samedi, 21 octobre, 2017

Ingérence et incohérences maliennes

Alors que François Hollande a tout juste rapatrié les soldats français d’Afghanistan à la fin de l’année 2012, celui-ci les renvoie au Mali en ce début 2013, lançant la France dans une nouvelle expédition militaire.

Pourquoi cette entrée en guerre maintenant ?

Il est, tout d’abord, comique de constater que le lancement de cette opération délicate ait été décidé à la va-vite la veille d’une manifestation pour le moins hostile au pouvoir en place. La stratégie de diversion n’a que peu fonctionné au vu du succès de la mobilisation du 13 janvier. Le refus d’intervention dans le conflit malien de la part de François Hollande et Laurent Fabius, son ministre des Affaires étrangères, quelques semaines plus tôt atteste du caractère virevoltant de cette décision.

À défaut, cette manœuvre, rendue possible par la Vème République pour sa vitesse d’exécution, aura permis au couple exécutif d’enrayer sa chute abyssale dans les sondages. Le sondage Ifop paru dans le Journal du Dimanche montre que le couple exécutif a une côte de popularité de 38% en janvier, soit 1 point de plus pour Hollande et 3 de plus pour Ayrault, après l’illustre et constante baisse de confiance depuis mai 2012. Ainsi, ceux qui voient encore d’un œil critique la Constitution de la Vème République, consacrant un monarque républicain, sont également les mêmes qui voient d’un bon œil ses applications concrètes : notamment la possibilité pour le chef de l’État, chef des armées, d’engager des forces sans l’accord préalable du Parlement.

Et les « partenaires européens » ?

La rapidité de lancement de cette guerre a, en tout cas, tranché avec la relative léthargie dans laquelle est plongée l’Union Européenne, engluée à défendre la survie de sa monnaie actuellement en péril et probablement peu prompte à se lancer dans une opération militaire moins d’un mois après avoir reçu le Prix Nobel de la paix… D’ailleurs, avec quoi ferait-elle la guerre ? Malgré les appels incessants à la fondation d’une « Europe de la Défense » des premiers européistes, tels Jean Monnet avec la Communauté Européenne de la Défense (morte-née), aux actuelles gesticulations de Daniel Cohn-Bendit, ces doux rêves de forces supranationales se sont vus sacrifiés sur l’autel des velléités nationales. Les nations constituent, en effet, les principales données de la réalité internationale, comme l’a toujours martelé et prouvé De Gaulle.

Surfant sur le consensus de la lutte contre le terrorisme international et la « destruction » de ses principaux groupes sévissant aux portes de l’Europe, la France bénéficie d’un soutien moral de la part des autres pays membres, tous contents de voir un autre se charger de la sale besogne à leur place. Alors que le couple franco-allemand fête les 50 ans du Traité de l’Elysée, signé par le général de Gaulle et le chancelier Adenauer, les médias jasent sur le support réduit à la portion congrue offert par Merkel. La réalité est que les 2 500 français déployés sur place seront surtout secondés par la force anglo-américaine, à l’image de ce qui s’est passé lors de l’intervention en Libye. À noter que contrairement à cette dernière, l’entrée en guerre au Mali n’a, au départ, pas été assorti d’un quelconque mandat international de type OTAN ou ONU. Pour des socialistes chantres du multilatéralisme et du respect des procédures internationales, ce brusque revirement sonne comme le retour en force de la « realpolitik ». En dehors des pays européens, en plus des Etats-Unis, la France est soutenue dans sa démarche par la Russie, le Canada, l’Algérie – à travers l’ouverture de son espace aérien – et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) – à travers l’envoi de troupes africaines.

La prophétie du choc des civilisations

Les accents hollandiens condamnant la Françafrique, dans sa visite à Alger en décembre, apparaissent comme un ultime reniement avec le retour sous-jacent des notes néo-colonialistes que portaient haut les socialistes à la fin du XIXème siècle lors de la IIIème République. Historiquement, la logique est implacable : Hollande poursuit les relents coloniaux de son maître, Jules Ferry, devant la statue duquel il avait choisi de prononcer son premier discours, le 15 mai 2012, lors de son intronisation officielle.

Ayant revêtu les habits du défenseur des populations civiles opprimées en réponse à l’appel du président intérimaire (légitime ?) malien Traoré, la France se trouve désormais engagée dans cette zone du Sahel aux frontières perméables à merci. La récente prise d’otage dans la partie saharienne de l’Algérie le prouve : le débordement du conflit sur plusieurs pays ne fait peut-être que commencer.

Cette intervention marque surtout le retour en force de la France dans ce que Mitterrand appelait son pré-carré, son espace d’influence francophone, afin de défendre avant tout ses intérêts économiques, aujourd’hui mis à mal par l’arrivée massive de la Chine dans la région. La menace croissante que symbolisait l’avancée progressive des rebelles touaregs, dont la revendication ancienne d’autonomie a longtemps été étouffée par le pouvoir de Bamako et dont les forces ont été alimentées récemment par la mise à disposition d’un arsenal français important en Libye, ne pouvait pas laisser de marbre le pouvoir français.

Celui-ci sait bien, en effet, que la région sahélienne représente le tiers de son approvisionnement en uranium, combustible incontournable du parc nucléaire français. L’armée régulière française se trouve, comme en Afghanistan, aux prises avec une myriade de groupes irréguliers dont la marque d’unité constitue le salafisme. C’est là que le gouvernement français montre toute son incohérence, en soutenant d’une main des milices salafistes en Libye et en Syrie, tout en les combattant d’une autre au Mali et sur son propre territoire hexagonal. Tout converge davantage vers la réalisation du prophétique « choc des civilisations », affirmé par Samuel Huntington, entre un Occident déclinant et un monde musulman, soi-disant uni mais véritablement rongé par la montée de groupes islamistes financés conjointement par ce même Occident et les pays du Golfe, Arabie Saoudite et Qatar en tête.

Dans ce contexte de crise économique latente qui n’en finit pas de produire ses ultimes soubresauts dans les pays occidentaux, la stratégie de diversion extérieure, elle aussi venue de l’Occident et déjà utilisée dans l’Histoire, produit des guerres à un rythme accéléré dans divers pays – Afghanistan, Irak, Libye, Syrie, Mali – pour mieux masquer leur échec persistant à l’intérieur. Certains prédisent que l’Algérie et l’Iran seront les prochains sur la liste, risquant si cela se confirme de précipiter le monde dans un nouveau conflit mondial destructeur.

Guillaume

A propos de Guillaume N.

Guillaume N.
Passionné par le débat d'idées, je m'intéresse à tout ce qui touche à l'Homme en général, et à l'histoire, la politique, Paris et notre douce France, en particulier. Jeune diplômé en économie, j'aspire à faire partager les vertus du bonapartisme: synthèse de la gauche et de la droite, des traditions et de la modernité, vecteur de pragmatisme et du rejet du dogmatisme.
Revenir en haut de la page