jeudi, 20 juillet, 2017
Nicolas Sarkozy est-il un « Bonaparte enchaîné » ?

Nicolas Sarkozy est-il un « Bonaparte enchaîné » ?

EXTRAIT – « Le mystère Sarkozy », par Samuel Pruvot, rédacteur en chef du magazine Famille Chrétienne, aux éditions du Rocher (2016).

La comparaison entre Bonaparte et Nicolas Sarkozy a ses limites, mais elle éclaire son style volontariste et survolté. Les temps ont bien changé depuis l’Empire, mais il croit que la politique peut encore faire bouger les lignes.

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Énergie, réactivité, volonté de réforme. Dans l’inconscient national, ce triptyque fait songer à Bonaparte. Et si la France de 2007, anesthésiée par le chiraquisme, était pareille à celle du Consulat (1799-1804) ? Alain Duhamel n’est pas le premier à faire la comparaison entre le consul réformateur et le conquérant de la place Beauvau. Nicolas Sarkozy semble partager les défauts de son modèle : « Ils sont tous les deux emportés, impatients, nerveux, précise Alain Duhamel. Ils piquent l’un comme l’autre des colères mémorables. Ils réfléchissent en marchant, engloutissent leurs repas en courant. »

Entre Bonaparte et Sarkozy, il y a une sorte de cousinage. On le voit à l’oeuvre dans le rapport entre politique et religion. Ce qui vaut dans la tête du consul fonctionne aussi dans celle du ministre des Cultes. « Napoléon a la foi du XVIIIe siècle, résume Patrice Gueniffey. Il n’est pas athée : il distingue la croyance et le culte. Bonaparte croit en Dieu, pas vraiment au dogme catholique. Il a la conviction que la religion est avant tout nécessaire à la morale et à l’équilibre de la société. » Bonaparte, Sarkozy, même combat ? L’un et l’autre sont convaincus du poids du catholicisme en France. À défaut d’une dévotion sincère, Napoléon fait preuve d’un grand sens politique pour sortir la France des affres de la Révolution : « Il faut, déclare-t-il, l’ancienne religion catholique, celle-là seule est au fond des cœurs ; elle seule eut me les concilier. »

Contre l’avis de son entourage ou presque, Napoléon a ouvert des négociations avec le pape, pour réconcilier la France de la Révolution avec Rome. En 1801, la France signe un concordat avec le Saint-Siège qui stipule que le catholicisme est « la religion de la majorité des Français ». Désormais, les curés et les évêques sont institués par le gouvernement et canoniquement institués par le pape. Napoléon est salué comme un nouveau Cyrus, le fondateur de l’empire perse. Ce roi païen, salué par la Bible comme un libérateur, autorise le retour des Hébreux à Jérusalem et la reconstruction du Temple. Mais le nouveau Cyrus se révèle un interlocuteur difficile pour le pape. Les relations entre Napoléon et Pie VII se dégradent notamment à cause du divorce et du remariage de l’empereur. Mais le concordat survivra à Napoléon.

Faute de conclure un concordat avec Rome, Nicolas Sarkozy a voulu débarrasser la laïcité de son anticléricalisme originel. Le premier Sarkozy fait penser au  consul réformateur et intrépide, mais le second est un velléitaire. Un fauve en cage. Conquérant à l’extérieur et entravé à l’intérieur. Nicolas Sarkozy est un Bonaparte enchaîné. « Il y a des analogies entre Nicolas Sarkozy et Napoléon : l’énergie, l’activité, l’habileté politique », souligne Patrice Gueniffey. Cependant, le parallèle s’arrête là. « Sur le plan intérieur, Bonaparte a été libre de reconstruire la France sous le Consulat. Mais la possibilité de façonner le monde a disparu. » Nicolas Sarkozy prône certes la rupture avec l’immobilisme de Jacques Chirac. Mais son volontarisme politique apparaît au-dessus de ses moyens. Parachuté au XXIe siècle, Bonaparte serait, comme Nicolas Sarkozy, un homme sans marge de manœuvre. 

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« Nicolas Sarkozy fait partie des rares hommes de sa génération qui croient encore possible de peser sur l’histoire », estime Henri Guaino. Autrement dit, les grands hommes font l’histoire alors que les autres la suivent. « Ils ne se résout pas à cette idéologie dominante de l’impuissance publique, poursuit Henri Guaino. Nicolas Sarkozy fait preuve d’un volontarisme politique qui le met dans une tradition bonapartiste. C’est aussi la leçon du 18 juin 1940. La politique, c’est l’irruption de la volonté humaine dans l’histoire. Pour le meilleur ou pour le pire, comme tout ce qui est humain. »

Le mystère SarkozyDans « Le mystère Sarkozy », Samuel Pruvot, rédacteur en chef du magazine Famille Chrétienne, retrace l’histoire personnelle de l’ancien président et tente de sonder ses convictions profondes, notamment en matière religieuse. À Neuilly comme en tant que Ministre des Cultes puis de Président de la République, Nicolas Sarkozy, a toujours montré un grand intérêt pour la religion, notamment catholique. Ainsi sa volonté fut-elle de débarrasser la laïcité de son anticléricalisme primaire et de réconcilier l’Église avec la République. Un volontarisme si vif qu’il en a déstabilisé les évêques, méfiants car peu habitués à ce genre de courtisanerie. Sur le plan personnel également, Nicolas Sarkozy s’interroge, admire ceux qui consacrent leur vie à Dieu, se sent écrasé par l’immensité du défi. Croyant, il l’est, cela ne fait aucun doute. Mais ses blessures passées et son déracinement le font se perdre dans un perpétuel mouvement, une fuite en avant qui compromet toute réflexion profonde. Riche de nombreux témoignages, le livre de Samuel Pruvot intéressera celles et ceux qui s’interrogent sur les croyances profondes de l’ancien Président, sur sa personnalité complexe et sur son rapport au religieux.

► COMMANDER : « Le mystère Sarkozy », Samuel Pruvot, éditions du Rocher (2016), 184 pages, 17 euros

Voir également l’entretien de Samuel Pruvot sur TV Libertés :

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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