dimanche, 22 octobre, 2017
Richelieu  la puissance de gouverner

Richelieu la puissance de gouverner

Dans un livre très instructif sur l’habileté et la solidité du cardinal, Arnaud Teyssier nous dresse le portrait d’un véritable homme d’État qui a su conduire la France dans ce tumulte impétueux qu’ont constitué les guerres de religion.

Également auteur du « testament de Richelieu », Arnaud Teyssier nous transmet admirablement sa fascination pour le personnage du cardinal, grand ministre du roi Louis XIII. Face à l’adversité, aux intrigues multiples jusque dans la Cour, face aux ultimes soubresauts des conflits fratricides entre catholiques et protestants, Richelieu est resté tendu à cet objectif simple : le « bien public » doit l’emporter sur les intérêts particuliers. Pour ce faire, on voit bien les raisons qui ont poussé le pouvoir français à aller vers toujours plus de centralisation, jusqu’à l’installation progressive de la monarchie absolue qu’a initié Henri IV, que Louis XIII poursuivra et qui aboutira avec Louis XIV.

Le substrat de l’œuvre de Richelieu se base sur l’idée selon laquelle le plus grand crime que puisse faire un homme d’État est de ne pas agir, de laisser le destin s’accomplir sans chercher à le dominer. En l’occurrence, on ne peut s’empêcher de penser à nos dirigeants actuels qui subissent les évènements plus qu’ils ne le dominent. En ce sens, la comparaison souvent faite de Hollande avec Louis XVI prend tout son sens, quoiqu’elle paraisse cruelle pour Louis XVI… Celui-ci, en effet, a pêché par pusillanimité, ne voulant pas faire de vagues, dans une période troublée qui réclamait, pour que le pouvoir royal subsiste, un roi résolu et audacieux. De l’habileté et de la volonté des dirigeants découlent le destin collectif d’une société française souvent menacée par l’ « esprit de faction », comme le dit bien Teyssier.

Dès lors, l’autre idée générale que nous trace Teyssier avec cohérence dans ce livre réside dans l’obsession du cardinal d’édifier une unité politique fragilisée de toute part, aussi bien de l’intérieur avec les protestants que de l’extérieur avec l’empire autrichien des Habsbourg. Ainsi, son désir d’unité s’exprime par le fait qu’il vise le parti protestant et non la religion réformée, celle-ci bénéficiant d’un statut de protection durable grâce à lui et ce qu’avait initié Henri IV avec l’édit de Nantes. Malheureusement, sa révocation en 1685 par Louis XIV brisera cet élan unitaire en rangeant désormais le parti de la division du côté de la monarchie absolue. Le siège de la Rochelle en 1627-1628 (voir notre article), soutenu par les Anglais, manifeste en outre, sa croyance selon laquelle « il y a des abus qu’il faut souffrir de peur de tomber en des suites de plus dangereuse conséquence », et qu’il convient quelquefois de faire preuve d’une audace qui dépasse les « règles de la prudence ordinaire ». En cela, il rejoint la vision pré-moderne holiste qui prévalait depuis l’Antiquité où on privilégie le tout par rapport aux parties, Goethe résumant parfaitement cet état d’esprit : « j’aime mieux une injustice à un désordre ». En outre, cette unité s’est construite autour de l’État et que, hors l’État, il n’y a qu’évaporation, évanescence générale, idée centrale qui a traversé les siècles et s’inscrit jusqu’à aujourd’hui dans l’inconscient collectif des français.

Richelieu, incarnation d’un pouvoir sans faiblesses et guidé par la raison, laisse derrière lui une doctrine d’État, avec pour la pratiquer, une administration, une organisation interne, qui servira à terme ses desseins extérieurs. Gouvernant de 1624 à 1642, Richelieu tue dans l’œuf les poussées sécessionnistes d’une main de fer, impose la discipline à la France. En Europe, il maintient un équilibre subtil fait de soutiens à l’égard des protestants allemands en lutte contre Frédéric, l’empereur autrichien tentant de reproduire l’unité instituée par son prédécesseur Charles Quint, tout en ne s’engageant pas immédiatement dans une guerre frontale contre l’empereur catholique afin de contenir le réveil des derniers souvenirs de la Ligue catholique dans son royaume. Le fruit de cette patiente attente d’une guerre non voulue mais inéluctable, de la mise sur pied d’une marine pouvant faire concurrence à la marine impériale espagnole, de la pacification progressive du royaume a pu être cueilli par le successeur désigné par Richelieu, le cardinal Mazarin, avec le traité de Westphalie de 1648, qui couronne la politique étrangère du défunt cardinal. Cet équilibre des nations, fondateur de la théorie de l’équilibre des pouvoirs en politique internationale, réduit à néant la menace allemande sur les frontières rhénanes de la France, fait reculer l’Espagne derrière les Pyrénées, et laisse présager avec éclat le Grand siècle de Louis XIV.

Dans cette vision des choses, appliquant les principes de Machiavel de la force et de la ruse à la tête de l’État, la « puissance de gouverner » à la manière de Richelieu, et plus tard à la manière de Napoléon Bonaparte et De Gaulle, constitue une lutte permanente contre le cours naturel des choses afin de réparer le désordre du monde. Pour cela, l’inventeur de l’Académie Française met en avant la vertu première qui devrait être celle de tout gouvernant : le caractère. Il nous rappelle, enfin, à l’heure où il accueille sur son sol depuis seulement quelques décennies l’islam, une religion nouvelle et en plein essor représentée par 5 à 7 millions de français aujourd’hui, notre pays, toujours en proie aux guerres civiles, ne doit pas laisser cette crise identitaire actuelle, sous jacente de la crise économique et sociale, éclater en conflit stérile entre « français de souche » et « musulmans ». À l’inverse, il doit veiller à bien montrer que l’islam peut être compatible avec les valeurs françaises, que les musulmans peuvent se sentir pleinement Français, et donc qu’en la matière, il n’ y a aucune fatalité à un apaisement des craintes entre français d’origines et de croyances différentes, loin du tumulte dangereux auquel se prêtent les médias et certains politiques.

Guillaume

A propos de Guillaume N.

Guillaume N.
Passionné par le débat d'idées, je m'intéresse à tout ce qui touche à l'Homme en général, et à l'histoire, la politique, Paris et notre douce France, en particulier. Jeune diplômé en économie, j'aspire à faire partager les vertus du bonapartisme: synthèse de la gauche et de la droite, des traditions et de la modernité, vecteur de pragmatisme et du rejet du dogmatisme.
Revenir en haut de la page