mercredi, 20 septembre, 2017

Comment concevoir l’art de punir

Une personne n’ayant pas respectée la loi doit être punie. Cependant comment concevoir cette sanction ? Plusieurs écoles y ont répondu tendant à des finalités différentes. Est-ce que l’accent doit être porté sur le délinquant ? sur l’acte commis ? sur sa réinsertion dans la société ? Bien des questions pour autant de réponses…

L’école de la Justice Absolue

Elle est prônée par les auteurs comme le philosophe allemand Kant (1724-1804) mais aussi par le publiciste français Joseph De Maistre (1753-1821). Pour ces derniers, le système pénal est fondé sur l’expiation : la peine doit être une souffrance en réponse à la souffrance que l’auteur à causé par l’infraction qu’il a commise. La répression doit se faire intégralement et même si elle est totalement inutile à la société.

L’école classique

Nous retrouvons principalement deux courants de pensée :

Le premier rejoint des auteurs comme Montesquieu (1689-1755) “L’esprit des lois”, Rousseau (1712-1778) “Le contrat social” mais aussi Beccaria (1738-1794). Ce dernier est un économiste dont sa pensée résulte dans le sens que le droit de punir doit être limité par la stricte nécessité. Pour cet auteur, la punition ne doit intervenir que si elle présente une utilité pour la société, il préfère donc la certitude d’une peine que la gravité d’une autre qui ne serait peut-être pas exécutée. Beccaria est l’un des premiers à se prononcer contre la peine de mort (exception faite des cas d’infractions dirigées contre l’Etat). Il était également contre la personnalisation et l’individualisation de la peine : la peine doit s’exécuter par rapport aux actes commis et non sur la personnalité de telle ou telle personne. On peut remarquer que ses idées ont été reprises dans la Déclaration des Droits de l’Homme aux articles 5 & 8.
Le second est notamment prôné par Bentham (1738-1842) qui était un philosophe et un juriste. Comme Beccaria, sa pensée se dirigeait sur le fait que les hommes sont guidés par leurs intérêts, cependant il préconisait un système punitif d’avantage spécialisé : “il faut des peines qui tiennent compte des distinctions qui peuvent exister entre les individus.” Il favorisait donc l’individualisation des peines et le développement de l’emprisonnement contrairement à Beccaria.

L’école dite néo-classique

Nous retrouvons ici les auteurs comme Rossi (1787-1848) et Guizot (1787-1874). Ils ont mis l’accent sur la responsabilité morale. Il faut tenir compte de l’âge du délinquant, de ses antécédents ect… La peine encourue est la même pour tous mais le juge adapte la sanction selon la différence des auteurs. La peine ne doit pas être trop lourde car elle doit être juste et doit être utile : “Punir ni plus qu’il n’est juste, ni plus qu’il n’est utile”.

L’école positiviste

Cette école regroupe les auteurs comme Lombroso (1836-1909), Ferri (1856-1928), Garofaldo (1852-1934) et Lacassagne (1843-1924) notamment. Deux postulats vont émerger :

Le premier est le fait que l’homme moralement n’est pas libre, il est déterminé. La conséquence est qu’il est irresponsable. Lombroso disait qu’il y a une catégorie de criminels nés. Ferri expliquait qu’il faut s’intéresser au milieu social du délinquant et estime que c’est celui-ci qui est déterminant. Ainsi, cet auteur nous expliquait que le fait d’être un délinquant n’est pas de la faute même de l’intéressé mais la cause réelle se trouve dans le milieu de vie.
Le deuxième postulat est le fait que l’homme est socialement dangereux, la société doit donc prendre des mesures. Lacassagne disait que le délinquant n’est autre qu’un microbe social tant et si bien qu’il faut éviter les situations criminogènes et mettre en place des mesures individuelles qui concerne le criminel. Il peut s’agir de mesures réparatrices, mais aussi de mesures éliminatoires (peine de mort) ou encore de mesures répressives ou bien sociales (par exemple en interdisant au délinquant de faire telle ou telle profession).

L’école dite néo-classique contemporaine

L’idée se focalise sur la réintroduction d’une idée de rétribution. Pour ces auteurs comme Merle et Levasseur, la sanction pénale doit être fondée sur l’aptitude du délinquant à supporter la sanction et à en tirer profit. On parle également de “capacité pénale”.

Ces différentes écoles, qui sont tout autant de conceptions différentes du Droit pénal, ont apporté leur influence sur la manière d’exercer cet “art” de punir. Une balance penchant tantôt à droite, tantôt à gauche, stabilisée à un moment donné mais pourtant jamais figée.

Christopher Destailleurs

A propos de Christopher Destailleurs

Fondateur d'Objectif-Justice.fr, politiquement parlant je me considère comme étant eurosceptique et anti-mondialiste. J'aime les valeurs véhiculées par la France, tout comme j'aime les valeurs extérieures à condition qu'on ne me les impose pas. Bonapartiste j'admire le Napoléon de Guerre, stratège hors pair et meneur d’homme extraordinaire.
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