jeudi, 27 juillet, 2017

L’hypersubjectivisme journalistique, ou la raison du plus fort

Lorsqu’on entend critiquer les médias, on parle, la plupart du temps, de la force d’attraction de l’image, de son ambiguïté, ainsi que du fait que, sur un plateau TV, la répartie compte plus que la justesse des analyses. Or, il ne s’agit là que de lieux communs qui, certes, ne sont pas entièrement faux mais qui restent superficiels.

Il est dommage qu’on ne s’attarde jamais sur la méthode qu’utilisent les journalistes pour traiter des faits. À ce sujet, le débat qui a opposé Laurent Obertone à Natacha Polony et Aymeric Caron me semble être un bon exemple (1). Je ne vais pas m’attarder sur la rhétorique de Caron (ça serait tirer sur l’ambulance), mais Natacha Polony a opposé à l’auteur de La France Orange Mécanique un argument des plus intéressants. Elle lui a en effet déclaré : « vous êtes journaliste, vous savez que les faits, ça n’existe pas. Les faits, tout seul, c’est pas vrai, il y a toujours une interprétation des faits à l’aune de valeurs », pour ensuite lui demander « quelles sont les vôtres ? ».

Dans un registre tout aussi récent, Patrick de Saint-Exupéry aurait déclaré à une conférence organisée par la revue XXI :

« Le journalisme est enferré dans un truc formidable : l’objectivité. C’est stupide, ça n’a aucun intérêt, la seule règle qui vaille, la seule règle fondamentale, c’est celle de l’honnêteté. Personne ne peut prétendre être objectif. Nous faisons des choix de narration, donc nous avons un regard d’auteur, c’est un choix subjectif, mais ça ne donne pas pour autant licence à inventer quoi que ce soit, à faire de la fiction. Nous sommes là pour raconter l’histoire des autres, nous sommes des passeurs. La littérature et le journalisme ont des histoires entremêlées. »

Il semble bien qu’une idée répandue dans le milieu journalistique consiste à dire qu’ « il n’y a pas de faits mais uniquement des interprétations ». Cela peut paraître séduisant et romantique, seulement cette idée systématisée amène forcément un certain nombre de dérives : toute analyse est considérée comme biaisée, la seule réalité est alors celle qu’on ressent, cela ouvre la porte à l’hypersubjectivisme et, de fait, la raison du plus fort devient la meilleure. Même si 61% des journalistes se sentent indépendants, je vous laisse deviner qui sont les plus forts dans une France où 74% des journalistes votent à gauche, dont 39% pour François Hollande au premier tour de l’élection présidentielle.

Cette vision des plus narcissiques du journalisme tend à nous faire oublier ce qu’un journaliste devrait faire : enquêter sur le terrain, croiser les témoignages, les opinions, les subjectivités. Et c’est de cette jonction que doit naître un minimum d’objectivité.

Car ne nous y trompons pas, si l’objectivité absolue n’existe pas, l’objectivité relative, elle, existe belle et bien et on ne peut pas raconter n’importe quoi, même si on voudrait nous faire croire le contraire.

Bastien Moselly

A propos de Bastien Moselly

Je suis un étudiant en art, passionné d'Histoire (de France, en particulier), un lecteur de Jacques Bainville et un amateur d'Adam Smith. Je milite au sein de Debout la République depuis les présidentielles de 2012.
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