samedi, 22 juillet, 2017
Les Déracinés de Maurice Barrès : un récit infini sur la décadence éternelle

Les Déracinés de Maurice Barrès : un récit infini sur la décadence éternelle

Aujourd’hui, comme tous les jours, quand le temps daigne me le permettre, je regarde ma bibliothèque et me laisse transporter par la puissance des ouvrages, par des senteurs de siècles reluisants, par l’Histoire même que l’on perçoit entre les lignes de l’auteur, acteur autrefois et transporteur aujourd’hui, malgré les barrières de la mort et du temps écoulé.

Je reviens néanmoins à la réalité, de trop belles illusions ne doivent en aucun cas m’écarter de l’objectif premier : écrire un article inspirant les idées patriotes. Il me faut donc trouver quelque ouvrage utile, peut-être moins un « Monument » qu’un témoignage historique et politique, pouvant inciter le lecteur à se plonger dans les racines de la France, à faire revivre en lui le simple mais ardent patriotisme.

Alors, contemplant toujours cette multitude de livres, mon regard se laisse accrocher par un célèbre ouvrage de l’écrivain Maurice Barrès. Des souvenirs s’animent, je vois d’abord la figure de Dandy, les cheveux lissés et la fine moustache donnant au regard du romancier le flegme du charmeur. Puis, d’autres visions se succèdent, j’aperçois à l’assemblée un orateur virulent, un indécrottable boulangiste, un homme autoritaire aux yeux brûlants et à l’ardeur d’un diable. Je me souviens également de ses aventures plus ou moins fructueuses, entre un soutien à Déroulède, en participant à la Ligue des Patriotes, et la création de la Cocarde. Un nationaliste attaché aux idées socialistes, un antisémite aimant les « juifs patriotes ». Que de contradictions, mais pas tant. Un homme qui suivit le vent de ses idées, dans la paix comme dans la guerre. Ami des pacifistes, mais véritable propagandiste des forces françaises lors de la guerre de 1914, d’où son surnom de « Rossignol des Carnages ». Barrès cultiva la figure d’un être atypique. Un tel homme ne pouvait qu’être mal vu par l’intelligentsia d’aujourd’hui, car trop attaché à la patrie pour les zélés cosmopolites, volontiers vassaux de l’idéologie du marché absolu.

Mon côté subversif me pousse, dès lors, à inciter. Mais inciter à quoi ? A lire Les Déracinés. Pourquoi ce livre ? Parce qu’il est étonnamment d’actualité dans sa peinture du contexte de la IIIe République et de la formation de ce que nous appelons les « Opportunistes ». Qu’est-ce que les Déracinés ? Le récit ambitieux de plusieurs vies, de personnages complexes et perdus dans le monde de Paris. Sturel, Suret-Lefort, Saint-Phlin, Roemerspacher, Racadot, Renaudin et Mouchefrin, un aimable groupe de lorrains formés aux idées kantiennes par un professeur de philosophie, un dénommé Bouteiller. Mais voilà qu’après le départ de leur professeur, nos jeunes lorrains s’empressent de répondre à la demande de leur Maître : ils partiront pour Paris, ville de l’intellectuel, de la politique, et, surtout, de l’ambition. Ainsi commence le déracinement, entreprise fulgurante qui conduira certains aux actes les plus ignobles. Oscillant entre les études et le journalisme, ces déracinés s’en sortiront inégalement. Les premiers, Sturel, Roemerspacher, et Saint-Phlin, resteront dans la droiture ; d’autres, tels Suret-Lefort et Renaudin, tomberont modérément dans la médiocrité ; mais les derniers, les compères Racadot et Mouchefrin, iront jusqu’au crime. Les Déracinés sont plus que la simple peinture d’une époque, c’est un véritable manifeste philosophique et politique sur les dangers du déracinement. Barrès a, en effet, voulu glisser dans cet ouvrage les idées d’attachement à la Terre (*), dont il n’est jamais bon de se couper.

Ce récit se poursuit de nos jours sur les places assombries de notre monde moderne, où des millions de jeunes gens croient voir dans l’étranger l’accession à l’éternel, le sublime parangon qu’il faut suivre absolument au prix de perdre son âme. Mais le monde décrit par Barrès est encore bien plus enchantant que celui d’aujourd’hui, il s’agit au XIXe de se tourner vers Paris, aujourd’hui l’on se tourne vers New York, vers Tokyo. Bref, tout ce qui n’est en rien français, tout ce qui euthanasie l’amour du pays. A défaut de trouver des auteurs actuels défendant la tradition et le patriotisme avec éclat, à la façon barrésienne, il vaut mieux faire de la publicité pour cet excellent ouvrage. Néanmoins, même si Barrès avant la vue longue, il est certain qu’il n’entrevoyait pas le phénomène qui se produirait moins d’un siècle après sa mort : la mondialisation. Barrès voyait à l’époque un problème dans les juifs non-assimilés, il verrait aujourd’hui d’autres composantes qui refusent de se plier aux traditions et aux lois françaises. L’Histoire n’est finalement qu’un amas d’ajouts incessants, qui se ressemblent parfois, même souvent. Nous dirons sans haine, que les leçons moins gênantes d’écrivains comme Zola, Sartre, Gide, etc., apparaissent comme des modèles subversifs, alors que l’on n’hésite pas à laisser tomber toute une littérature intéressante, considérée comme choquante car patriote, méprisée car ne correspondant pas aux défis que se donnent chaque jour les élites de la bêtise mondialisée.

C’est en ces termes que j’achève mon plaidoyer. Barrès, c’est la défense des idées patriotes à travers le pouvoir de la littérature. Et cela nous fait espérer qu’il y ait un jour des êtres qui, entièrement dévoués à la Nation, useront à nouveau de leur talent pour entamer la “révolution culturelle” dont la France a tant besoin. Attendons de voir s’écrouler toutes ces stèles décadentes, tous ces temples érigés à la gloire de la bassesse et de la veulerie. Gardons, en notre âme, la foi en la France, et nous serons, j’en suis sûr, dignement récompensés.

Nostalgie Impériale

* Je vous renvoie à la conférence sur la Terre et les Morts, où Barrès développe, devant les membres de la Ligue des Patriotes, ce que doit être le nationalisme.

A propos de Nostalgie Impériale

Nostalgie Impériale
Je me considère d'abord comme un bonapartiste "Ratapoil", c'est-à-dire réactionnaire ; je suis bien évidemment un passionné des deux Empires. J'aime la littérature de qualité, française de préférence, et j'apprécie la philosophie. Mes maîtres sont : Balzac, Stendhal, Barrès et bien d'autres... J'ai une sainte horreur des remises en cause inutiles, et des idéologies du "bougisme" stériles et stérilisantes.
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