vendredi, 26 mai, 2017
Armée de terre : la grande débâcle
511e Régiment du train, défilé du 14 juillet 2008 (Wikimedia CC).

Armée de terre : la grande débâcle

Avant toute autre chose, il est à remarquer que les restrictions budgétaires touchant la Défense, depuis de nombreuses années, ne sont pas l’apanage de la Gauche mais de tous les bords quelle que soit la couleur politique. La politique ultra-récessive, quoi qu’en dise François Hollande, de M. Ayrault qui va toucher notre armée ne va faire que parachever les décisions prises sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Ce qui est à regretter, c’est une constance dans les choix qui pousse à une « paupérisation » de nos armées, notamment de la « troupe » face à la « technologie ».

Une technologie bien souvent dépassée, inappropriée voire encore expérimentale qui ne colle pas à la situation actuelle de nos engagements. Enfin, l’on ne peut passer sous silence le fait que le politique trouvera dans la Défense un « client » beaucoup plus malléable, une variable d’ajustement bien docile, contrairement à toutes les autres composantes de l’État. En effet, point de risque, à ce jour, de voir nos soldats défiler de République à Bastille, de brûler des pneus à l’entrée des casernes. La « grande muette » fidèle à elle-même (1961 est bien loin), plie, subit mais ne rompt pas, pour le moment…

Si, bien entendu, le temps des budgets des années de la Guerre Froide est dépassé et qu’il faut savoir s’adapter aux contraintes économiques et aux difficultés de notre pays, il ne faut pas perdre de vue que si nous voulons conserver à la France la place qui est la sienne, il nous faut garder un budget minimum, entre 1,5 et 3% du P.I.B, mais aussi revoir nos stratégies capacitaire et opérationnelle.

L’armée de Terre, composante principale de nos forces armées, doit, au sein des révisions stratégiques qui s’imposent, trouver de nouveaux modes d’action, des matériels adaptés et adaptables et de nouvelles formes d’organisation susceptibles de lui permettre de rester militairement efficace et capable d’assurer une projection globale.

« La débâcle… »

 Quel que soit le siècle, la France a toujours connu des périodes difficiles concernant son Armée. Les périodes ne sont plus les mêmes mais l’état d’esprit demeure, celui de faire des économies sur le dos de la sécurité du pays et ses aptitudes à réagir aux dangers susceptibles de le menacer. Que ce soit lors des discussions de la « loi Niel » sous le Second Empire, que ce soit dans l’entre deux guerres avec le « laisser-aller » pacifiste, nos politiques ont toujours su faire l’inverse de ce qu’il fallait pour doter la France des forces adéquates à l’action et à la réaction. Depuis la fin de l’URSS et la mort du Pacte de Varsovie mais aussi pour faire face à une situation économique, de plus en plus problématique, le chemin suivit par la France est celui de la réduction, de la mauvaise gestion humaine  et de la continuation de programmes, pour certains devenus obsolètes, inappropriés.

Nos politiques vont réussir l’exploit de ramener nos effectifs, sans guerres, sans défaites, à un chiffre quasi équivalant à celui d’une armée vaincue.

En 1918, la France avait pu imposer à l’Allemagne vaincue une armée de 100 000 hommes tout comme la même Allemagne victorieuse nous en autorisait le même nombre en 1940. La poussière d’une armée vaincue, tout juste bonne au maintien de l’ordre… Nos politiques vont réussir l’exploit de ramener nos effectifs, sans guerres, sans défaites, à un chiffre quasi équivalant. Et si l’on veut aller plus loin dans le détail, il est effrayant de penser qu’en 2014 le Stade de France serait pratiquement suffisant pour accueillir les troupes de l’armée de Terre. Nous avons là le résultat d’une baisse chronique des effectifs, baisse touchant en priorité ce qui est la colonne vertébrale de nos régiments, les hommes du rang et les sous-officiers. Car bien entendu l’on ne touche pas aux « grandes épaulettes » qui sont celles qui exécutent les réformes. 173 généraux en « 1er section », «viva Zapata » ! Si nous tenons compte du fait que 5500 généraux émargent à la « 2ème section », nous sommes en droit de nous demander où sont les brigades, divisions, armées, corps d’armées qui « vont » avec.

C’est bien simple, ils n’existent pas. Tout comme ne se justifie pas la multitude de colonels peuplant les « bureaux de la Défense » et s’occupant comme ils peuvent avant une retraite, plus ou moins, bien méritée. Il est loin le temps d’un Lasalle chargeant à la tête de ses hussards, d’un colonel Driant au bois des Caures, d’un Bigeard à Dien Bien Phu, il est loin le temps où les officiers supérieurs étaient à la pointe des combats. Le précédant Livre Blanc avait acté une réduction des effectifs, cette réduction a bien eut lieu avec un dépyramidage à l’envers couplé d’un gel de 30% des avancements sur 3 ans. Rien de tel pour mettre un frein supplémentaire à la motivation et entraîner la fuite des plus qualifiés vers le secteur privé, notamment vers les Entreprises de Services Sécurité et de Défense (pour la plus part étrangères).

défilé paras

Bruno Hoarau via Flickr CC

Pour continuer dans le domaine « humain », l’on ne peut passer sous silence l’« affaire LOUVOIS ». Sans rentrer dans les détails techniques de ce système informatisé, l’on peut dire que celui-ci, vendu à prix d’or et entretenu par la société Steria, ne fonctionne pas. Cela pourrait prêter à sourire si les ratés de ce système ne portaient pas atteinte à l’intégrité salariale de nos soldats. En effet, soldes non versées, retards de paiement d’indemnités de campagne, frais de déménagement non remboursés, entraînent une précarisation radicale des militaires et de leur famille. Même si la situation est dramatique pour certains, il faut espérer que nous sommes là face à de « simples » bugs informatiques et non à des volontés délibérées des Gouvernements de faire des économies ou bien d’entreprises privées voulant démontrer l’incapacité de l’État à faire fonctionner des systèmes complexes. Seule une commission d’enquête pourrait apporter toute la lumière sur cette affaire.

Enfin nous évoquerons la Réserve, qui après la mise à mort du Service National et sans parler du commémoratif, reste le seul lien Armée-Nation.

En 1870, si le maréchal Leboeuf pouvait affirmer à Napoléon III « qu’il ne manquait pas un bouton de guêtres à nos armées », il aurait pu aussi lui dire que les mitrailleuses étaient en nombre insuffisant et que notre artillerie était totalement dépassée. Aujourd’hui, l’on n’est même pas sûr que tous les boutons soient là, tout en sachant que nos matériels sont soit obsolètes soit inexistants ou bien enfin en quantité très, trop, restreinte. Dans les années 90, l’on a pu voir les militaires être obligés de s’équiper sur leur propres deniers, l’équivalent d’un mois de solde minimum (de l’époque) pour tout ce qui concernait l’équipement de base, cela allant de la gourde dite « US »  au poignard en passant par les parkas et pantalons GORETEX. Si aujourd’hui il semble que les choses se soient améliorées, il reste des lacunes qui vont des sacs de couchage à la « chaussure de combat » par exemple. Il n’est pas normal que l’État-Major de l’Armée de Terre, avec tous les retours terrain, ne soit pas capable de connaitre les besoins réels des hommes dans ce domaine et ne soit pas en mesure de lancer les commandes qui s’imposent. La situation actuelle est une aubaine pour les magasins spécialisés mais un casse-tête pour nos soldats qui doivent jongler entre règlement et « confort ».

S’il est un domaine dans lequel la France a totalement renoncé – pour l’armée de Terre mais aussi pour ses autres composantes – à toute fabrication, c’est celui des programmes d’équipement d’armes individuelles et collectives. En effet, depuis la restructuration du GIAT en 1991, deux secteurs ont été totalement supprimés : l’armement individuel et collectif d’un calibre inférieur à 20 mm – la fabrication du FAMAS F1 sera arrêtée en 1992 et le PAMAS, version française du Beretta 92F, fin des années 80 – et la fabrication de munitions dans les mêmes catégories de calibre. La France est donc depuis, totalement dépendante de fournisseurs étrangers. Les achats à l’étranger et la « stagnation » actuelle de l’armement de petit calibre[1] ont été encore plus motivés par la suspension du service national en 1997, l’EMAT n’ayant plus les moyens de financer un programme d’étude et de développement pour des besoins réduits. La France devra trouver un successeur au FAMAS à l’étranger, le choix étant entre FN Hesrtal et Heckler und Koch, pour d’impérieuses raisons économiques mais aussi – et c’est déplorable–  par la faute de la perte du savoir faire lié à la disparition de nos manufactures.

 

parachutistes français

ACFlick via Flickr CC

Il ne faut pas perdre de vue que l’équipement de l’armée de Terre est tout d’abord un héritage du corps de bataille destiné à affronter les troupes du Pacte de Varsovie[2]. Ce corps de bataille a été victime, en plein renouvellement de ses matériels, de la disparition de son ennemi, du coût d’achat et d’entretien de ses équipements. Dissolutions et reports de programmes  ont réduit le nombre d’équipements majeurs. En 2011 l’on pouvait compter 240 Leclerc sur 1500 envisagés, 232 VBCI (remplaçant les AMX-10P) sur 630 commandés, 77 canons CAESAR, tout en conservant (d’après les experts) à cette composante une supériorité qualitative sur tous les adversaires conventionnels potentiels. A contrario, les équipements plus légers comme le Véhicule Blindé Léger (VBL), le Véhicule de l’Avant Blindé (VAB) et l’AMX-10RC, d’un rapport coût/efficacité imbattable et plus facilement projetables ont mieux résister à l’érosion budgétaire.

Cependant, ces véhicules sont âgés et usés – par exemples, les premiers VAB sont entrés en service en 1976 – et leur remplacement par les programmes EBRC (Engin Blindé de Reconnaissance et de Combat) et VBMR (Véhicule Blindé Multirôle), en gestation depuis une dizaine d’années et devant s’intégrer dans le cadre du programme général SCORPION [3], est un enjeu essentiel pour l’équipement de l’armée de Terre. Outre les matériels terrestres, il ne faut pas oublier la composante aéromobile de l’armée de Terre, très sollicitée actuellement car des plus utiles tant sur le plan tactique qu’opératif.  Mais l’ALAT (Aviation Légère de l’Armée de Terre) souffre de retards importants dans les programmes Tigre (hélicoptères d’attaque) et NH90 (transport) ainsi que de leur coût, très supérieur à ceux des générations précédentes (Gazelles, Puma). La « recapitalisation » de l’ALAT est une urgence pour l’armée de Terre.

L’armée de Terre paye aujourd’hui l’empressement à toucher les « dividendes de la paix » au début des années 1990. Si le politique choisit la facilité et s’entête dans le désossage budgétaire et si le haut commandement n’y trouve rien à redire, il ne restera à nos forces que l’héritage de la ruine.

David Saforcada

 


[1] C’est ainsi que la MINIMI (calibre 5,56) de FN Herstal a remplacé, à compter de 1991, le FM AA52NF1 (remplacement se montrant contre productif car si la MINIMI a le même calibre que le FAMAS, la cartouche utilisée n’étant pas la même)  ou bien que le système FELIN (Fantassin à Equipement et Liaisons Intégrés) utilise des FAMAS F1 restructurés. Depuis 2010, la DGA a procédé à l’achat de 500 premiers exemplaires (sur plus de 10000) de la mitrailleuse MAG58 (elle aussi produite par FN Herstal) afin de remplacer totalement l’AA52NF1.

[2] Exemple flagrant, le char Leclerc : pensé à la fin des années 70, premiers prototypes seconde moitié des années 80, entrée en service 1992.

[3] Le Ministère de la Défense prévoit (prévoyait ?) pour 2021 la fin de l’étape 1 avec la livraison de 70 EBRC et d’un millier de VBMR.

A propos de David Saforcada

Napoléonien depuis ses 6 ans, militant bonapartiste depuis l’âge de 15 ans, aujourd'hui Président de France Bonapartiste. Candidat bonapartiste à plusieurs élections locales et nationales. Auteur de nombreux articles politiques et historiques, a publié en 2008 "Louis Napoléon, Premier Président - Dernier Empereur", en 2010 "La République Consulaire, la République Bonapartiste" et en 2013 « Louis Napoléon Bonaparte, l’autorité pour la liberté ».

8 commentaires

  1. Entièrement d’accord avec cette analyse documentée et vraie.

  2. Bernard chalumeau

    Merci cher David et toutes mes félicitations pour cet article particulièrement charpenté et précis qui m’a appris maintes choses effrayantes!…
    Oui, cher David, nous devons viser un budget de 3% de notre PIB pour rééquiper nos forces armées, voire même bien plus afin de disposer de services de renseignements à la hauteur des enjeux actuels et de ne plus être à la remorque des USA ou autres pour les informations satellitaires pertinentes ou pour le guidage de nos projectiles..
    Oui, cher David, c’est à nous, patriotes et souverainistes Français de secouer le joug jusqu’à ce que cela se produise conformément aux besoins vitaux de la France!
    Heureux de vous avoir lu et toujours prêt à vous retrouver pour ce combat sacré.
    Amitiés et à bientôt.
    Bernard Chalumeau.

  3. Bonjour,
    Simple citoyen ayant effectué son SN comme beaucoup, je me permet de vous écrire sur une information qui me semble capitale pour votre réflexion que j’ai obtenue par J. Lang lors d’un entretien suite à sa rencontre dans le TGV Paris Marseille (de retour de la Manif pour Tous du 26/05.
    La discussion portait sur les délocalisation, et à ma grande surprise il m’affirme qu’il est envisagé de délocaliser la fabrication de composants nucléaire (il précise non stratégique ???) de nos force de frappe car je devait comprendre que tout été fait pour faire des économies. Je vous laisse enquêter ou me contacter si besoin.

  4. La grande muette ouvre la bouche, après être allé, vu, compris :
    http://patricehenin.blogspot.fr/2013/08/temoignage-de-slim-rehouma-veteran-de.html
    Patrice Hénin, ex candidat présidentielle 2012 et futur candidat pour 2017 (ou AVANT)

  5. M. Henin, il y a la réalité et le reste … 

  6. ply

    au lieu de réduire les effectifs de notre armée et son budget , les économies seraient conséquentes si certaines aides n’étaient pas attribuées , des dettes effacées , des dons aux pays étrangers aux dogmes discutables supprimés , des subsides aux élites réduites , les privilèges réellement abrogés , l’esprit de déliquescence de notre force militaire est innaceptable , je souhaite que l’armée  se renforce , le service militaire remis et non un substitut qui ressemble à rien sauf aux yeux des créateurs d’une telle connerie . En réduisant ainsi l’outil de défense , de la sécurité nationale  comme des forces de l’ordre d’ailleurs on contribue a enfoncer le pays toujours plus loin dans les problèmes . Un point capital aussi si nous voulons que la mécanique fonctionne : premièrement virer les incompétents et profiteurs , ensuite donner la chance aux gens performants et surtout patriotes ! merci David pour cet article riche et de qualité

  7. pantalon et chemises court 84l

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