samedi, 21 octobre, 2017
Dialogues désaccordés – De quoi Soral est-il le nom ?

Dialogues désaccordés – De quoi Soral est-il le nom ?

Le temps d’une bagarre virile et sans concession, deux Français modernes se querellent sur des thèmes ô combien controversés : la littérature homosexuelle, l’Islam, le christianisme, les lobbys, la Shoah… On retrouve nos deux rivaux tels qu’on pouvait les attendre : Éric Naulleau en retrait – posant davantage de questions que formulant de réponses– répondant de manière concise mais assez percutante ; Alain Soral fournissant des démonstrations construites étape par étape – motivées par la victoire idéologique– en passant par le procès d’intention et l’étude de l’inconscient de l’adversaire. On peut déduire de cette rencontre malheureuse un portrait du Soralisme.

Éloge

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Ce dont peut se féliciter la doctrine Soral, c’est bien de mettre le doigt où ça fait mal : la puissance démesurée des groupes de pressions qui souhaitent imposer – ou ignorer – le sionisme et la culture du martyr juif (héros-victime) ; la dépréciation continuelle de la civilisation. Ne serait-ce qu’évoquer le premier sujet vous enverrait au pilori du CRIF, où l’on vous couperait la tête après vous avoir mis de force un costume SS. Le second sujet serait lié au premier d’après le schéma proposé par l’école de pensée du principal intéressé.

Soral évoque des sujets réels dont la politique doit se soucier : l’aura démesurée de Bernard-Henri Lévy, la participation des politiques au dîner du CRIF, la référence incessante à la Seconde Guerre Mondiale, le limogeage intellectuel de grands auteurs comme Céline, Maurras ou récemment Leon Bloy – qui lui n’a rien à voir avec l’antisémitisme comme l’a dénoncé sa famille dans le Figaro littéraire du 27 Novembre dernier – par des associations communautaires, ou encore le soutien peut-être naïf de la France à Israël. Anne Hidalgo n’a qu’à bien se tenir.

Il fut l’un des premiers à avoir parlé de processus majeurs qui se produisaient dans la société : la féminisation, l’individualisation et l’acculturation des esprits que provoquaient le marché décomplexé. Ce constat majeur n’a pas pris une ride, il se retrouve heureusement au fil des pages, plus d’une décennie après. En cela il est un critique pertinent de la modernité, qui a de fait une certaine autorité.

La star d’internet n’élude pas les questions posées et y répond sans langue de bois. Il y a une redondance dans le propos mais qui traduit une certaine cohérence. Elle ne tombe pas sous le coup de la loi Gayssot – en refusant de répondre à une question posée par Naulleau – mais évidemment afin de conserver la légalité du livre. Elle ne fait que critiquer la loi mémorielle contre la remise en cause de la Shoah. Sauf s’il existe demain une loi Taubira-Benbassa interdisant de remettre en cause la loi Gayssot, l’honneur est sauf (rires).

L’ouvrage se clôture tel un beau conte de fée avec un Éric Naulleau qui se lâche sur une critique longue – après une discussion profonde sur le suicide – ainsi qu’un Soral qui semble finir par se faire copain, même s’il reste le plus fort de la récréation.

Distance

alain soralEn réalité, la critique majeure que l’on peut établir est que, pour répondre au dogme, le paradigme proposé est un second dogme. Tels l’épicurisme ou le stoïcisme, le Soralisme doit être accepté comme tel car toute nuance est incorporée dans son système de pensée ou ignorée. La sûreté absolue – que la prophétie avancée est la bonne – est sans cesse explicitée. Un degré tel de conceptualisation à outrance – les Juifs organisés, etc. – ne tolère ni la remise en cause, ni le doute. L’arrogance impayable du protagoniste est peut-être le symptôme du manque de contrôle du Soralisme par Soral lui-même. On ne peut qu’éprouver une réelle empathie pour le compère de Zemmour par moments. Il est vrai que les concepts permettent de comprendre le monde mais en oublier sa complexité est, à défaut d’être dangereux, réducteur.

Sur le fond, si la critique du « politiquement correct », du communautarisme, est justifiée, placer les Juifs au sommet du grand déracinement français est contestable : Que dire des francs-maçons ? Que dire des musulmans, qui par leur nombre croissant, influent sans doute plus sur la fragilisation de l’État unitaire, et ceci de manière directe ? Dire que l’islamisation de la France trouve son aval parmi le communautarisme juif – et son influence – n’est-ce pas hautement discutable ? S’il y’ a bien les Juifs du quotidien, dont le sixième d’entre-eux – selon Soral – serait anti-républicain, n’y a-t-il pas une part non-négligeable des musulmans qui le sont ? Pourquoi ne pas combattre tous les communautarismes d’un même élan ? Dans un souci de réconciliation, Soral paraît sans cesse faire taire les problèmes que pose le Grand Remplacement car seulement épiphénomène, événement conséquent de ce qu’il dénonce. L’humanisme bête et destructeur n’est pas l’œuvre seule de la philosophie juive, qui est par ailleurs bien plus complexe. Au lieu de voir un communautarisme d’en haut qui en permet un autre d’en bas, on peut y voir un recul de la force de l’État dans sa conception française – dû à la propagation d’idées antiétatiques par nombre d’acteurs – à vrai dire tout un courant idéologique aux sources diverses. L’acculturation permet bel et bien le Changement de peuple, mais il faut d’avantage y voir une victoire philosophique (mai 68) que la responsabilité d’un groupe occulte unifié.

L’écrivain mal-aimé voit toujours d’un regard marxiste une caste homogène, organisée et cohésive à la base de tous les maux. N’y a-t-il pas du désordre, de l’incohérence en haut de l’échelle ? Au plus haut ? Serait-ce voir une intelligence fictive?  Y a-t-il des grands responsables à chercher ? On peut opposer avec raison que la politique française – indépendante si elle le souhaitait – qui est menée est la responsable primaire de tout le désordre constaté.

D’autre part, on peut penser que l’on doit cesser de parler d’Israël et se concentrer sur la France et ses terres d’influence – tel que le faisait le Général – plutôt que de regarder d’un œil insistant cet État lointain. L’antisionisme est partagé par des journaux comme Le Monde ou Le Point: on a fait mieux dans la dissidence…
Il est vrai aussi que l’on ne mettra pas sur le même plan – comme l’a fait remarquer Naulleau– les critiques de la récupération dont fait objet l’Holocauste et les travaux négationnistes qui sont d’une malhonnêteté et d’un amateurisme absolu en la matière.

Enfin, malgré la critique de la victimisation sur laquelle se basent les lobbys, le coauteur profite bien de son éviction des médias pour pratiquer l’art d’être la victime également. Il ne manque pas de renforcer sa vérité par son refus dans la sphère médiatique officielle. Si ça ne peut être dit, c’est que cela est vrai. On peut penser que si Éric Zemmour n’a pu être évincé, ce n’est pas par plus de conformisme mais par son talent de contradicteur et de débatteur plus discursif. En effet, les deux Éric ont combattu le communautarisme juif au même titre que les autres, ils n’en sont pas morts médiatiquement. Il y a une part d’exagération de la pensée Soral dans la force du lobby juif.

Il est risible de le rendre tabou. Que ce soit sur ce Bréviaire ou à la télévision, il n’y a aucune raison prétendument morale qui justifierait une interdiction d’apparaître. Réduire un penseur au silence est contre-productif et bien bas sur le plan intellectuel. Refuser de monter sur un ring de boxe n’est pas l’esprit français.

Anthony La Rocca

A propos de Anthony La Rocca

Jeune patriote français, étudiant républicain réactionnaire amoureux de notre patrimoine culturel. Je crois que la France a un destin particulier, je refuse qu'elle soit diluée dans le concert des nations. Sur une ligne bonapartiste, je suis favorable à une synthèse entre tradition et progrès, à un État puissant, autonome et bienveillant, représenté par un homme providentiel. Il s'agit tout autant de s'opposer à la xénophilie de nos élites, de sauvegarder une civilisation, de favoriser le progrès social. Je consulte le Bréviaire des patriotes régulièrement.

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