lundi, 27 mars, 2017
« Le Roman de Jeanne d’Arc », par Philippe de Villiers
« Le Roman de Jeanne d'Arc », par Philippe de Villiers aux éditions Albin Michel (2014).

« Le Roman de Jeanne d’Arc », par Philippe de Villiers

Dans les jours qui ouvrent l’an 1412, dans un village lorrain du bord de Meuse, Isabelle Devouton, épouse en légitime mariage de Jacques d’Arc, donne naissance à un miracle. Le curé qui donne le sacrement du baptême à la petite Jeanne ignore qu’il vient d’allumer une mèche qui, dans quelques années, déclenchera un coup de tonnerre dont le sol de France vibrera encore six siècles plus tard. Saint Jean-Marie Vianney, vénérable curé d’Ars (1786 – 1859) a dit que « là où les saints passent, Dieu passe avec eux ». On sait maintenant qu’en cette année 1412, Dieu s’est invité à Domrémy.

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La vie de Jeanne d’Arc est hors-norme à tous les niveaux. Rien dans ce qui constitue son parcours n’a de commune mesure. C’est le récit de cette vie que Philippe de Villiers s’est engagé à conter dans son Roman de Jeanne d’Arc, paru aux Editions Albin Michel. Troisième volume d’une série qui a débuté avec le Roman de Charette, s’est poursuivi avec le Roman de Saint Louis pour se terminer en apothéose avec la sainte patronne de la France. Tous les trois sont écrits à la première personne, un procédé narratif finalement assez rare qui donne au lecteur le sentiment de lire non la biographie d’un personnage historique écrite par un tiers, mais les mémoires directement produites par le personnage lui-même. Philippe de Villiers a expliqué vouloir appliquer cette technique à Jeanne afin de « lui rendre son humanité », c’est-à-dire aller la chercher dans les hauteurs qu’elle habite de fait pour la ramener à un terrestre niveau plus accessible.

Si l’intention est louable, elle pose les quelques soucis que voilà :

J’ai, à titre personnel, une instinctive méfiance à l’endroit de ce procédé narratif lorsqu’il s’applique à des personnages ayant réellement existé. Appliquée à Charette, ce chef vendéen parmi les plus importants de la contre-révolution, l’utilisation de la première personne ne pose pas, ou moins, les problèmes qu’elle pose lorsqu’il s’agit d’une figure aussi mystérieuse et immense que celle de la Pucelle d’Orléans. Je crains que s’être donné pour objectif d’explorer les zones de mystère du personnage ne conduise l’auteur, pour réussir son pari, à lui faire dire ce qu’elle n’a pas dit, à lui faire penser ce qu’elle n’a pas pensé ; c’est-à-dire à lui prêter des émotions et des ressentis par nécessité de remplissage.

Les historiens savent en réalité assez peu de choses sur ce que l’on appellerait aujourd’hui « la psychologie de Jeanne d’Arc ». Les éléments biographiques, le déroulement des étapes de sa vie, sa capacité à formuler un projet et à le réaliser renseignent sur ce qui a nécessairement été soit une force de caractère exceptionnelle, soit l’intervention de la puissance supérieure dont elle-même s’affirmait portée. Philippe de Villiers présente une Jeanne qui doute parfois, s’interroge, s’apprête à renoncer, trépigne presque, s’impatiente devant les lenteurs royales à lui octroyer l’armée qu’elle demande ; en somme l’auteur, à trop vouloir « rendre son humanité » à son personnage en a fait un personnage trop humain pour être vrai. Non que ces activités émotionnelles ne soient humaines ; elles le sont précisément. Mais pour qu’elle continue à susciter la respectueuse dévotion qui nous oblige depuis des siècles, il faut que Jeanne soit et reste cette étoile que l’on peut voir sans jamais la toucher.

Le mystère est comme le secret ; dévoilé il n’intéresse plus.

Reste que le livre est méritant à bien des égards. Philippe de Villiers parvient à tenir en haleine un lecteur qui connaît pourtant déjà l’issue de l’aventure. Avec une rare précision de plume, un réalisme stupéfiant et un véritable sens du rythme, il réussit – en nous plongeant avec force détails dans les interminables circonvolutions des autorités militaires hésitantes devant Orléans – à nous faire craindre que la prise de la ville aboutisse à un échec ! Car si la narration à la première personne pose les inquiétudes susmentionnées, le texte a le mérite de faire de Jeanne le témoin de premier rang des réalités de coulisses d’évènements historiques qu’une approche trop sommaire de l’épopée johannique nous fait parfois oublier.

À cet égard, le Roman de Jeanne d’Arc constitue une très efficace initiation à la vie de la Pucelle et le devoir d’un patriote est absolument d’en recommander la lecture au plus grand nombre. Le roman est historiquement fidèle aux évènements, ne fait l’économie d’aucune des étapes importantes de la vie de Jeanne et l’auteur, comme il est familier des bons sentiments patriotes, manifeste une évidente proximité d’âme avec son héroïne qui, en toute fin de compte, tempère les craintes que nous exprimions plus haut.

Jonathan Sturel

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A propos de Jonathan Sturel

Jonathan Sturel
Jonathan Sturel, observateur critique du monde moderne, est l'auteur du livre « La Contre-histoire de Michel Onfray » paru aux Editions Tatamis en août 2014.

3 commentaires

  1. J’ai trouvé la parade au tour ‘psychologisant’ que vous regrettez: Mark Twain a écrit ‘Le roman de Jeanne d’Arc’ à la fin du 19° siècle. (Ed. Serpent à plumes, en 2006, 687 pages petit format.) Le récit est celui d’un jeune de Domrémy ayant accompagné Jeanne jusqu’à la fin. Le récit est savoureux, très fidèle à la vérité historique et très loin de l’hagiographie classique.
     » Si vous prenez l’amour, la pitié, la charité, le courage, la guerre, la paix, la poésie, la musique, et que sais-je encore, vous trouverez maintes personnalités des deux sexes pour les symboliser. Mais si vous prenez l’amour de la patrie, alors une fragile jeune fille, dans sa prime jeunesse, la tête ceinte de la couronne du martyre, la main serrant l’épée qui lui servit à trancher les liens qui retenaient son pays sous le joug de la servitude, détient, seule, le droit de le symboliser, jusqu’à la fin des temps.  » nous dit M. Twain. C’est dire s’il est fan !
    ‘Un hommage d’une gravité et d’un respect inattendus chez un homme qui a obtenu le succès par la dérision et l’irrespect. Un humoriste plus connu pour son pessimisme que pour son altruisme’ commente le préfacier F. Lacassin.
    J’avoue que j’ai très rapidement surpris et conquis par le récit. C’est incroyable le respect de cet agnostique pour Jeanne. Un vrai respect, sans fioriture, mais avec beaucoup d’esprit. Par exemple, l’admiration de M. Twain pour les qualités militaires de Jeanne est remarquable. On est loin de la ‘sainte de vitrail’, de l »ange’ de P. de Villiers.
    Livre épais mais pas cher; de grande valeur.
    Je vous donnerai mon avis sur le roman de Villiers.

    • Petites corrections dans mon texte, veuillez m’excuser mais j’ai été un peu trop vite…
      Vers la fin; Livre épais et cher; mais de grande valeur !
      et juste au dessus: j’avoue que j’ai été (mot oublié) très rapidement…
      Merci. PMdeM

  2. Que devrait on apprendre de plus que tous ses livres sorties depuis tant d’années sur la vie éphémère de Jeanne d’Arc ?
    Il parâit que c’est l’héroïne la plus vanté du cinéma. On n’a tant et tant écrit sur sa vie, les mensonges aussi, de la rencontre royale, de l’attente etc.
    J’ai beaucoup de respect pour cette jeune fille… J’ai un jour demandé à un ami anglais ce qu’il pensait de Jeanne d’Arc, sa réponse singlante a été : C’est un problème français.
    Comme est le problème français de ce qu’on appel : les croisades.
    La vérité est souvent loin, très loin de l’origine même.
    J’ai trouvé même décevant, le récit télévisuel d’Alain Decaux et surtout les mauvais palabres du faux historique.
    Pourquoi, ne parle t’on jamais que le roi Louis XI, fut admiratif, puisqu’il l’a connu et rencontré à Bourges, à fait des recherches généalogiques sur la famille d’Arc à Domrémy, pour qu’il n’est plus d’impôt à payer.
    Que les os retrouvés dans la Seine du côté de Rouen ne furent pas les os de Jeanne ?

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