lundi, 29 mai, 2017

Le comte de Las Cases sur l’abdication de Napoléon

Vaincu par une Europe coalisée contre lui, par une haine viscérale contre sa personne agitée par l’Angleterre, Napoléon Ier abdiquait le 22 juin 1815. Outre les événements révoltants qui ont suivi – emprisonnement à Sainte-Hélène contre toutes les règles de l’hospitalité –, le comte de Las Cases nous livre ici, dans le Mémorial, un plaidoyer en défense de cette abdication de l’Empereur, que certains lui reprochèrent.

« Napoléon, en abdiquant, a réuni tous les amis de la patrie vers un seul et même point : son salut ! Il a laissé la France ne réclamant plus, devant toutes les nations, que les droits sacrés de l’indépendance des peuples ; il a ôté tout prétexte aux Alliés de ravager et morceler notre territoire ; il a détruit toute idée de son ambition personnelle : il est sorti le héros d’une cause dont il demeure le messie. Si l’on n’a pas retiré de son génie et de ses forces ce qu’on pouvait attendre comme citoyen, la faute en est seule à l’impéritie ou à la trahison du gouvernement transitoire qui lui a succédé.

Rendu à Rochefort, et le capitaine des frégates refusant de sortir, devait-il perdre le fruit de son abdication ? Devant rentré dans l’intérieur, se mettre à la tête de simples bandes, quand il avait renoncé à des armées ? Nourrir en désespéré une guerre civile sans résultat, qui ne pouvait servir qu’à perdre les derniers soutiens, les futures espérances de la patrie ? Dans cet état de choses, il prit la résolution la plus magnanime : elle est digne de sa vie, et répond à vingt ans de calomnies ridiculement accumulées sur son caractère. (…)

Quant au reproche de s’être laissé déporter à Sainte-Hélène, il serait honteux d’y répondre. Se défendre corps à corps dans une chambre de vaisseau, tuer quelqu’un de sa propre main, essayer de mettre le feu aux poudres, est tout au plus d’un flibustier. La dignité dans le malheur, la soumission à la nécessité, ont aussi leur gloire ; c’est celle des grands hommes que l’infortune terrasse. »

Comte de Las Cases, « Le Mémorial de Sainte-Hélène », chapitre premier.

 

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.
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