Larmes sèches après la tuerie de Toulouse

Le lundi 19 mars au matin, un homme armé abat quatre personnes dont trois enfants dans une école juive de Toulouse. Le lundi 19 mars au soir, la France s’émeut.

Ce que l’on nomme déjà « La tuerie de Toulouse » inonde peu à peu les médias français. Dire que ces actes sont barbares est une chose juste. Dire que ces actes sont inhumains est une chose aberrante. « Comment, au vingt et unième siècle, peut-on encore assister à de tels actes inhumains ? »
L’éternel retour du même. Comment, au vingt et unième siècle, peut-on encore se poser cette question ?

Comme souvent à notre époque, lors de tels drames, l’émotion laisse bien promptement place à l’obscénité, récupération politique oblige. Chacun y va de son superlatif pour qualifier le drame de la rue Dalou. Nicole Yardeni, présidente du Crif Midi-Pyrénées annonce « ne jamais avoir vu cela » et déclare « avoir envie de vomir ». Effectivement, la clique des héritiers de l’idéologie sartrienne aura-t-elle probablement la nausée. La clique des indignés abstraits et humiliés platoniques, qui ne pleure la misère humaine que lorsque celle-ci vient à uriner sur son paillasson, qui n’hume les fumets de l’ignominie que lorsque le diable lui-même vient cracher à leurs narines vierges.

Les spécialistes en tout genre pérorent sur l’idiosyncrasie d’un tueur tantôt méticuleux, tantôt insane, mais dont ils ne savent rien. La classe politique « partage » la douleur des familles, dont elle ne sait rien. Les journalistes émoustillés se complaisent dans les eaux froides du pathos et tentent de prévoir de futurs évènements, dont ils ne savent rien. Et tous ensembles, de leur voix contristées, tremblent devant une mort…dont ils ne savent rien.

Le président français annonce quant à lui un plan Vigipirate « écarlate ». Seules écarlates devraient être vos joues, monsieur le président. Erubescentes de honte, face à une morale qui périclite chaque jour un peu plus. Ecarlate de colère face à l’iniquité qui se poursuit jusque dans la mort et dans le traitement qui en est fait.

Il ne me semble pas avoir entendu M. Sarkozy, apparemment si prompt à l’émotivité, s’émouvoir de la mort des huit enfants afghans que l’OTAN a reconnu avoir tués lors d’un bombardement fort mal négocié dans la province de la Kapisa au début du mois de février. Y aurait-il désormais aussi, une émotivité à deux vitesses ? Il serait temps, au vingt et unième siècle, de se poser la question.

Un ancien militaire isolé abat trois enfants sans défense dans une école française. Deuil national. Des militaires en service groupés bombardent huit enfants sans défense dans une vallée afghane. Morgue silencieuse. Le reste ; c’est de la dialectique. Lorsque la mort d’enfants afghans, irakiens, libyens, palestiniens, sonnera l’obligation de marquer une pause dans le temps politique au sein des pays concernés, le chômage de la profession poindra à l’horizon.

On nous expliquera volontiers que ce comparatif macabre n’a pas lieu d’être, que ces pays sont en guerre, que par conséquent les enfants sont tués par erreur et non par la folie d’un sociopathe. Probablement les familles afghanes, irakiennes, palestiniennes se satisferont-elles de cette douce nuance. La réalité est que les larmes des français ne viennent à tutoyer le sol que lorsque la déesse télévision trismégiste vient à enclencher, de ses doigts augustes, l’interrupteur de leur conscience.

Un inconscient collectif qui n’est désormais plus qu’une plaie suintante qui vomit du pus sur commande. Des pleurnicheries à géométrie variable qui, licencieusement, finissent par écœurer. Une logorrhée qui, dans l’outrance, finit par noyer des sanglots initialement ô combien légitimes.

Un drame qui nous rappelle que, si les fleurs du mal écloront toujours dans le jardin des hommes, il est désormais temps de les laisser faner, et pourrir dans leur propre fange.

Que la morale et la pudeur éloignent les seules vraies victimes de cette journée de la bourbe médiatico-politique, et que les autres se taisent, simplement. Car je rappellerais enfin aux meurtris volontaires que, comme l’a écrit Sénèque, en réalité : Les grandes douleurs sont muettes.

Maxime Le Nagard

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A propos de Maxime Le Nagard

Etudiant en journalisme, intéressé par tous les domaines de la culture générale, en particulier l'Histoire, la littérature et la philosophie.
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