19 juin 1847 : La Convention de Jarnac met un terme aux tensions franco-britanniques

Le 19 juin 1847, la France de Louis-Philippe Ier signe, avec l’Angleterre, la Convention de Jarnac garantissant l’indépendance du groupe des îles Sous-le-Vent, en Polynésie. Ce traité marque également l’apaisement des relations franco-britanniques sur fond de tension religieuse. La Convention sera abrogée quelques années plus tard, en 1887.

Tout commença en 1839, lorsque l’Angleterre décida d’envoyer en Polynésie le missionnaire protestant George Pritchard, pour convertir les peuples indigènes après qu’il ait suggéré, sans succès, à son Premier Ministre Lord Palmerston de faire des îles un protectorat britannique.

La forte présence du courant méthodiste en Polynésie encouragea tout de même ce dernier à quémander à son gouvernement un poste à responsabilité, ce qu’il obtint en devenant consul britannique ; mais aussi conseiller privé de la Reine de Tahiti, Moorea et Dépendances, Pomare IV.

L’arrivée de deux missionnaires catholiques de l’ordre des « Pères et religieuses des Sacrés-Cœurs de Picpus » susceptibles de remettre en cause l’implantation méthodiste, amena Pritchard et son anti-catholicisme viscéral a usé de son influence sur la Reine pour demander l’expulsion des deux catholiques français, Honoré Laval et François Caret.

Cette décision provoqua la colère de la France qui prit le contrôle de l’île et établit un protectorat français en l’absence du Pasteur Pritchard partit en Angleterre, en 1842.

À son retour, l’Anglais poussa la Reine Pomare IV à la révolte et la France, en réponse à ce début de guerre civile, décida en novembre 1843 d’annexer le territoire ainsi que d’arrêter et d’expulser George Pritchard.

Une tension palpable s’installa donc entre la France et le Royaume-Uni et amena Londres à exiger à Louis-Philippe Ier des excuses et surtout, un retour au statut de protectorat et le versement d’une indemnité au pasteur pour la spoliation de ses biens.

Afin de mettre un terme à la querelle franco-britannique, le Roi de France signe, le 19 juin 1847, la Convention de Jarnac qui reconnait l’indépendance des îles Sous-le-Vent. Par cette signature, les deux grandes puissances coloniales s’engagent à ne pas prendre possession de ces îles, ni même à les placer sous protectorat.

Pendant 40 ans, la convention restera valide et l’avènement de l’Allemagne réunifiée obligea la France à agir.

En effet, le passage des navires allemands dans ces îles et la perspective de l’ouverture du canal de Panama poussèrent les Français à contrecarrer les plans allemands.

De plus, le nouveau Roi Pomare V, à la demande des îles Raiatea et Tahaa, demanda à la France de les placer de nouveau sous protectorat provisoire.

Voici la proclamation du roi des îles de la Société et Dépendances :

« Nous, Pomare V, Roi des îles de la Société et Dépendances,
Parce que nous apprécions le bon gouvernement que la France a donné aujourd’hui à nos États, et parce que nous connaissons les bonnes intentions de la République Française à l’égard de notre peuple et de notre pays, dont elle veut augmenter le bonheur et la prospérité,
Voulant donner au gouvernement de la République française une preuve éclatante de notre confiance et de notre amitié
Déclarons par les présentes, en notre nom personnel et au nom de nos descendants et successeurs,
Remettre complètement et pour toujours entre les mains de la France le gouvernement et l’administration de nos États, comme aussi tous nos droits et pouvoirs sur les îles de la Société et dépendances.
Nos États sont ainsi réunis à la France ; mais nous demandons à ce grand pays de continuer à gouverner notre peuple en tenant compte des lois et coutumes taïtiennes.
Nous demandons aussi de faire juger toutes les petites affaires par nos conseils de districts, afin d’éviter pour les habitants des déplacements et des frais onéreux.
Nous désirons enfin que l’on continue à laisser toutes les affaires relatives aux terres entre les mains des tribunaux indigènes.
Quant à nous, nous conserverons pour nous même le titre de roi et tous les honneurs et préséances attachés à ce titre ; le pavillon taïtien avec le yacht français pourra, quand nous le voudrons, continuer à flotter sur notre palais.
Nous désirons aussi conserver personnellement le droit de grâce, qui nous a été accordé par la loi taïtienne du 28 mars 1866.
Nous faisons cette déclaration à la famille royale, aux chefs et au peuple, pour qu’elle soit écoutée et respectée.

Papeete, le 29 juin 1880. Le roi Pomare V.»

En octobre 1887, après accord entre les deux États signataires de la convention, celle-ci sera abrogée.

Survint une révolte des îles Sous-le-Vent, contre la présence française, qui dura près de 10 ans (de 1887 à 1897) et qui se solda par une intervention militaire française pour contrer les insurgés, et à l’annexion pure et simple des îles, qui devinrent donc territoire français.

Mathieu

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A propos de Mathieu

Mathieu
Passionné d'Histoire, de politique (inter)nationale et de géopolitique ; je m'attache à faire partager ma passion et ma volonté de débattre sur tous les sujets ... surtout les plus brulants !

Un commentaire

  1. Je vois que certaines passions ne changent pas !
    Rose ..

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