lundi, 22 mai, 2017

Révolution nationale !

Les slogans politiques ont un triple intérêt : ils sont une des bornes depuis laquelle on mesure la déception. L’autre, c’est la réalité. L’humour sur le produit lui-même ou ses détournements a le mérite de décontracter les analystes en tension dans les phases électorales. Enfin, et surtout, ils sont un indicateur des ambitions globales et reflètent en creux l’état du pays (ou de la région/ville/circonscription) en jeu.

On se souvient du fameux chant de campagne de Jacques Chirac en 1981 :”on a dans notre pays le pouvoir de changer de vie”. François Mitterrand, lui, proposait carrément de “changer LA vie”. Il y eut ensuite “La France en grand, la France ensemble”, “Ensemble, tout devient possible” etc. Ces variantes émargeaient toutes au registre du pouvoir, du renouveau, de la grandeur. Or, cette année, nous avions le choix entre “La France forte” (et à poil face à la crise), “le changement” qui faisait de l’évacuation des sortants une finalité, une “place au peuple” qui serait en geôle, une France à unir ou à libérer… L’enjeu n’était plus de bondir vers l’avant mais de rester debout. Ce constat sémantique signale une tendance plus générale : la France ne peut plus, elle doit. Elle ne peut plus se faire aimer de ses enfants, elle doit s’excuser de ses fautes. Elle ne peut plus recouvrer sa souveraineté, elle doit motoriser un fédéralisme sans lequel elle ne vaut pas un clou. Elle ne peut plus faire la difficile devant l’assiette de réformes verdâtres servies par l’euro-mondialisme, elle doit manger pour survivre. Pourtant, son curriculum historiae tire ses plus belles lignes de l’insoumission, de l’orgueil, de l’éclat. La fonction historique de la France est de renverser les tables, pas de les cirer. Nous écrivons ceci sans baisser la tête devant les amorphes agglutinés autour de ladite table et sans complicité pour ceux venus avec leurs haches pour la casser, et avec elle les portes et les murs. Nous essaierons de rappeler pourquoi l’histoire nous donne bon espoir. Il s’agira ensuite de se demander pourquoi le positionnement actuel de la France nous paraît inconvenant. Enfin, nous proposerons les modalités de réactivation de l’audace indispensable à une réelle sortie du marasme. Quels sont donc ces épisodes du passé que nous prenons en référence ?

On pourrait commencer par ce long épisode, ou cette série de péripéties, orchestrés par les rois, de Clovis à Louis XVI. De l’état fœtal germain, la France se définit progressivement comme une entité à part entière, notamment après le traité de Verdun en 843 qui partagea l’empire carolingien entre les fils de Louis le Pieux. Il y a une partie occidentale donnée à Charles le Chauve, la partie orientale à Louis le Germanique et l’interstice à Lothaire. Déjà, les oppositions apparurent entre ce qui deviendrait le royaume de France et le Saint-Empire. Cela dit, non sans négliger l’œuvre d’un Louis V ou d’un Raoul de Bourgogne, nous nous permettons un viaduc temporel pour en arriver à Hugues Capet. Il fonda la dynastie dont la couleur blanche resta celle de la monarchie et empêcha le comte de Chambord d’achever la restauration à la mort du second empire. Ce blanc est aujourd’hui encore au centre de notre drapeau. L’œuvre d’Hugues Capet n’est pas qu’héraldique. S’il n’eut pas de grand éclat, sa période apparaît aujourd’hui comme un temps de renouvellement tant spirituel que sociétal et il assura à la couronne une assise concise mais puissante, point de départ de la conquête du royaume à venir. Son titre de rex francorum, roi des Francs, comprenez les hommes libres, attend la réponse de ceux qui ne voient le peuple français qu’en mythe. Vinrent à sa suite Philippe Auguste qui fit beaucoup du corps et des nerfs du royaume, Saint-Louis qui en exporta les valeurs, Philippe le Bel qui poursuivit la matérialisation d’un État centralisé et administré etc… François Ier fit de la France une princesse des arts en puisant dans les ressources de l’Italie et de la Flandre renaissantes, ses successeurs ne se délièrent jamais de la compagnie artistique. Henri IV mit en veilleuse les guerres de religion, soumit les féodaux et facilita à ses successeurs la continuité vers la grandeur. Louis XIV, quand la France était la première puissance mondiale… L’œuvre de ces monarques est trop riche et variée pour être condensée ici. On en saisit toutefois quelques tendances constantes : unification, centralisation, valorisation et jeu sur le devant de la scène internationale. La précision et la complexité de ce temps long ne laisse pas dire que la France est un vain mot, fruit d’un fantasme instantané et dangereux. Un homme à sa tête et des rêves de grandeur dedans, l’État avait donc achevé son adolescence sous la préception séculaire et ferme des monarques. Nul secteur ne fut négligé, la culture pas plus que les armes, l’administration pas plus que l’économie. Sur ces multiples tableaux, la France fut grande pendant longtemps, après une croissance patiente et cohérente. Grâce à l’audace, on fit le gallicanisme, les archives royales, le château de Fontainebleau et la marine de Colbert. Revendiquer la grandeur, c’est s’incliner trois fois devant la basilique de Saint-Denis.

“Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération.” (Marc Bloch, L’étrange défaite, 1940) Sur de l’apport monarchique des cités mais aussi des absents du paragraphe précédent, venons-en à cette période matrice du monde contemporain qu’est la Révolution française. Honnie ou sacralisée, exaltée ou ignorée, les faits l’imposent comme une composante majeure de l’histoire nationale. Nous ne nous attarderons pas ici sur les tenants et les aboutissants de 1789, 1793 ou 1799. Nous voulons plutôt mettre en lumière trois signes attestant du génome historique français consistant à bouleverser ce qui semble bien acquis. On a trop dit que les Lumières avaient fait la Révolution. Gavroche oubliait que les vers en avaient fini avec Rousseau et Voltaire bien avant les heurts du faubourg Saint-Antoine. Il n’y avait pas de sens de l’histoire faisant marcher les Nations vers la démocratie et la République comme des ânes derrière une fatale carotte. Il eut fallu que ce soit à Paris que le schème politique en fonction depuis Saint-Augustin, que cette légitimité filiale et divine, que cette structure sociétale millénaire fut jetée à bas sous les guillotines et les constitutions. La cocarde tricolore recouvrait les glorieuses statues des royaumes et empires qui, au mieux comme en Angleterre, évoluaient piano. Le monde ne s’en remit jamais. La Révolution fut un produit d’exportation. Le peuple en armes à Valmy, jadis célébré par Philippe Séguin, acheva de modeler l’État-Nation en péril aujourd’hui. L’œuvre centralisatrice et les velléités internationales restaient. Leurs justifications changeaient. Nous démolissions les murs poussiéreux sous les canons républicains et impériaux. Napoléon lui-même fut une gageure, une tentative de suture de la droite et de la gauche que la Constituante avait séparées. Diables de Français, partis du renvoi de Necker pour arriver la Moskova et au blocus continental. La Révolution et son fils rebelle Napoléon constituent deux avatars historiques de la grandeur (tragique) de notre histoire. Toute la sueur de Metternich ne suffit pas à remettre sur pied la table renversée, celle-là même que tous pensaient immuable au temps et aux sabres.

Errare humanum est. Perseverare diabolicum. N’en déplaise à la garde des sceaux, la récidive, c’est une affaire. Trouble paix certifié au tournant de la contemporanité, la France assurait son titre quelques années plus tard. Métastase de 1789, germe d’un libéralisme las du système de 1815, expression des particularismes nationaux revendiquant la réunion ou la partition, le printemps des peuples avait pu compter sur une nouvelle impulsion française qui eut raison de la monarchie de Juillet. Comme la première, elle finit dans les bras d’un Bonaparte, sans cette fois passer par la case Terreur. Les issues, ici, importent moins que les sens. La Nation, le peuple, la République : cela ne tombait pas du ciel. Nous avions cassé l’ordre ancien et nous avions fini à Sainte-Hélène. Nous revenions après un demi-siècle pour contester et secouer les paramètres de l’ordre néoarchaïque élaboré sur notre dos. Les barricades et les Napoléon revenaient narguer le long fleuve tranquille (en surface) de l’histoire méticuleusement construite pour l’équilibre des puissances et la prospérité matérielle. A cela nous, et d’autres, avions à faire valoir des idéaux et des fiertés. 1848 importe ici parce que nous y voyons une confirmation de la volonté, de la vocation perturbatrice et mutine de la France quand elle se retrouve dans l’inconfort. Nous parlions d’idéaux et de fierté. Ces reliques n’ont plus de place hors des brocantes littéraires. Elles furent pourtant à l’origine d’une autre contestation, celle de la défaite de 1871 qui fut grosse d’un patriotisme cocardier et revanchard qui permit de déjouer le cours des batailles inscrit sur le papier pendant la Grande Guerre. Idem en 1940, quand la France se déchira dans les larmes de la débâcle et de l’exode et que quelques braves s’enfuirent à Londres ou firent dérailler les trains. La France en révolte contre elle-même. Le militaire surgi contre l’État honteux autant que son chef fut glorieux. De Gaulle face à Vichy, comme Napoléon face à l’enlisement révolutionnaire. Nous ne sommes rien, soyons tout, auraient-ils dit s’ils eurent connu le fin mot de l’histoire.

Contre l’ordre des choses apparemment fatal, la France, une réalité historique forgée et trempée, n’a jamais manqué de se dresser pour accroître sa convenance. C’est ainsi que le sang glorieux fut le plus abondamment versé. Que l’ordre fut le sien propre ne la gênait pas. L’initiative était prise par les circonstances, que certains appellent le destin et d’autres Dieu. Aujourd’hui, nous pouvons rire jaune quand on voit de quoi nous sommes devenus les initiateurs.

Comme le docteur Frankestein de Mary Shelley qui voyait sa créature lui échapper, la France a enfanté l’Union Européenne qui la cloue aujourd’hui au pilori. L’idée, pourtant, n’était pas mauvaise : unir des peuples distincts mais qui partagent une histoire et une culture (voyez le premier paragraphe). L’union pour ne pas être écrasés entre les deux empires, malgré le plan Marshall et Maurice Thorez. “L’idée est excellente”, comme dirait Brassens. Le problème, c’est que l’union restreinte centrée sur le couple franco-allemand dont les rapports étaient soumis à la division entre RDA et RFA est devenue un terrain vague économique et financier à 27 membres, balançant entre technocratie et caprices nationaux. Messieurs les Anglais, partez les premiers. L’Allemagne réunifiée, la mondialisation libérale minant l’économie française, le dumping impuni dans les frontières mêmes de l’Union, tout cela a conduit à ce que la France soit la spectatrice, sinon la victime de sa créature devenue folle. Pourtant, comme nous étions allés jusqu’à guillotiner le roi pour oublier la monarchie, nous continuons à donner les impulsion à cette créature matricide. Nous sommes bien obligés d’être un moteur de l’Europe, nous dit-on. La France doit rythmer la marche au fédéralisme. On est bien loin de l’audace caractéristique des pages glorieuses de notre histoire. Si l’on ne s’en inquiète pas, c’est parce que la gloire est devenue une ringardise de sanguinaire et qu’il convient de lui préférer la stabilité, la prospérité et l’acquiescement devant les gifles que nous donne “la main invisible” d’Adam Smith. Politiquement, nous sommes donc les conservateurs les plus crasses, accrochés jusqu’aux ongles à un système que l’on croit encore nôtre. Déjà en 1920 Bainville voyait son pays comme celui qui captait toutes les attentes de la réaction. Le système défendu n’est plus le même mais l’attitude contemptrice est toujours là. Nos exportations morales ne sont plus enclines à favoriser un redressement.

Je reconnais qu’en matière de diplomatie, je préfère Bismarck à Bernard Kouchner et Thiers à BHL. Pourtant, le droit-de-l’hommisme que nous avons légué à l’ONU ne me chagrinerait pas autant s’il n’était pas profondément contradictoire à l’intérêt national. S’il s’agissait d’exporter les valeurs révolutionnaires, de légitimer notre propre comportement, d’aller jusqu’au bout de l’idéal qui nous anime, cela aboutirait au triomphe, ou à la gloire, selon l’issue ; s’il s’agissait d’étendre les références françaises par delà les frontières pour développer notre influence et notre puissance, en revendiquant cette position de modèle, alors on pourrait trouver une justification aux interventions diverses que auxquelles nous participons. Mais l’Afghanistan fut le prix à payer pour la réintégration au commandement intégré de l’OTAN, comme la Libye pour excuser les jets de Michèle Alliot-Marie, trouver des débouchés pour nos VRP et redorer un bilan plutôt décrier de l’exécutif. Nous ne pouvons pas croire que cela démontre que la France est encore présente et importante. Les interventions sont multinationales et chapeautées par Washington, elles ne font qu’illustrer nos dépendances matérielles et financières. On ne fait que se montrer nus, sur le terrain comme dans les instances de décision où règne un suivisme éhonté. Un devoir naturel de distribuer la liberté ? Peu crédible quand on laisse des branleurs effectuer des contrôles d’identité au pied des immeubles, quand on laisse ses gendarmes se faire insulter de clochard, quand on déboulonne ses propres alliés pour offrir en pâture au radicalisme religieux des pays entiers. Il y a peu, les Frères musulmans étaient des démons. Désormais, ils sont des laïcards indispensables à l’endiguement du salafisme. Un prosélytisme riche et puissant installé à nos portes par nos soins. Qu’avons-nous à y gagner ? Sommes nous aussi inquiets pour les tibétains immolés ? (http://www.bvoltaire.fr/robertmenard/tibet-ils-simmolent-on-sen-fout,4960) Que faisons nous pour achever la véritable guerre civile au Mexique ou en Colombie ? Pourquoi le statut des femmes saoudiennes ne nous préoccupe-t-il pas ? Quand on prétend agir au nom de certaines valeurs, on prend soin d’en donner au moins une once de crédibilité. Ce n’est pas le cas des initiatives françaises aujourd’hui qui réussissent l’exploit d’allier dangerosité, inefficacité et hypocrisie. On voudra définir l’audace par son contraire qu’on ne s’y prendrait pas mieux.

Conséquence de l’adhésion à l’euro-mondialisme et corollaire de l’idéologie universaliste et droit-de-l’hommiste, et en fait complément de ces deux choix que nous jugeons néfastes, nous avons quelque chose à dire sur l’orientation post-nationale de l’économie française. Elle porte le même sceau de résignation et de suivisme. Jacques Chirac, en douze années de présidence, a été l’incarnation du gel qu’impose la volonté de préserver le “modèle français” tout en adaptant l’économie à la mondialisation libérale. Jouer la carte néolibérale, c’est se présenter au marathon de New-York avec des palmes aux pieds. Nous ne pourrons pas rester la France et épouser le monde. Si nous ne nous délestons pas de nos dernières particularités, nous serons comme Achille derrière la tortue de Zénon à courir sans atteindre l’objectif. Il semble que l’abolition de la nation soit en bonne voie : on peut donc espérer devenir à la mode d’ici peu. Entre temps, le “on” ne voudra plus rien dire. Les Etats-Unis n’ont pas ce problème : la culture du profit est intégrée à la leur, ils mènent la danse et n’ont pas à craindre pour leur devenir, ayant une histoire beaucoup plus versatile et courte que la nôtre. De même la Chine en imposant Confucius et en verrouillant ses frontières s’assure une consistance imperméable géostratégiquement et culturellement, dans une certaine mesure bien entendu (voyez le film Le dernier empereur). Sans prétendre à l’éternité de ces deux pays, il semble clair qu’ils se défendent et se tireront mieux que nous de ce jeu sans règles. Les règles, c’est en effet l’affaire des institutions. Ici, elles s’appellent FMI et OMC. L’horizon indépassable semble être le libéralisme mondialisé et tout discours ne promettant pas d’insérer le pays dans ce créneau subit la foudre des experts et des technocrates. Nous courons, certes, mais à notre perte. Nous courons en suivant un rythme, nous qui l’avions donné au monde tant de fois. Quand nous ne pouvions pas, nous quittions la course et obtenions satisfaction. On appelait ça la politique de la chaise vide du général de Gaulle.

Ces perspectives sont peu réjouissantes pour les patriotes. Non contents d’être impuissants, nous agissons bel et bien mais cette fois au service d’autres parfois invisibles, faisant fi de nos intérêts, sans confiance et donc sans audace. Nous sommes au carrefour de l’histoire : tenter une nouvelle perturbation ou marcher au pas sans apercevoir la fin du calvaire. Surtout, il est difficile de croire que les éléments culturels, historiques et métaphysiques indispensables à la consistance française seront encore disponibles une fois la prise de conscience venue. Quelques clefs peuvent apparaître pour prévenir ce mal de la cocarde. Évidemment, dans leurs natures comme dans leurs objectifs, elles ne feront pas l’unanimité.

Nous avons vu que dans l’histoire les apogées français reposaient sur une entente entre le peuple et ses dirigeants au nom de la grandeur nationale, condition de l’épanouissement personnel. Le premier impératif est de relancer cette filiation patriotique chez les élites et chez les populations. Or, les premiers semblent agir de façon à être aimés et élus par les secondes. Éduquons donc. Au-delà de la question de l’enseignement de l’histoire traitée par ailleurs sur le Bréviaire, nous plaidons pour un retour plus général aux cadres structurants traditionnels. Il s’agit d’abord de la famille, atome de la société, lieu de transmission et d’exercice de la piété filiale et nationale. Il serait donc inconvenant de marginaliser le modèle nucléaire majoritaire (voyez le premier tome de L’origine des systèmes familiaux d’Emmanuel Todd). Ringardiser l’hétérosexualité, œuvrer à la désexuation de la société au nom d’un féminisme totalitaire, déstructurer les rapports d’autorité intergénérationnels : voici autant d’écueils à éviter si l’on veut préserver une des pierres angulaires de la France. Complétons cette préservation par un retour à l’obligation de service militaire ou civique d’une durée suffisante pour tenir le rôle intégrateur et formateur de la conscription de jadis. Le modèle des centres éducatifs fermés n’est-il pas achoppé à la discipline magistrale et martiale ? La famille et l’État doivent retrouver leur fonction de générateurs de repères, dans une cohésion générale qui ne verserait ni dans l’exclusion ni dans la sacralisation des minorités. Restons toutefois lucides : de telles évolutions sont peu probables, tant l’idéologie progressiste et libertaire écrase ces balises en livrant de fait en pâture les masses égarées aux prédateurs du capitalisme mondialisé. S’il est nécessaire d’agir dans l’hexagone pour inverser ces tendances qui n’ont rien de fatal, il faut déjà rompre avec ce grands corps phagocytaire qu’est l’Union Européenne.

En effet, celle-ci s’est bâtie contre les Nations, quelles que furent les intentions de ses fondateurs. L’état d’urgence nous fait d’abord considérer les résultats. Ce véhicule d’intégration au mondialisme se forme par consensus idéologique, à défaut d’être économique ou géostratégique. Les membres adhèrent à un corpus de valeurs, de lois et d’objectifs qui vont dans le sens que l’on sait. On appelle ça le progrès, paraît-il. Il s’agit donc de s’affranchir de déchirer ce nouveau contrat qui nous est devenu inconvenant. L’histoire nous prouve que nous sommes des spécialistes de la chose. Cela implique toutefois de placer des dirigeants qui ne soient ni soumis au libéralisme économique, ni à l’universalisme libertaire. Cela implique aussi de bien évaluer les intérêts des pouvoirs extra-politiques, notamment économiques et financiers. Or, puisque nous ne pouvons en déterminer les tenanciers mondiaux, il faut nationaliser les enjeux pour les rendre plus accessibles et donc plus malléables. Nous nous trouvons au bord d’un gouffre, danseurs de claquettes hésitant à sauter par peur du vide alors que l’autre rebord n’est peut-être qu’à un pas. Peut-être nous retrouverons nous seuls un temps mais une telle rupture ne pourrait être stérile. “Nous risquons l’attaque des marchés financiers”. Oui, si ceux-ci gardent une prise sur notre économie réelle. Qu’en serait-il après une relocalisation protectionniste appuyée sur une souveraineté monétaire retrouvée ? Le nouveau France démoli sur le marché des changes nous empêcherait-il de poursuivre nos échanges dans des conditions acceptables ? Un secteur agricole et industriel puissants ne valent-ils pas mieux que l’accès à certains produits contingents ? Nous retrouvons de fait la question de l’éducation et des valeurs. Le drapeau ou le smartphone.

La métaphore du grand saut me paraît assez juste dans la mesure où le réformisme progressif verrait ses efforts tués dans l’œuf par la police de Bruxelles. On négocierait le poids des chaînes. C’est donc bien d’une nouvelle révolution dont nous avons besoin. Une révolution globale, violente par sa rupture, immense par ses visées. Elle ne peut être que nationale, parce que depuis Sumer, c’est la Cité qui résiste à l’empire. Elle ne peut être que sociale parce que les masses mises sur civière par la mondialisation doivent être les acteurs, les instruments et les bénéficiaires de ces nouveaux acquis. Elle doit enfin, selon le vœu de Léo Ferré (qui parlait sans doute d’une autre révolution) se faire dans les têtes avant de se faire dans les rues. Au commencement doit être le verbe, l’école, les médias, la culture. Un forcing est sur ce point nécessaire, d’où la nécessité d’un pouvoir autoritaire mais élu, réconciliant grandeur et popularité. Les conditions culturelles et idéologiques créées, les catégories sociales pourraient réaliser ce nouveau renversement, un rebours de 1830, un revers à la grande bourgeoisie devenue oligarchie mondiale en moins de deux siècles. Ne le taisons pas : révolution culturelle ne veut pas dire petit livre rouge, travail, famille et patrie ne sont pas des valeurs responsables de l’Holocauste (elles furent même au cœur du sionisme moderne). Nous en appelons donc à un électrochoc, vous savez, ces pavés que l’on utilise pour réanimer, cette technique que le serment d’Hippocrate oblige à utiliser jusqu’à ce que le décès soit irréversiblement acté. Reste à trouver un médecin capable de l’appliquer, qu’on l’appelle mon général, monsieur le Président ou mon Roi, cela est un autre débat. Hélas, bien placé pour parler ainsi, Jacques Chirac nous rappela qu’en France “on greffe de tout aujourd’hui, des reins, des bras, un cœur. Sauf les couilles. Par manque de donneurs.”

Verdi avait résumé l’essence de cet article, et de la cause du Bréviaire des patriotes, en quelques mots : “Tournons-nous vers le passé. Ce sera un progrès.” Cela fait, nous nous apercevons que la fatalité apparente et le cours des choses ne résistent pas à l’audace et aux forces cohérentes de rassemblement qui ne se satisfont pas de l’état de faits. Aujourd’hui comme hier, cette cohérence atteint ces sommets à l’échelle des Nations. Cette porte de sortie se referme lentement, un peu plus à chaque génuflexion sélectivement amnésique devant Bouteflika, chaque bachelier analphabète, chaque demie-mesure socialiste ou nationaliste aussitôt ravalée par la tutelle technocratique, chaque drapeau brûlé ou remplacé. Plutôt que la honte, tirons de notre histoire le courage de la rupture, avant que d’autres, entre l’équateur et la Terre de feu, n’empruntent notre fonction, nous réduisant ainsi à un statut d’intermittents spectateurs.

Guillaume E.

A propos de Guillaume E.

Etudiant passionné en histoire ayant travaillé sur le Front national (parti politique) et intéressé par la politique contemporaine. Souverainiste sans parti, je défend la réconciliation d'un patriotisme intransigeant et d'une primauté de la question sociale. Je me propose de commenter l'actualité politique ainsi que de faire connaître des ouvrages ayant trait à l'enjeu patriotique. Enfin, bien sûr, j'essaie de faire partager des regards personnels sur l'histoire en général, en restant ouvert à la critique et au débat.
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