Stéphane Blanchonnet : « Ce que la République a de bon lui vient de la monarchie »
Stéphane Blanchonnet à Lyon, le 5 novembre 2013 (capture d'écran via Youtube).

Stéphane Blanchonnet : « Ce que la République a de bon lui vient de la monarchie »

Le Bréviaire des patriotes a soumis ses questions à Stéphane Blanchonnet, président du Comité directeur de l’Action Française.

Le Bréviaire des patriotes : Êtes-vous devenu monarchiste à la manière de Charles Maurras, par réflexion objective ?

Stéphane Blanchonnet : Oui, il n’y a pas de tradition monarchiste dans ma famille. Je suis issu d’un milieu de gauche, mais de gauche patriote toutefois. C’est en m’intéressant à l’histoire de France et en prenant conscience de cette évidence que la France a été faite par ses rois que mon patriotisme originel et spontané a pris (assez tôt d’ailleurs puisque j’ai adhéré à l’AF à 18 ans) une forme monarchique.

L’Action française s’est beaucoup manifestée durant la contestation du « mariage » pour tous. Connaît-elle aujourd’hui un renouveau ?

L’AF est un vieux mouvement puisqu’elle a été fondée en 1899 mais elle n’a jamais cessé de connaître des renouveaux : la génération de 1910, celle du Cercle Proudhon et de Bernanos, a prolongé l’action des fondateurs ; celle des années 30, avec un Thierry Maulnier par exemple, a exploré de nouvelles voies ; après la Seconde guerre mondiale un Pierre Boutang a aussi beaucoup fait pour l’actualisation du maurrassisme ; enfin, plus près de nous, dans les années 80 et 90, ce qu’on a appelé la « Génération Maurras » a remis le militantisme d’AF au cœur des universités. Aujourd’hui le mouvement se porte bien, en effet, et recrute beaucoup de jeunes gens à Paris comme en province. Le succès de nos derniers camps d’été (CMRDS) en témoigne.

Pensez-vous que la restauration de la monarchie soit possible dans les prochaines années ? Si oui, quels signes vous laissent à penser que cela est faisable ?

Dans les prochaines années, c’est peu probable mais pas absolument impossible. Cela dit, nous ne faisons pas dépendre nos objectifs des seules probabilités. Comme l’a établi avec rigueur Maurras, compte tenu de l’histoire de France, de son idiosyncrasie politique, le nationalisme français doit être monarchique pour être complet. Cela ne veut pas dire que nous subordonnons tous les sujets à ce préalable (nous participons pleinement aux actions en faveur de la France dans les conditions institutionnelles existantes, comme vous l’avez observé vous-même au sujet du « mariage pour tous » par exemple) mais notre spécificité est d’incarner cette forme complète, intégrale, du nationalisme français.

Que pensez-vous des deux princes (Henri d’Orléans et Louis de Bourbon), qui se disputent aujourd’hui le trône de France ?

Stéphane Blanchonnet en compagnie du prince Jean d’Orléans.

L’AF ne connaît pas d’autre prince que Mgr le Comte de Paris, chef de la Maison de France, de jure Henri VII. À la fin du XIXème siècle, les royalistes, y compris les légitimistes, se sont ralliés aux Orléans (qui sont des Bourbons !), devenus légitimes (après la mort du comte de Chambord et pas avant, évidemment !). Le fait qu’une branche cadette règne en Espagne et que des princes étrangers prétendent (plus ou moins d’ailleurs) au trône de France pour cette raison, ne change rien pour nous.

Trouvez-vous l’héritier trop en retrait ?

Ce n’est pas à nous de juger les princes. Nous les servons et à travers eux nous servons la France. Par ailleurs, il faut ajouter que le Prince Jean, qui succédera un jour au Comte de Paris, est particulièrement actif depuis des années et assume parfaitement son rôle et son héritage.

Pensez-vous qu’un retour à la monarchie soit possible sans le rétablissement de la lignée royale légitime sur le trône ?

Non. La monarchie tire sa force du fait d’incarner notre histoire. Elle ne peut revenir à l’occasion d’une table rase. Le fait de se tourner vers les princes légitimes serait le signe positif d’un retour à une tradition nationale complète et authentique.

Quel est votre point de vue sur les deux Napoléon ainsi que sur l’Empire ?

Les Bonaparte ont échoué à établir une nouvelle légitimité dynastique. Le Premier comme le Second empire furent des expériences courtes et qui s’achevèrent dans les deux cas par des défaites et un abaissement du pays. Il n’en reste pas moins que nous ne renions pas les aspects glorieux, notamment sur le plan militaire, de ces deux règnes. D’ailleurs nous assumons l’ensemble de l’histoire de France. Par exemple, notre drapeau est évidemment le tricolore. Pas de royalisme anecdotique à l’AF.

En quoi jugez-vous que la monarchie est le meilleur régime pour la France ?

Elle permet la continuité, la durée, l’indépendance réelle du chef de l’État, une incarnation de l’unité nationale dans un homme et une famille. Elle nous rattache à toute notre histoire.

Trouvez-vous des avantages au système républicain par rapport à l’Ancien régime ?

Ce que la République a de bon lui vient de notre longue tradition monarchique. Je pense notamment à certains aspects la constitution de 1958. Le reste : le parlementarisme, la réduction de la France à une abstraction juridique et idéologique (la patrie des « droits de l’homme »), les querelles partisanes, nous le rejetons.

Enfin, quels sont les projets de l’AF à court et moyen terme ?

L’AF a pour projet principal de servir la France en rétablissant la monarchie et, en attendant, de permettre au nationalisme d’assurer la régence de l’intérêt général. Nos campagnes actuelles et prochaines se concentrent sur le rejet de l’UE et de la mondialisation libérale, la défense de notre identité nationale et de nos identités régionales (nous sommes hostiles par exemple à l’actuel projet de réforme des régions), la lutte contre les dérives de l’État « sociétaliste » en matière de mœurs et d’éducation.

Propos recueillis par Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim, Présent.
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