samedi, 27 mai, 2017
L’idéologie mortifère du féminisme

L’idéologie mortifère du féminisme

Le féminisme conçoit le rapport homme-femme à travers un idéal d’égalité et plus encore, d’uniformité, de similarité. Tocqueville nous avait pourtant prévenu dès 1840 des risques de l’égalitarisme; « on peut aisément concevoir qu’en s’efforçant d’égaler ainsi un sexe à l’autre, on les dégrade tous les deux »[1]. Quelques décennies plus tard, on constate les effets dévastateurs de cette passion pour l’égalité dans la représentation de l’homme et de la femme ainsi que dans leurs relations réciproques, et ce, au profit toujours constant de la jouissance individualiste et consumériste.

I) Le féminisme comme négation de la maternité

La première période du féminisme correspond à une démythification de la femme puisque son épanouissement, sa « libération » passe par un refus de sa féminité considérée comme le symbole de son infériorité. La féminité de la femme renvoie à sa nature, or dorénavant celle-ci n’existe pas, tout est déterminisme social et culturel. La femme doit tout renverser pour reconstruire son identité sexuelle. La bien-connue Simone de Beauvoir par sa thèse se résumant à l’adage « on ne naît pas femme mais on le devient[2] » a ainsi contribué à populariser cette négation de la maternité dès les années 50 (appliquant en réalité la pensée de Jean-Paul Sartre, « l’existence précède l’essence »[3] à la femme). De fait, éloigner la femme de sa féminité a pris l’aspect d’un désir mimétique de la masculinité, refusant du même coup le véritable féminisme qui accorde à la femme la même estime qu’à l’homme, bien que chacun agissant dans un rôle distinct. En d’autres termes, des êtres dont la valeur est égale, quoique la destinée diffère. Porter le jeans, fumer les torches de la liberté et afficher son corps nu sont devenus dès lors les nouveaux totems de l’émancipation, le féminisme permettant déjà une première victoire du marché ; le libéralisme libertaire était né[4].

Cette dénaturalisation de la femme l’entraîne dans le train moralisateur de la déconstruction, annonçant un refus des contingences naturelles, familiales, et plus globalement, d’une quelconque supra-individualité. Le féminisme devint alors une négation même de la femme, son dépassement eugéniste, un antiféminisme. Quoi de plus représentatif que l’annonce récente d’Apple et de Facebook de « proposer » à leurs employées de congeler leurs ovocytes (et bientôt de recourir à la GPA ?) pour éviter d’interrompre leurs carrières, s’inscrivant dans cette négation de la maternité, le tout au nom de la sacro-sainte égalité entre l’homme et la femme. Le lyrisme de Pierre Bergé déclamant comme équivalant de louer son ventre pour une femme que ses bras pour un homme[5] est révélateur des effets de ces théorie dites du genre ou autres « théorie queer » qui finalement rejettent la maternité sur d’autres femmes tout en faisant alors de l’enfant un bien de consommation et non le fruit d’une filiation.

II) Sois une femme mon fils

Le train du progrès ne devait en aucun cas être ralenti et l’homme désigné comme éternel oppresseur ne pouvait se risquer à une quelconque opposition sous peine de subir les anathèmes faciles de la culture du slogan. Le féminisme a donné naissance à une multitude de mutations ayant à chaque fois comme objectif premier de détruire le patriarcat et son autorité, pourtant déjà bien affaiblis et caricaturés. La nature ayant horreur du vide, l’unique conséquence de cette stigmatisation fut de faciliter l’avancée de la marchandisation du corps et de la pulsion consommatrice. C’est en effet dans la complémentarité par son rôle protecteur que l’homme imposait le principe de réalité afin de compenser le principe de plaisir promu par la femme. Un antagonisme des sexes existait donc, mais ne tournait pas à l’obsession. Hommes et femmes admettaient leurs défauts mutuels sans pour autant les utiliser dans une mise en accusation globale. La sagesse populaire qui reconnaissait les faiblesses du sexe opposé, parfois de manière stéréotypée (l’homme pas assez sensible et la femme pas assez rationnelle), avait l’avantage de faire relativiser et de rejeter l’utopie d’un homme nouveau, génétiquement reprogrammable ou à dompter, qui aurait pour mission de glorifier perpétuellement la femme au lieu de la respecter.

L’homme a été écarté et féminisé à la fois par l’évolution économico-sociale (société du tertiaire majoritaire et du taylorisme généralisé)[6] et dans une approche historico-militaire par les deux guerres mondiales (qui ont donné naissance à un culte des victimes et non des héros)[7] mais aussi par cette  culpabilité de la virilité issue de la pensée de mai 68. L’homme féminisé est alors ultra permissif pour ne pas être suspect et incapable de jouer le rôle du père au moment de l’œdipe, à savoir inculquer le sens de l’effort, du mérite et de la morale face au monde maternel du pur plaisir où tout est dû. Enfin, n’oublions pas de souligner les intérêts pour le marché qui voit  dans ce nouveau consommateur masculin-féminin un potentiel acheteur de cosmétiques ou autres produits unisexes, autrement dit, asexués…

III) La sublimation de la séduction

Un féminisme féminisant s’est développé aujourd’hui pour faire de la consommation un acte de rébellion face au pouvoir prétendument persistant de l’homme oppresseur. Cette massification du féminisme directement au profit du marché de biens et services prend une forme moins contraignante grâce au  travail de sape au préalable effectué contre l’homme par les professionnelles du féminisme masculinisant – ainsi que par la suite avec le déconstructivisme de Foucault et Derrida dans les années 70. Ce féminisme de la séduction et de l’idéologie du désir désigne comme acte de liberté une consommation outrancière ainsi que la multiplication des partenaires sexuels, le tout s’accompagnant d’un refus de l’engagement, une fuite devant les sentiments, encourageant de fait, la sexualisation des rapports. « La libération de la femme se résume en fait à ne plus être traité en dame. » [8]

Le féminisme caricaturant la féminité en la réduisant à cette seule capacité à séduire, prône objectivement une féminité adolescente et capricieuse qui voit dans la maternité un acte dépassé, préférant la procrastiner jusqu’à ses 40 ans (grâce aux ovocytes congelés) ou la déléguer à une mère porteuse burkinabé une fois la GPA démocratisée au nom du progrès. Par cette démythification de la femme, elles abdiquent par conséquent une part de leur respectabilité et se prépare à l’acceptation de la désacralisation totale du corps selon le souhait de Pierre Bergé. Ce féminisme infantilisant a substitué le père par le publicitaire, le sociologue et autres psychologues s’infiltrant jusque dans le cadre familial. On peut appréhender ce féminisme comme un dévoiement ou une récupération de l’idéologie complète de Simone de Beauvoir par le marché, néanmoins il existe comme on vient de la voir une continuité philosophique indéniable entre les deux, appelant ainsi à une double condamnation pour rester cohérent. Entre l’usage constant de la silicone et le projet de la Silicon Valley, même sémantiquement, tout est interdépendant.

IV) Une destruction de la famille annoncée

La victoire du marché est finalement totale, la famille contraignante laisse place aux divorces ou aux familles monoparentales, un changement anthropologique qui nous fait passer de la monogamie avec adultères à une polygamie séquentielle[9]. On retrouve également dans l’esprit des  plus jeunes ce refus de l’engagement annonciateur d’une réelle dynamique aux effets destructeurs. La femme démythifiée et désacralisée va de pair avec la destruction du père, encourageant dans un même temps l’enfant roi, et de manière générale le non-respect des règles et de l’autorité, pourtant au fondement de la vie en communauté. Ainsi, cette société fondée sur la seule nécessitée de « vendre tout ce qui peut être vendu »[10] s’attaque aujourd’hui au dernier rempart protecteur qu’est la famille, l’idéologie mortifère du féminisme s’infiltrant dans nos chaumières et dans nos lits, pour notre plus grand malheur.

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[1]Tocqueville – De la démocratie en Amérique (Tome II) p.173
[2] Simone de Beauvoir – Le deuxième sexe
[3]Jean-Paul Sartre – L’existentialisme est un humanisme
[4] Michel Clouscard – Le capitalisme de la séduction
[5] Pierre Bergé – BFMTV
[6] Alain Soral – Vers la féminisation ?
[7] Éric Zemmour – reprenant les thèses de Patrick Buisson- 1940-1945 : Années érotiques
[8] Christopher Lasch – la culture du narcissisme chap.8
[9] Éric Zemmour – Le suicide Français p.101
[10] Jean-Claude Michéa et Jacques Julliard – La Gauche et le peuple p.91 citant Friedrich Hayek

A propos de L.

7 commentaires

  1. Partons du principe que toute idée, tout concept n’existe que par ses contraires; le reste n’étant qu’illusion voir supercherie. Ainsi, pour accréditer l’idée du féminisme, il faudrait supposer que quelque part existe son contraire… Or il n’existe aucun contraire du féminisme! Ceci prouve bien que le féminisme est un mensonge, une illusion, une pure affabulation créé de toute pièce pour masquer l’orgueil et la haine en vers les hommes. Et si ces derniers ont pu dès fois cultiver un sentiment similaire en vers les femmes, jamais ils ne s’en sont cachés avec autant de perfidie et de perversité. Jamais les hommes n’ont édifié une telle imposture, une telle escroquerie: genders, femens, abcd de l’égalité, parité, loi famille, loi sur l’égalité réelle etc). A qui avons nous à faire en réalité? Si ce n’est quelques harpies qui par un tour de passe passe médiatique et quelques ruses d’illusionnistes amateurs sont parvenues à détourner le sens véritable de la liberté. Enfin, à qui devons-nous principalement ce zoo? Je ne vous demande pas la réponse puisque vous la savez déjà… Vous vivez dedans! Par conséquent comment comparer, évaluer ce que l’on vit quand il n’y a plus de repère, et quand plus rien n’existe ni même son contraire?

  2. Une pensée pour tous ces hommes qui meurent chaque jour sous les mots de leur femme

    « Si les mots tuent, on peut tuer » (Sartre)

  3. Avec plus de 250.000 interruptions volontaires de grossesse par an, je me demande si la France n’est pas devenue l’institution du crime. Une actualisation des individus sous couvert de la loi Veil qui, en confortant le passage à l’acte, opère à échelle industrielle. Elle témoigne de la barbarie d’une société qui ne sait plus retenir ses membres. Accueillons et protégeons la vie, luttons contre ces abattoirs de la honte ! S’il est question ici de « la liberté des femmes à disposer de leur corps », alors j’oppose; et je pose la question de la restriction pour un abandon pure et simple de cette soit disant « liberté ». Car c’est bien de cela dont il s’agit, d’une liberté vécue non plus en tant qu’idée, mais comme une illusion! L’illusion lorsqu’on est une femme de disposer en puissance d’un droit de vie ou de mort. La loi Veil n’est rien d’autre que cela: l’habilitation d’un droit à pouvoir mettre fin à la vie, et indirectement le rétablissement du droit du plus fort! Or la loi ne peut s’ériger en force que si la force fait droit, et dans ce cas précis, je ne distingue aucun droit, aucune force, juste de la violence! Depuis quand fait-on deux poids et deux mesures dans l’acte de tuer? Ce rapport d’isonomie m’insupporte! C’est pour quoi j’objecte avec force au nom de la dignité et contre cette disposition, parce qu’elle introduit une contingence de choix dans un processus naturel. Si la nature est libre, en revanche l’homme ne l’est pas. Je ne reconnais aucune dignité dans le choix du renoncement à la vie, uniquement de la lâcheté! De mon point de vue, la loi Veil est une double peine capitale (la mère et l’enfant), et ceux qui s’en réclame ou la conforte au nom de -leur- liberté commettent un crime absolu en vers la Liberté. Ceux-ci rejoignent Burdon pour qui « les hommes ont créé l’état pour ne plus avoir à se rendre de comptes les uns en vers les autres », et nous renvoient par la même occasion à l’état de nature, autrement dit ce que je qualifie l’âge de pierre! Pour conclure, peut-on dire que le laboratoire France perd les eaux? Dans l’attente, il ne reste qu’à s’assoir et le contempler mourir de sa belle mort… Après tout l’histoire jugera!

  4. https://olideo.wordpress.com/2013/06/06/le-devenir-paradoxal-du-feminisme/

    Ne pas oublier de nuancer tout de même ce constat du féminisme envahissant : la plupart des jeunes filles aujourd’hui rejettent la masculinisation de leur corps que pratiquaient leurs mères aux penchants soihante-huitardistes. Elles sont pleinement féminines et assument les rapports de séductions et de soumissions aux hommes.

    Il suffit d’ailleurs de comparer les modes vestimentaires féminines entre les années 70-80-début 90 et les années 2000 et 2010 pour constater que la re-féminisation des femmes (leur hyper sexualisation dès le plus jeune âge) a interrompu la grande espérance des chiennes de garde féministes.

    Je pense donc que l’offensive du Genre et ses avatars demeure une dernière offensive, une ultime attaque avant la dégringolade et le constat d’échec de cette vieille et jeune génération féministe (qui sont souvent ce qu’on appelait autrefois sans ambages des « vieilles filles »).

    • Assumer la soumission. Il me semble que c’est une aporie!
      La liberté s’assume mais la soumission c’est justement déléguer ses responsabilités à un autre très souvent parce qu’il vous a persuadé de votre manque de valeur ou parce qu’on manque de courage dans une société qui vous pousse à abdiquer.

      Ce sont en général les mêmes qui justifient le viol par une apparence trop sexy et qui déplorent le manque de coquetterie des femmes.
      Vous êtes peut être une exception, je l’espère pour vous !
      Je vous conseille le discours sur la servitude volontaire de l’ami de Montaigne . A propos de Montaigne, ses propos misogynes ne l’ont pas empêché de choisir une femme pour gérer le devenir de ses oeuvres. Souvent hommes varient… La femme en question s’appelait Marie de Gournay et elle a écrit un livre très intéressant qui s’appelait ; Griefs des dames. Elle pointait déjà les injustices faites aux femmes . Elle avait un courage étonnant!
      C’est le genre d’oeuvres qu’on ne voit pas dans les manuels scolaires. Les hommes nous ouvraient les portières de voiture pour nous fermer celles de la postérité…Nous commençons juste à nous réapproprier notre histoire et nous gagnons au change.

  5. Si tout « droit de » est généralement précédé d’un « droit à », le fait qu’un « droit à » débouche sur un « droit de » n’est pas systématique, donc purement contingent. Il convient par conséquent de se pencher sur le « droit de » dans son ensemble, et particulièrement celui qui concerne le « droit de » vote des femmes. Un « droit de », mais de quel droit, et pour quoi faire? Par quel caprice, quelle gratuité ce « droit de » vaut-il aujourd’hui aux femmes ce privilège qu’hier elles n’avaient pas? S’il n’est point de société qui n’échappe à son processus « démocratique », reste à définir dans quelle limite, et dans quelle proportion la femme peut être inclue volontairement à ce processus: pour mesure de sa valeur ou sa valeur elle-même? Inclure tout citoyen à ce processus m’apparaît nécessaire quand bien même il serait contingent que tout citoyen dans une république bénéficie du cadre et des finalités d’un tel processus. En effet, si l’état populaire est légitime, en revanche il n’est pas juste, et encore moins une république. Parler d’injustice pour dénoncer tout rapport d’isonomie (inégalité dans l’égalité) est aussi absurde qu’invoquer l’égalité par simple idée de justice. A moins de poser l’idée que nous serions tous égaux, mais encore faudrait-il ne pas arriver à prouver que nous ne sommes pas différents… Aussi le « droit de » vote des femmes repose t-il sur une croyance, pour ne pas dire une supercherie. Un fait du prince, sorte d’universalisme autoproclamée et fruit d’une distorsion. Un enfant illégitime qui, par son imposture, donne légitimité désormais à toute aspiration aussi farfelue soit-elle, ou ce que Léo Strauss nommera « étalon du droit positif ».

  6. Mon mari chrétien et traditionaliste pratiquait la morale du double standard. Exigence d’une femme soumise à la maison et fréquentation de prostituées.
    A la maison, j’ai souvent vu la revue la vie catholique illustrée avec en première de couverture la photo d’un pauvre enfant avec la clef autour du coup.
    Mon mari nataliste voulait six enfants , nous avons adopté la quatrième et il m’a quitté deux ans après. Le fait que les quatre enfants se retrouvent souvent seuls à la maison quand leur mère travaillait n’avait tout à coup plus d’importance.
    Et que dire de mon grand père sénateur qui a fait un enfant à sa bonne et voté contre la séparation de l’église et de l’état?
    Pour moi, , ce qui est mortifère, c’est votre idéologie et vous pourrez critiquer l’évolution de la société quand vous ne la dirigerez plus qu’à moitié.
    Oui les hommes sont souvent décevant et les femmes aussi mais prendre le féminisme comme excuse est lâche et injuste.
    Heureusement mon père m’a donné des ailes au propre comme au figuré en me faisant passer mon brevet de pilote d’avion avant mon bac. Stuart Mill, Poulain de la barre ,Condorcet et bien d’autres ont soulignés la légitimité de nos aspirations …Un peu de courage messieurs , renoncez à vos privilèges indus ce n’est pas vous émasculer!

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