Petit inventaire de l’anti-gaullisme de l’UMP
Discours de de Gaulle le 4 septembre 1958 sur la Place de la République.

Petit inventaire de l’anti-gaullisme de l’UMP

Jean-François Copé a donné la définition suivante de son parti politique le 25 janvier 2014 : « Notre parti issu des sensibilités gaulliste, libérale et centriste est profondément européen. » Tant d’antagonismes en une seule phrase est bien révélateur de l’absence flagrante de force motrice portant ce que l’on appelle abusivement la « droite traditionnelle ».

Si faire parler les morts impose quelques prudences, la récupération du personnage par l’UMP semble bien plus prompte à la méprise que l’affirmation selon laquelle l’homme aurait assurément sa carte au parti. Le recueil de citation, non exhaustif, qui va suivre est là pour mettre cela en lumière… Nous allons laisser s’exprimer, sur des sujets majeurs, le Général De Gaulle et, en opposition, les tenants de l’UMP, notamment son (ancien) chef.

Patriotisme et amour pour la nation

« La France, c’est plus que les Français du moment, la France vient de loin, elle est ce qu’elle est maintenant et puis elle a l’avenir. Autrement dit la France embrasse toutes les générations de Français, et d’abord, bien entendu, les générations vivantes. »

De Gaulle, Entretien télévisé avec Michel Droit, dans le cadre des élections présidentielles de 1965.

« Les Français ont besoin d’avoir l’orgueil de la France. »

De Gaulle, Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, tome 1, 1994-2000.

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« Tu as de la chance, Philippe, toi tu aimes la France, son histoire, ses paysages. Moi, tout cela me laisse froid. Je ne m’intéresse qu’à l’avenir… »

Nicolas Sarkozy face à Philippe De Villiers en 1999.

Pratique du pouvoir

« L’autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans l’éloignement. »

De Gaulle, Le Fil de l’épée, 1932.

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« Je ne pense pas que les Français veulent un Président glacé et qui devient glaçant. Il faut mettre de la vie au plus haut niveau du pouvoir. »

Nicolas Sarkozy, de L’Élysée, 20 juin 2007.

Les institutions

« Nos institutions… répondent à la nature du peuple français et à ce qu’il souhaite réellement. »

De Gaulle, Conférence de presse, 31 janvier 1964.

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« Des voix s’élèvent dans notre pays pour regretter que la France soit le seul grand pays démocratique dans lequel les citoyens n’ont pas accès à la justice constitutionnelle. »

Lettre de mission adressée le 18 juillet 2007 par l’ancien Président de la République à Édouard Balladur. S’en suit des lois constitutionnelles qui ont limité le pouvoir de nomination présidentiel, ôté la présidence du Chef de l’État au Conseil Supérieur de la Magistrature et accentuer les pouvoirs du parlement et des juges.

Les partis politiques

« En vérité, l’unité, la cohésion, la discipline intérieure du Gouvernement de la France doivent être des choses sacrées, sous peine de voir rapidement la direction même du pays impuissante et disqualifiée. Or, comment cette unité, cette cohésion, cette discipline, seraient-elles maintenues à la longue si le pouvoir exécutif émanait de l’autre pouvoir auquel il doit faire équilibre, et si chacun des membres du Gouvernement, lequel est collectivement responsable devant la représentation nationale tout entière, n’était, à son poste, que le mandataire d’un parti ? »

De Gaulle, se réaffirmant au-dessus des partis, discours de Bayeux, le 16 juin 1946.

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« La disparition de cette famille politique (NDLR : l’UMP) impacterait bien au-delà de notre famille politique. C’est une question de pluralisme et une question de démocratie. »

Nicolas Sarkozy, durant une réunion à huis clos de l’UMP, le 8 Juillet 2013.

Immigration et assimilation

« C’est très bien qu’il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu’elle a une vocation universelle. Mais à condition qu’ils restent une petite minorité. Sinon, la France ne serait plus la France . Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. »

De Gaulle, cité par Alain Peyrefitte, « C’était de Gaulle, tome 1 », 1994-2000.

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« L’objectif, c’est de relever le défi du métissage. Ce n’est pas un choix, c’est une obligation. C’est un impératif. On ne peut pas faire autrement (…) Si ce volontarisme républicain ne fonctionnait pas, il faudra alors que la république passe à des méthodes plus contraignantes encore. »

Nicolas Sarkozy à Polytechnique en 2008.

« Je pense que les Français attendent une France d’après (…), une France où l’expression “Français de souche” aura disparu. »

Nicolas Sarkozy, Livre Programme, juillet 2006.

Le mérite

« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. »

Constitution de 1958 rédigée par Debré et De Gaulle, créateur de l’ordre national du mérite.

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« Je suis l’homme politique en France qui s’est le plus battu pour la discrimination positive. »

Nicolas Sarkozy, Libération, 23 décembre 2005

Économie et social

« Un régime économique et social tel qu’aucun monopole et aucune coalition ne puissent peser sur l’État, ni régir le sort des individus, où, par conséquent, les principales sources de la richesse commune soient bien administrées ou tout au moins contrôlées par la Nation, où chaque Français ait à tout moment la possibilité de travailler suivant ses aptitudes dans une condition susceptible d’assurer une existence digne à lui-même et à sa famille, où les libres groupements de travailleurs et de techniciens soient associés organiquement à la marche des entreprises, telle est la féconde réforme dont le pays renouvelé voudra consoler ses enfants. »

De Gaulle, Discours prononcé le 20 avril 1943.

« Une ardente obligation. »

Expression utilisée par le Général de Gaulle le 8 mai 1961 à propos des plans quinquennaux.

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« Je considère qu’il faut réduire les dépenses, rembourser ses dettes, diminuer le déficit et en plus, avoir la croissance. Les deux, pas un. »

Nicolas Sarkozy, le jeudi 19 avril 2012 sur RFI.

« La fin de l’euro, c’est la fin de l’Europe, la fin de la paix, la fin de l’économie sociale de marché. C’est un cataclysme. »

Nicolas Sarkozy plagiant Angela Merkel, 28 février 2014

Politique européenne

La Réalité et l’utopie

« Alors, il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur les réalités. Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant « l’Europe ! », « l’Europe ! », « l’Europe ! » mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien. »

De Gaulle, le 14 décembre 1965. Entretien télévisé.

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« Aujourd’hui, en nous souvenant, nous célébrons l’avenir, un avenir de paix et de fraternité entre les nations, un avenir de compréhension et de solidarité entre les peuples. Cet avenir, nous lui avons donné le nom d’Europe. »

Nicolas Sarkozy, quatre-vingt dix-neuvième anniversaire de l’armistice de 1918.

Une Europe populaire ?

« Pour Adenauer, non plus que pour moi, il ne saurait être question de faire disparaître nos peuples, leurs Etats, leurs lois, dans quelque construction apatride[…]. Comme c’était à prévoir, on vérifie que pour aller à l’union de l’Europe, les Etats sont les seuls éléments valables, que si l’intérêt national est en cause rien ni personne ne doit pouvoir leur forcer la main et qu’aucune voie ne mène nulle part sinon celle de leur coopération[…]. Mais, à cette Confédération, on doit donner une base populaire et démocratique. Ce sont les peuples qui ont à la créer. Encore faut-il le leur demander. »

De Gaulle, Extraits des Mémoires d’Espoir Tome 1, Plon, 1970.

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« J’aime l’Europe, je suis très européen : j’ai tout voté. »

Jean-François Copé, le 17 Janvier 2014 à Sciences Po Rennes.

« Nous n’avons pas le droit, nous les Français, de dire non à l’Europe. »

Nicolas Sarkozy, avant le référendum de 2005, le 6 Mars (Les UMPs ont voté pour à 98 % ), bafoué par la suite sans votation.

« Il a été élu (NDLR : N. Sarkozy) en 2007 pour mettre en œuvre ce que j’appelle un lepénisme raisonnable et gouvernemental. Or, il ne l’a pas fait car cela l’aurait obligé à affronter l’Union européenne. »

Éric Zemmour, éditorialiste, 13 mars 2012.

Politique étrangère

 

Israël

« Il n’y a pas de raison pour la France, et je suggérais même pour le Royaume-Uni, de ruiner ses relations avec les Arabes, sous prétexte que l’opinion publique éprouve des sympathies superficielles pour Israël, parce que c’est un petit pays avec une histoire malheureuse. »

De Gaulle, en 1967, The Chariot of Israël, 1981.

« Notre sympathie pour les Juifs est indiscutable, mais faudrait-il encore que certains ne se sentent pas plus israéliens que français. Leur prise de position en faveur de l’État d’Israël est inadmissible. »

De Gaulle, durant un entretien avec le rabbin Jacob Kaplan, janvier 1968 (Charles de Gaulle, janvier 1968, dans De Gaulle, mon père, paru chez Plon, 2004, Philippe de Gaulle).

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« Nous serons les alliés indéfectibles d’Israël, nous défendrons Israël jusqu’au bout, c’est notre destinée, à nous de la république de France. »

Claude Goasguen, député UMP, lors d’un rassemblement organisé par le CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), le 22 juin 2010.

 

OTAN

« Mon dessein consiste donc à dégager la France, non pas de l’alliance atlantique que j’entends maintenir à titre d’ultime précaution, mais de l’intégration réalisée par l’O.T.A.N. sous commandement américain ; à nouer avec chacun des Etats du bloc de l’Est et, d’abord, avec la Russie des relations visant à la détente, puis à l’entente et à la coopération ; à en faire autant, le moment venu, avec la Chine ; enfin, à nous doter d’une puissance nucléaire telle que nul ne puisse nous attaquer sans risquer d’effroyables blessures. Mais, ce chemin, je veux le suivre à pas comptés, en liant chaque étape à l’évolution générale et sans cesser de ménager les amitiés traditionnelles de la France. »

De Gaulle, Extraits des Mémoires d’EspoirTome 1, Plon, 1970.

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« Ce que j’ai découvert, c’est que, alors que nous sommes dans l’OTAN – car nous y sommes –, il y a bien peu de personnes qui le savent. […] Il fallait remettre en cause nos certitudes, et, plus difficile, nos habitudes, nos complaisances. C’est souvent ce qu’il y a de plus difficile en France. Or le monde change. La France doit donc changer pour rester elle-même (…). La France sait aussi qui sont ses alliés et qui sont ses amis : nos amis et nos alliés, c’est d’abord la famille occidentale. »

Nicolas Sarkozy, discours le 11 mars devant la Fondation pour la recherche stratégique, jour de la jonction de la France au commandement intégré de l’Alliance.

Rôle international

« L’essentiel, pour jouer un rôle international, c’est d’exister par soi-même, chez soi. Il n’y a pas de réalité internationale qui ne soit d’abord une réalité nationale. »

De Gaulle, allocution prononcée à l’Assemblée Fédérale du Mali, 13 décembre 1959.

« Et l’intérêt national, je n’ai pas besoin de le dire, c’est avant tout l’intérêt de la France, l’intérêt de la France en France. »

De Gaulle, discours prononcé à Bône, le 5 juin 1958

« La démocratie se confond exactement, pour moi, avec la souveraineté nationale. La démocratie, c’est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave. »

De Gaulle, discours prononcé à Londres le 27 mai 1942.

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« Gouverner, mes amis, c’est tracer une route entre le nécessaire et le possible, c’est évoluer avec prudence entre les récifs de la crise, c’est trouver les articulations entre la France, l’Europe et les réalités du monde. »

François Fillon, Conseil National UMP, 28 Janvier 2012.

« Si on veut être fort, on doit accepter de transférer une partie de notre souveraineté. »

Jean-François Copé, 30 mai 2013.

Conclusion

Que ressort-il de tous ces extraits ? La distance immense entre ceux qui donnent la nausée et ceux qui suscitent l’admiration nostalgique. Le Général soutenait le progrès, mais non pas un progrès contre le peuple. Il soutenait le rôle international de la France, à la condition non négociable que celle-ci se maintienne en sa pleine intégrité. Le héro français de la Seconde Guerre mondiale incarnait le peuple en son être, et au-delà du peuple, la nation. L’UMP a méprisé celui-là en remplaçant le karcher qu’elle a appelé de ses vœux par un arrosoir d’eau tiède, et brandit la bannière de celle-ci par son rétablissement voulu du roman national, réhabilitation oubliée. Elle s’est servie de l’aspiration populaire pour ensuite l’oublier (naïvement?) dans l’idée du « rassemblement » et de l’ « ouverture ». Deux visions du monde, deux visions de la France, deux visions de la vie.

Les inspirations Gaulliennes ? De lointaines inspirations moribondes qui ne servent que d’alibi mensonger à la terrible déflagration de la politique. Il semble objectivement que De Gaulle désavoue chaque jour ce parti qui se soumet joyeusement à Bruxelles. L’homme providentiel – incarnation du peuple à défaut d’être une marionnette – meurt un peu plus chaque jour à l’UMP, ce parti sans profonde raison d’être.

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A propos de Anthony La Rocca

Jeune patriote français, étudiant républicain réactionnaire amoureux de notre patrimoine culturel. Je crois que la France a un destin particulier, je refuse qu'elle soit diluée dans le concert des nations. Sur une ligne bonapartiste, je suis favorable à une synthèse entre tradition et progrès, à un État puissant, autonome et bienveillant, représenté par un homme providentiel. Il s'agit tout autant de s'opposer à la xénophilie de nos élites, de sauvegarder une civilisation, de favoriser le progrès social. Je consulte le Bréviaire des patriotes régulièrement.

2 commentaires

  1. très bonne comparaison entre deux monde .

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  2. Ces phrases sont assez douloureuses ; douloureuses car vraies et en totale opposition.
    Ces mêmes phrases révèlent l’abandon de notre pays pour lequel il eut tant de guerres.

    La corruption idéologique de nos élites est effrayante ; nous sommes gouvernés par des traîtres qui s’ignorent.

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