samedi, 21 octobre, 2017

Inquisitio : Propagande crasse et inversion des valeurs

L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes. Cet intitulé de l’ouvrage de Jean-Claude Michéa pourrait faire acte de sous-titre à la nouvelle série télévisuelle lancée cet été par France 2.

Ambiance : 1370, le grand schisme fait rage en Occident et deux puissances règnes sur l’Eglise : le Pape Urbain VI (à Rome) et l’antipape Clément VII (à Avignon). A Carpentras, la peste décime la population. Persuadé que ce chancre est un fléau émanant de Dieu pour punir les hommes de leurs égarements, un grand inquisiteur (Barnal) est nommé par l’antipape pour traquer l’hérésie. Va s’opposer à lui, un chatoyant médecin juif (Samuel), esprit libre et éclairé qui, rependant ses lumières et sa tolérance, va tenter d’éradiquer la maladie par la raison plutôt que par l’obscurantisme.

Il serait bien trop aisé et finalement assez contre-productif de traiter des pléthores d’incohérences et de falsifications historiques – poussant l’absurdité jusqu’à faire de Catherine de Sienne, sainte catholique et première femme déclarée « Docteur de l’Eglise » une manipulatrice perverse, hystérique névrosée et sanguinaire – présentes ici mais bien de l’ignoble croisade moderne menée contre l’Eglise catholique.

Comment la fille ainée de l’Eglise en est telle venu à accepter avec une telle aménité les crachats vigoureusement déployés sur l’histoire de sa mère suppliciée ? Il n’a échappé à aucun esprit clairvoyant qu’Inquisitio soit au Moyen Âge ce qu’Un village français est à la Seconde Guerre mondiale… Des uchronies propagandistes destinées à inséminer dans la myriade des cerveaux hémiplégiques la fève de la honte, l’idéologique repentance, la graine du mensonge historique qui a produit et produira avec vigueur de grands héliotropes d’abrutissement.

Ces psalmistes stipendiés par leur propre mauvaise foi n’ont évidemment pas autre vocation qu’offrir leur capiteuse vision manichéenne à la disponibilité cérébrale chaleureusement préparée à cet effet par la masse somnolente des irrémédiables éponges à affabulations.

Amusons nous, par ailleurs, à faire remarquer à quel point s’embrasent les débats dès lors qu’il est question d’aborder les racines chrétiennes de la France, du mirage que serait la vision d’une France historiquement catholique etc. En dehors des débats d’universitaires, il suffit pour avoir réponse à cette question de contempler, depuis les tranchées de la conscience moderne, d’où viennent les balles et sur qui fleurissent sempiternellement les tirs groupés. Quelles sont les deux entités, vomies et conspuées de concert par notre bananière république ? La France elle-même et son ignoble Eglise sanguinaire, esclavagiste des consciences et obscurantiste des savoirs. Quelles sont les deux entités sommées de faire repentance ? La France elle-même, celle de ses rois, et cette religion d’Etat qu’il a fallu noyer dans les profondeurs d’un ouragan de salives vipérines lancé par la grande armée des amphiptères anticléricaux.

Alors pourquoi un tel déni, un tel manichéisme, un tel déversement de piétinements sur une Eglise déjà grandement cacochyme ? Quelle émanation vertueuse accepterait que l’on poignardât dans le dos un vieillard apathique ? Pas la moindre. En revanche, une société se précipitant vélocement au tombeau, ayant réussi la satanique prouesse de faire hisser la chrématistique au rang de dogme universel se doit de détruire tout système de valeurs dont la morale pourrait encore enrayer sa courroie mammonique. Le catholicisme, tout comme l’Islam par ailleurs, devient alors une cible privilégiée des laicards porteurs de lumière et les moyens de communications modernes, des outils d’asservissements qui feraient frétiller de jouissance Edward Bernays depuis les tréfonds de son ergastule mortuaire.

Face à telle entreprise de lobotomisation, il est bien vain de rappeler que l’Eglise catholique a inventé l’humanisme, que les jésuites ont œuvré pour l’éducation du peuple et des plus pauvres tandis que des siècles plus tard, les encyclopédistes des Lumières imprégné de l’idéologie janséniste prôneront, eux, l’obscurantisme pour les mal nés et le concentrationnisme pour les miséreux. Beati pauperes spiritu.

« Il est vrai que ce n’est qu’un crachat de plus sur la face ruisselante d’une société soi-disant chrétienne, qui en a déjà tant reçus et tant supportés. Les peuples aussi bien que les gouvernements n’ont jamais que les avanies qu’ils méritent, dans l’exacte mesure de leurs lâchetés ou de leurs crimes, (…)

Ce qui pourrait casser les bras à la colère, – en admettant la métaphore sans génie de ces inefficaces abatis d’airain, toujours invisibles, – c’est l’indifférence de la multitude. On passe devant l’obscène exhibition sans révolte, sans murmure, sans étonnement. Les pères n’en éloignent pas leur progéniture et trouvent tout simple que la face auguste du Père des pères soit ainsi conspuée pour la joie de quelques vidangeurs matutinaux que cela met en gaillarde humeur. Il y a deux ou trois générations à peine, le bourgeois se fût passionné pour ou contre ces éruptions de l’égout. Aujourd’hui, le même bourgeois, devenu un peu plus bête et un peu plus ignoble, les contemple avec la stupidité du désintéressement. » Léon Bloy – Le Désespéré.

Maxime Le Nagard

 

A propos de Maxime Le Nagard

Etudiant en journalisme, intéressé par tous les domaines de la culture générale, en particulier l'Histoire, la littérature et la philosophie.
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