Abrégé sur la dissidence (I) – La modernité comme ennemi commun
La cathédrale Notre-Dame de Paris à la fin du XIXe siècle.

Abrégé sur la dissidence (I) – La modernité comme ennemi commun

À présent que la standardisation des consciences, des cultures, des politiques et plus généralement de nos sociétés s’impose au rythme incessant des tambours du «progrès» des voix s’élèvent.

Une dissidence s’organise, s’insurgeant contre un monde dévoyé, mondialisant qui profite de chaque faille pour imposer un pouvoir tutélaire et faire taire toute contestation. D’aucuns pourraient dire en vérité que ces contestataires ont toujours été là, matérialisés par divers penseurs ; ces bons bergers n’ont jamais cessé de ramener le troupeau à l’étable. Mais l’inégalité des moyens d’action en fit un message uniquement intelligible par une élite intellectuelle – seuls hommes capables d’en saisir les enjeux. Aujourd’hui, la contestation se vulgarise et sans doute perd-elle par là une certaine profondeur, mais elle en devient l’expression d’un malaise depuis trop longtemps occulté et incompris par la majorité.

Ainsi se révéleront à la lumière du jour quelques idées nouvelles voire traumatisantes pour le bon peuple, amorçant une véritable guerre des opinions. Contre ces lumières, la machine à propagande du système bat son plein et tout semble bon pour voiler les arguments adverses, à grands coups d’argumentum ad hominem, ad rem et surtout ad auditores, visant à persuader le public plutôt qu’à convaincre l’adversaire, par le biais d’un langage obscur et technique, ou plus sournoisement en matraquant sans cesse la simpliste erreur dans des consciences formatées à y consentir. La ligne de la nomenklatura est vacillante, polymorphe, elle s’arrange de tous les biotopes : s’attaquant tantôt à l’absurdité complotiste de tout sujet gênant sans en analyser aucunement les fondements, elle détracte sans réelle cohérence tout opposant aux magouilles des « apôtres de l’avant-gardisme ».

La réalité est qu’il n’y a jamais eu pas plus qu’il n’y aura jamais de débat, simplement, car la vérité apparaît bien plus clairement que le mensonge ; lorsqu’il advient que les deux soient côte-à-côte, le doute touche très vite – trop vite – le dogme en vigueur. Il ne faudrait pas se risquer à ce que la masse s’aperçoive de la supercherie : non ! Elle doit butiner, s’occuper, forniquer, mais ne jamais trop réfléchir. Alors on tait la contestation, qui n’a plus de canal que via des réseaux occultes – le val fangeux de toutes les opinions mondiales non-conventionnelles étant l’Internet. Il y a cependant une autre raison à l’absence de débat, et celle-ci est certes plus intangible, mais symboliquement révélatrice.

Cette image renvoie a un principe tiré du Tantrisme, elle signifie "Chevaucher le tigre" ; soit comment développer une spiritualité quand l’évolution de la société qui l’environne est soumise à l’emprise du consumérisme et du matérialisme , et plus globalement affronter ses peurs et ses désirs pour y découvrir la force et la lumière spirituelle.

Cette image renvoie a un principe tiré du Tantrisme, elle signifie « Chevaucher le tigre » ; soit comment développer une spiritualité quand l’évolution de la société qui l’environne est soumise à l’emprise du consumérisme et du matérialisme, et plus globalement affronter ses peurs et ses désirs pour y découvrir la force et la lumière spirituelle.

 

Transportez-vous un instant jusqu’au Moyen Âge, où l’existence de Dieu et des vérités traditionnelles étaient avérées : vous imagineriez-vous qu’un prêtre même modeste s’ennuyât à discourir de la manifestation divine – sous toutes les formes qu’elle pût revêtir – auprès d’un athée, d’un sataniste, ou bien de quelque panthéiste fumeux « philosophe des Lumières »? Y concevriez-vous qu’un musulman soufi accordât le moindre crédit à Ibn Tamiya – inspirateur du salafisme – et eût consenti à le laisser exposer ses thèses au sein de sa tarikha? Le même principe est applicable aujourd’hui, mais inversé, car la marque du malin est de prendre toute chose à rebours ; ainsi, le monde moderne constitue l’envers du monde traditionnel – encore qu’il faille cependant le connaître. De la même manière que le monde traditionnel n’a jamais daigné débattre avec les fallacieux, le monde moderne se refuse parallèlement à laisser émerger au grand jour ses opposants en vertu de principes vus comme supérieurs.

Mais qu’est-il aujourd’hui de supérieur, d’inviolable et sacré ? Quelle est cette idéologie si puissante qu’elle parvient malgré nous à empoigner viscéralement des millions d’individus ? La réponse n’est pas simple pour celui qui ne connait son ennemi, cet allotropique revêt un nombre de formes considérable et aime à se fondre dans des doctrines diverses, qui constituent autant de dépendances d’un même domaine. L’égalitarisme, la démocratie, le positivisme, la laïcité, l’humanisme, le matérialisme, le libertisme et surtout le relativisme incarnent principalement quelques-unes des cellules d’un même cancer moderne. Virus originel, le relativisme qui permet toutes les autres erreurs – posant « qu’il n’existe aucune vérité absolue » –, est une contradiction théorique permanente comme nombre de piliers du modernisme. En effet, comme l’a fait valoir Alan Sokal, si cette proposition est admise comme vérité universelle, alors elle doit s’appliquer à elle-même, et est en conséquence relative – donc fausse.

En complément, il paraît judicieux de définir ce qu’est un dissident, puisqu’a priori chacun croit aujourd’hui avoir son mot à dire, se pensant intrinsèquement singulier sinon opposé à autrui dans un monde devenu pourtant royaume des indifférenciés. Le vrai dissident est persécuté, n’est pas invité à donner son avis, n’est pas édité (ou difficilement), mais plus que tout un dissident tel que nous le concevons, doit combattre la modernité.

Notre mal n’est pas un régime politique particulier, pas plus que quelque attitude mécréante : notre ennemi correspond à l’ensemble des concepts antitraditionnels, fussent-ils accidentellement imbriqués dans certaines traditions – comme au travers de la logique fourvoyée du dualisme. Bien entendu, le dissident n’est pas irrémédiablement antimoderne, mais il finira par y tendre afin de se sentir complet. La dissidence, posture intellectuelle, esprit critique en constante ébullition, est le courage de ses opinions, défiance envers et contre tous, – incarnée par cet homme se boyautant à la lecture de Céline ou Micberth –, ne baisse jamais le regard, ne s’aplatit devant rien, car ce qu’elle défend est grand ; désaveu complet de la doctrine existentialiste, c’est être pour la vie et mourir en songeant au ciel.

Notre contenu se proposera donc, en plusieurs parties dont voici l’avant-propos, d’éclairer le lecteur sur notre interprétation des visages et formes connus de la dissidence française, en synthétisant tout ce qu’il est essentiel de saisir.

Faire un don via Paypal ou par chèque

VN:F [1.9.22_1171]
Avis: 9.5/10 (13 votes pris en compte)
Abrégé sur la dissidence (I) – La modernité comme ennemi commun, 9.5 sur 10 basé sur 13 ratings

A propos de Jérôme Carbriand

Étudiant en économie, j'ai outrepassé les limites de l'enseignement universitaire en m'intéressant aux post-keynesiens, j'ai en cela une solide maîtrise des réalités économiques. D'autre part, j'ai parallèlement voué un intérêt particulier à la lecture d'une grande partie de la philosophie occidentale dont l'incohérence générale m'a incité à étudier la "métaphysique". Dans cette voie, certains auteurs m'ont véritablement touché, c'est le cas de René Guénon, Julius Evola et Mircea Eliade. Que suis-je donc, sinon une Cassandre sans génie, dont le seul mérite aura été de tomber avant les autres, écrasé par une foule arrogante et aliénée. Je suis le mouton noir d'un troupeau aveugle, dont les yeux s'entrouvrent pour percevoir l'abîme dans lequel nous nous jetons. Je suis le cauchemar de la modernité et la honte de la Tradition pour avoir enduré la boue d'une époque aussi souillée.

4 commentaires

  1. « le devoir le plus sacré de l’être humain est de chercher librement la vérité » leçon d’écriture dans l’école laïque du 5 février 1905 Jean Baubérot histoire de la laïcité en France
    Comme c’est le jour de la femme aujourd’hui, je m’autorise à vous donner mon point de vue.
    Je suis absolument scandalisée par le peu d’imagination que les hommes semblent avoir. Nous savons qu’un être humain a besoin de manger, d’un toit, d’avoir chaud, etc. et personne ne semble s’en préoccuper. Ce qui me choque, c’est que les personnes que ça choque n’ont rien à proposer pour que les habitants de cette planète aient partout la maîtrise de leure besoins, dont font partie le droit de se nourrir eux-mêmes et s’investir dans les activités de leur choix (ce qu’on appelle « travailler »). Donc, sans vouloir vexer personne, car j’ai fait pareil, ils aboient et le Convoi passe (il fait plus que passer: il lamine la planète sous des impératifs de concurrence économique et de croissance – à deux chiffres si possible).
    Mais voici que l’usage de l’argent est lui aussi entré « dans la période de nuisance ». Les matériaux, l’énergie, les machines sont là, qui surproduisent ou rouillent. Les travailleurs aussi, éreintés ou au chômage…
    Ils ne dégagent plus assez de profits. L’usage de l’argent est devenu anti-productif!
    Alors? On s’en arrange encore? On se fabrique des rêves « alternatifs » pour s’y adapter?

    Abolir l’usage de l’argent, retire au convoi l’énergie qui lui permet de laminer la planète.
    Il est un jour entré dans l’histoire. Il peut donc aussi un jour en sortir!
    Rien à voir avec l’ADN qui fournit les cheveux et les doigts de pieds.

    Intégralement remplacé par l’informatisation des données, nous pouvons aujourd’hui mondialement savoir où sont les ressources, en quelles quantités, la cadence à laquelle elles se renouvellent et les utiliser sobrement et solidairement.
    De cette informatisation générale, les amis du Convoi se sont déjà largement emparé pour faire de la spéculation et de la concurrence. Tout en se protégeant les uns les autres ils s’entretuent bravement ! Quelle misère!
    L’abolition de l’argent arrête le massacre de tous par tous…
    En pratique, elle consiste à créer un réseau d’organisations transfrontières et transversales (prenant en compte les interactions d’usages), qui gèrent les ressources et permettent aux différences locales (dites « nationales », avec ce que le vocable a de hargneux ou de piège à lepénisme) d’évoluer à leur rythme.

    VA:F [1.9.22_1171]
    Avis: 1.0/5 (4 votes pris en compte)
Revenir en haut de la page