mardi, 28 mars, 2017

Être populiste aujourd’hui

Compte tenu du sur-emploi de ce mot dans les médias depuis deux décennies, j’aimerais revenir sur cette notion de populisme, hautement connotée, vertement symbolique dans le moulin à paroles des élites. Comme l’a souligné l’ universitaire Annie Collovald, docteur en sciences politiques, la catégorie informe plus sur ceux qui l’emploient, à défaut de ce qu’elle désigne. Commençons par un petit topo historique.

Au lendemain de la révolution, sans que le mot n’ait tant d’équivoque, certains n’ont pas hésité à vouloir répondre aux « basses » aspirations du peuple, à prendre ce parangon de démocratie. Prenons par exemple Robespierre :

« Vous jetez un nuage sur la conduite et sur les principes de mon compagnon d’armes, vous enchérissez sur les calomnies de nos ennemis communs, quand vous osez m’accuser de vouloir égarer et flatter le peuple ! Et comment le pourrai-je ! Je ne suis ni le courtisan, ni le modérateur, ni le tribun, ni le défenseur du peuple ; je suis le peuple moi-même ! » (Discours)

Rousseauiste défenseur du suffrage universel et de l’égalité des droits, patriote, il est représentatif du peuple révolutionnaire, en quête de renouveau politique. En réalité en 1792, les protagonistes qui criaient au bonimenteur n’étaient autre que les conservateurs d’une monarchie que le peuple venait de mettre à sac.

Être populiste, c’est alors vouloir donner du pouvoir au peuple.

napoleon_empereurDans le courant du XVIIIe siècle, soutenir la « bassesse » du peuple c’était être bonapartiste. En effet la Révolution française, par sa brutalité, portait en elle une volonté de retour à l’ordre encore larvée. Les Napoléon, Ier et IIIe, étaient particulièrement appréciés du peuple (se référer aux plébiscites de 1804 et 1851 et à l’élection de 1848). Le suffrage universel leur a confié une légitimité non contingente sur le plan démocratique. Les Français sont alors césariens et souhaitent une cohésion gouvernementale sous la forme d’un Empire. Un désir de pouvoir incarné par un grand homme, en droit romain, le César, la voix du peuple, car il est investi d’une autorité tribunitienne. À la fois représentatif de la modernisation et de l’ordre ancestral.

Ceux qui n’hésitaient pas à crier au fard du dirigeant et à la poudre aux yeux du peuple furent les monarchistes et les Républicains, qui, à des fins différents, souhaitaient la sauvegarde de leurs systèmes politiques.

Être populiste c’est alors incarner le peuple en un homme.

À la fin du XIXe siècle, la France est en crise : l’économie est à la banqueroute après le crash de 1882, le peuple a peur d’un capitalisme esclavagiste, la République a perdu Gambetta. Le général Boulanger s’impose, et avec lui l’idée de retour à la monarchie. Il parle au nom des « dégoûtés ». Représentant de l’honneur national, ennemi de l’opportunisme oligarchique des partis traditionnels, il mettra en exergue sa volonté de défendre « les petits », le peuple modeste… Goguel évoque: « Les troupes du boulangisme parisien, journalistes faméliques, camelots, ouvriers, épaves sociales, dressées contre les gros bourgeois du parlement et de la finance. » (François Goguel, La Politique des partis sous la Troisième République).

Mais l’espoir du peuple sale finit étouffé dans l’œuf politiquement lorsque le général choisit de déserter à l’appel du coup d’État. Il passe l’éponge et s’efface, discréditant ainsi son mouvement. Ce populisme aura tout de même réussi à briser le tabou du socialisme (tabou depuis l’épisode de la Commune) et du nationalisme, comme le montre Goguel. Ceux qui scandaient à l’affreux virus populiste ne furent que les Républicains désireux de conserver leur parlementarisme qui faisait défaut.

Être populiste c’est alors se battre contre l’ aristocratisme de la politique.

Au XXe siècle, la France est en crise idéologique, De Gaulle forge le populisme national républicain par sa volonté de « républicaniser » le nationalisme au nom de la volonté populaire. Car assez tôt il décrit ses trois idées fortes : la mission, l’indépendance et la puissance de la France.

1958 : c’est le retour au pouvoir. Le gaullisme se rebiffe et le général vient à bout d’ une crise parlementaire qui l’amène à réaliser avec Michel Debré son projet de créer un exécutif fort, un État maître de ses décisions et une diplomatie capable de redonner du lustre à la grandeur de la France, tant souhaité par les couches populaires. De plus le Général aspire à multiplier les référendums pour assurer son lien avec le peuple français : ce n’est pas seulement un sondage ; cela met en jeu le poste même du président !

Être populiste c’est alors recourir aux classes moyennes.

D’autres mouvements comme le Front populaire de Léon Blum n’ont pas hésité à se réclamer populistes, en reprenant les accusations adverses, et d’autres mouvances ”éclairs” comme le poujadisme ont grimpé sur les bas instincts du peuples. Car oui les volontés du peuples sont souvent basses.

Aujourd’hui nous sommes en 2013. Nous vivons peut-être à l’heure de 1789, dans l’autre sens. On passe du droit du peuple de disposer de son budget national, au joug des technocrates bruxellois. Il en va de même pour la politique d’immigration, la politique sociale. Sous l’initiative des gouvernements eux-mêmes…. « Ce n’est pas aux hommes au pouvoir d’écrire les règles du pouvoir » souligne le grand activiste Étienne Chouard pour le respect de la démocratie athénienne. Dorénavant, ma plume posée perd son calme prosaïque.

Marine Le Pen fait alors 20% des voix, un score proche de celui de son père en 2002. Depuis 1990, on dénonce depuis sans trêve le populisme. La peur du peuple (ce salaud!) se cache derrière tout ça. L’épisode le plus marquant est le résultat du référendum de 2005 que l’on a oublié de prendre en considération pour continuer « toujours plus d’Europe » et « toujours moins de pouvoir au peuple ». Mais bon, quand le peuple vote, il se trompe. Ce n’est donc guère pratique. Hollande n’obtiendrait pas le résultat escompté !

En effet, Le Pen est Robespierre car elle est la démocratie. Le Pen est Bonaparte car elle est femme providentielle. Le Pen est Boulanger car elle est le refus des élites et de « l’UMPS » où règne l’oligarchie. Le Pen est De Gaule car elle est la confiance au peuple par son appel au référendum. Le Pen aime le peuple et souhaite l’incarner seule. L’arrivisme socialiste ne le peut pas et ne le veut pas.

Jamais le peuple n’a été autant méprisé, autant ringardisé, autant diabolisé. Il est agoni d’injures : homophobe, islamophobe, raciste, macho, inculte, beauf … Dans tous les médias ou presque. Il est bête car il ne croit plus à la prospérité de la France dans cette Europe idéologiquement ultra-libérale. La mondialisation est anarchique, or l’ordre protège les classes populaires. Depuis Septembre 2012, la France emprunte pour payer ses fonctionnaires, notamment en Chine. Un pays dont l’armée et la police ne dépendent plus de son gouvernement mais d’une puissance étrangère, ne peut être considéré comme un État souverain.

« La France a peur ! ». La phrase célèbre est plus que jamais d’actualité. Elle a peur de perdre son identité, son patrimoine, d’être une victime non défendu (on ne punit plus les agresseurs, on les accompagne…), de perdre sa République, de perdre sa population, de perdre son exception mondiale, de SE perdre elle-même… Une perte millénaire. « Douce France, le pays de mon enfance…» Où est la France lorsque des territoires sont hors de contrôle ? Lorsque le multiculturalisme a pris le pas sur la culture française ? Lorsque ses agriculteurs ne peuvent plus vivre décemment ? On nous dit « les choses évoluent », éternel relativisme. On nous vante la mondialisation, mais on oublie d’aller voir les jeunes ménages qui ne savent ni où vivre ni comment, ni à quoi bon.

On a pourtant préparé les esprits à ne pas sombrer en dénonçant les nazis qui furent aux portes de Paris en 2002… On a dit que la blonde qu’ils aiment n’est qu’un « affreux populisme » parmi les autres alors que celui-ci n’a plus une once de pouvoir politique à l’heure où vous lisez ce texte. Mais sachez qu’à force de crier au loup, il finit par venir pour de bon et arracher quelques moutons… Hurler à la bête vaut toujours mieux que de se regarder soi et se remettre en question. Le peuple, il ne comprend pas que la fin de l’Histoire « France », l’auto-enterrement, c’est pour son bien…. Qu’il est sot ce peuple !

L’ Histoire nous a appris à nous méfier de la France bien élevée.

Anthony La Rocca

A propos de Anthony La Rocca

Jeune patriote français, étudiant républicain réactionnaire amoureux de notre patrimoine culturel. Je crois que la France a un destin particulier, je refuse qu'elle soit diluée dans le concert des nations. Sur une ligne bonapartiste, je suis favorable à une synthèse entre tradition et progrès, à un État puissant, autonome et bienveillant, représenté par un homme providentiel. Il s'agit tout autant de s'opposer à la xénophilie de nos élites, de sauvegarder une civilisation, de favoriser le progrès social. Je consulte le Bréviaire des patriotes régulièrement.
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