi par le Gouvernement légitime pour prendre en main les affaires, il en est ainsi, les œillères idéologiques sont inutiles.

Rien cependant, et nous le clamons haut et fort, n’excuse la collaboration avec l’ennemi. Nous laissons aux historiens honnêtes le soin de dire si celle-ci était subie ou consentie, ou les deux à la fois. Là n’est pas, encore une fois, notre sujet. Nous ne devons pas avoir honte de notre histoire, nous ne devons pas faire repentance, car ce temps est révolu, et cette blessure, quoique profonde, doit être refermée, pour ne pas que notre ennemi ne cesse d’y enfoncer sa lame, et nous maintienne dans la servitude mémorielle.

Non, notre but ici est de constater, le plus objectivement possible, les fondements de la Révolution nationale. Car contrairement à ce que les historiens de gauche, les médias et les partis politiques —autant de tentacules de la pieuvre républicaine— peuvent dire, le fondement de la pensée du Maréchal, et donc de la Révolution nationale, c’est bel et bien le constat d’échec de la démocratie libérale, déjà au début du XXe siècle !

Notre travail va donc consister à analyser quels sont ces échecs, quelles sont les leçons qu’en tire Pétain, et ce dès avant la guerre, et comment il tenta de les appliquer durant sa courte période d’exercice du pouvoir.

Menons cependant, avant d’entamer notre sujet, une petite réflexion sur le choix du titre : « Achever la Révolution nationale ». Faut-il comprendre que nous devons en finir avec elle, avec la repentance que l’on nous impose depuis les années 60 à son sujet et « passer à autre chose » ? ou bien est-il question de l’achever au sens de terminer ce qui, tout élément de contexte mis à part, formait sur le papier, une politique salvatrice, tellement salvatrice qu’aujourd’hui encore les gaullistes se revendiquent du succédanée du pétainisme, qu’est le gaullisme, lui même aujourd’hui tourné en ridicule par ses promoteurs ? Nous laissons le soin au lecteur de se faire un avis sur la question. Il semble que les deux interprétations du terme « achever » se complètent, et que nous devons aujourd’hui revenir sur cette période, sur cette idée de la France trop longtemps mise au placard, par honte, par peur, par haine, et pourquoi pas en tirer des leçons, des exemples ?

Le constat d’échec de la démocratie parlementaire…

vichyHomme de tradition, militaire au service de la France, Pétain ne peut que constater l’échec de la IIIe République, comme grand nombre de ses contemporains, de l’intellectuel maurrassien catholique à l’ouvrier en quête de justice sociale. La République ne sert pas la France, mais se sert de la France. Tout n’y est que querelles partisanes, luttes d’intérêts. Si Paxton a bien dit une chose vraie dans son ouvrage célèbre, c’est bien le fait que la France attendait un changement de régime, comme elle en a changé plusieurs fois en 150 ans.

Le Maréchal rappelle plusieurs fois les causes de l’effondrement de la République et du système parlementaire : dès le départ, le ver était dans le fruit.

« Les circonstances, dans lesquelles elle vient d’être interrompue une fois de plus, comportent une leçon et peut-être un dernier avertissement. Le régime électoral représentatif, majoritaire, parlementaire, qui vient d’être détruit par la défaite, était condamné depuis longtemps par l’évolution générale et accélérée des esprits et des faits dans la plupart des pays d’Europe et par l’impossibilité démontrée de se reformer. En France, il donnait tous les signes de l’incohérence attestée par la substitution chronique des décrets-lois à la procédure législative régulière. L’inconscience en matière de politique étrangère ajoutait à ces signes un présage de catastrophe. »1

Plus loin :

« Nous avons pratiqué un régime politique où le principe de l’irresponsabilité était posé de la base au sommet de l’Etat : irresponsabilité du corps électoral, irresponsabilité du pouvoir législatif, irresponsabilité du pouvoir exécutif (sauf pour le cas de haute trahison, celui d’incompétence n’étant pas retenu). C’est pourquoi nous en sommes sortis par la porte du malheur. »2

Ce ver, c’est l’esprit de partis, les castes, la division des Français par la pseudo lutte des classes, entretenue par le système à des fins électoralistes. Lors d’un discours au comité d’organisation professionnelle daté du 4 juin 1941, le Maréchal explique à l’assistance :

« Il s’agit de mettre fin à cet esprit revendicatif qui, passant du social au politique et respectivement, nous a perdus parce qu’il a dissocié et décomposé les mœurs et les pratiques qui sévissaient dans les rapports du capital et du travail, procédant des mœurs et des stratagèmes du régime des partis, qui étaient autant de syndicats politiques. Il s’agit, comme je l’ai déjà dit, « d’abandonner les pratiques des coalitions dressées les unes contres les autres » […] Les coalitions ouvrières et patronales étaient la résultante et la preuve, chaque jour plus caractérisée, d’un Etat faible, incapable, par essence ou par calcul de clientèles électorales, d’établir des rapports de justice entre l’employeur et l’employé ou impuissant à faire respecter les conventions intervenues. »

Ailleurs :

« L’Etat n’a jamais été plus asservi qu’au cours de ces vingt dernières années, asservi de diverses manières, successivement et parfois simultanément, par des coalitions économiques et par des équipes politiques ou syndicales prétendant fallacieusement représenter la classe ouvrière. Selon la prédominance de l’une ou l’autre de ces deux servitudes, des majorités se succédaient au pouvoir, animées trop souvent du souci d’abattre la minorité rivale. Ces luttes provoquaient des désastres ; l’on recourait alors à ces vastes formations dites « d’union nationale » qui ne constituaient qu’une duperie supplémentaire. Ce n’est pas en effet en réunissant des divergences que l’on parvient à la cohérence ; ce n’est pas en totalisant des bonnes volontés que l’on obtient « une volonté ». […] Prisonnier d’une telle politique intérieure, ce régime ne pouvait, le plus souvent, pratiquer une politique extérieure digne de la France, inspirée tour à tour, par un nationalisme ombrageux et par un pacifisme déréglé, faite d’incompréhension et de faiblesses. »3

…et du libéralisme

101198120_oFaire le constat d’échec du régime républicain et de la fausse démocratie —où le droit fondamental se réduit à « mettre un bulletin dans l’urne tous les quatre ans »— c’est également faire celui du libéralisme, absurdité de l’histoire qui conduit l’Occident à sa perte, tant d’un point de vue spirituel que matériel. Le libéralisme s’incarne principalement dans l’individualisme, à notre époque poussé jusqu’à la psychopathie. Déjà au début des années 1940, Pétain mettait en garde contre ce fléau, en consacrant un entretien à la Revue universelle, le 1er janvier 1941. L’individualisme est battu en brèche : produit « des fausses maximes de l’égoïsme politique, social, moral, spirituel […] » il « reçoit tout de la société et ne lui rend rien. Il joue vis-à-vis d’elle un rôle de parasite. »

« Il n’y a pas, dit Renan, de philosophie plus superficielle que celle qui, prenant l’homme comme un être égoïste et viager, prétend l’expliquer et lui tracer ses devoirs en dehors de la Société dont il est une partie. »

L’économie libérale n’est pas épargnée. Elle est le reflet de la politique :

« Sur le plan parlementaire : apparence de liberté. Sur le plan de la production et des échanges : apparences de libéralisme, mais en fait, asservissement aux puissances d’argent et recours de plus en plus large aux interventions de l’Etat. Cette dégradation du libéralisme économique s’explique d’ailleurs aisément. La libre concurrence était à la fois le ressort et le régulateur du régime libéral ; le jour où des coalitions et des trusts brisèrent ce mécanisme essentiel, sans défense, à l’esprit de lucre et de spéculation. »4

Ce bilan désastreux de la IIIe République va servir de base à la Révolution nationale voulue par Pétain, afin de remettre la France sur les rails de la Tradition, à la fois politique, sociale, économique, mais aussi et surtout spirituelle. On voit d’ailleurs le Maréchal insister longuement sur ce dernier aspect, qui est double.

Double, parce que Pétain n’ignore pas et proclame, sans toutefois en parler directement, la catholicité de la France. Nier cela, ne pas en faire la pierre angulaire de la nouvelle France voulue par Vichy serait une erreur gravissime. La Révolution nationale s’appuie d’ailleurs sur le catholicisme, se reposant sur les valeurs de travail, de famille, de patrie, valeurs fondamentales de nos sociétés occidentales.

Le second aspect de la spiritualité française, mise à mal par le libéralisme et qu’il faut à tout prix recouvrer, c’est celui du sens du sacrifice pour la Patrie. Pas seulement un sacrifice de sang comme on pourrait l’entendre d’abord, mais par un effort continu, journalier, non pas à son profit personnel, mais au profit d’une œuvre plus grande que la personne humaine : la communauté, la patrie. Il le dit d’ailleurs ainsi : « la grandeur d’un pays n’est faite que de la somme des efforts personnels. »

Pétain distingue d’ailleurs à ce sujet deux chose : ce qu’il appelle les « petites patries » : famille, paroisse, commune ; et la Patrie, la France, qui se compose de toutes ces petites patries, de tous ces foyers français qui n’en forment qu’un grand, la France.

En somme, la pensée du Maréchal, que nous pourrions développer plus encore mais dont nous laissons l’étude approfondie à la discrétion de nos lecteurs, se retrouve dans la continuité de la grande politique française menée depuis des siècles, en dehors d’épisodes politiques calamiteux comme ont pu l’être les républiques et la Monarchie de Juillet.

C’est du moins le constat que l’on peut faire à la lecture des discours et messages du Maréchal Pétain. Reste à replacer cette dialectique dans un contexte particulièrement difficile et avec des dérives évidentes dues à l’Occupation. Néanmoins la vision de Pétain concernant le régime de la démocratie libérale ne pourra que se confirmer après la guerre, quand les politiciens français, ignorant les événements passés, remettront en place un régime parlementaire bancal qui fera perdre à la France la guerre d’Indochine. Plus tard, De Gaulle tentera d’adapter la vision pétainiste de la France, faisant sienne cette politique, que l’on dira plus tard « gaulliste » mais qui, finalement, n’est pas une originalité.

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1 Discours du 8 juillet 1941 sur la Constitution

2 Idem.

3 Message du 11 octobre 1940.

4 Idem.

A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.
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