samedi, 21 octobre, 2017
Les 30 Glorieuses et le mythe de « l’Âge d’or »

Les 30 Glorieuses et le mythe de « l’Âge d’or »

Le concept de l’âge d’or puise ses racines dans la mythologie grecque, repris ensuite dans la mythologie latine. Avec les « Travaux et les jours » d’Hésiode, est mythifié un âge d’or auquel succède forcément une ère de décadence. La tradition biblique reprendra ce concept à travers le Jardin d’Eden et le Paradis.

Si dans la tradition chrétienne le salut de l’Homme, coupable du déclenchement de cette ère décadente, passe par le Ciel, la tradition grecque tente de tirer les leçons et trace un salut possible pour l’Homme: choisir la valeur fondamentale de la Justice face à l’hybris. Ce concept revient inlassablement par la suite dans la littérature européenne, comme si ce réflexe était inhérent à la nature de l’Homme, souvent enclin à regretter les bons moments passés, y compris de sa propre vie, vus avec d’autant plus d’atours et de charme qu’ils sont flous et lointains.

L’« Âge d’or » aujourd’hui : symbole du pessimisme ambiant

On attribue aujourd’hui le mythe de l’âge d’or à un syndrome, une pathologie psychologique associée à une personne atteinte de nostalgie, décidée envers et contre tout à ne voir que les aspects positifs du passé pour mieux dénigrer les aspects négatifs qui gâchent son présent. Au point que, tel un peintre combinant sa palette de couleurs pour en faire ressortir un reflet de lumière irréaliste, on reste fixé sur une opinion de perfection temporelle elle aussi irréaliste. Ce n’est pas pour rien si Woody Allen, dans sa tournée européenne des villes mises en scène dans ses derniers films, ait choisi de faire vivre sa trame parisienne dans le passé à travers les lunettes d’un passionné de la Ville-Lumière.

Je veux vous parler d’un temps que ma génération n’a pas pu connaître et qu’une bonne partie d’entre elle regarde avec envie et amertume: celle des 30 Glorieuses. Dans l’imaginaire collectif, la France était forte, fière d’elle-même, indépendante, avec à sa tête un homme d’Etat qui enthousiasmait les pays du Tiers Monde qui subissaient l’impérialisme américain ou soviétique en pleine Guerre Froide. La croissance était galopante, et avec elle galopait l’idée du progrès social. Au point de dissuader le petit peuple ouvrier empreint de communisme de faire la Révolution. Le chômage était un mot quasi banni du vocabulaire, les conditions matérielles émaillées d’innovations techniques donnaient aux foyers un confort inédit. Peut-on parler de la France en occultant la culture?

A cette époque, le rayonnement de la France au niveau culturel rejaillissait encore dans le monde entier. A côté de l’action du Ministère de la Coopération qui accompagnait principalement les chefs d’Etat africains dans cette francophonie pleine de promesses d’avenir, le Ministère de la Culture d’André Malraux était aux petits soins pour mettre en valeur d’abord le patrimoine historique et architectural unique qui fait la richesse de notre pays. De manière générale, l’Etat assurait ses nombreuses missions avec une efficacité d’orfèvre, construisant par exemple un nombre de logements jamais vu ou encore en faisant bénéficier aux français du système de protection sociale. Les « gueules » du cinéma français étaient portés au pinacle, les Delon, Gabin, de Funès, Bourvil ou encore Fernandel en sont autant de magnifiques expressions. La chanson française portait sa voix sur les ondes planétaires: Sylvie Vartan, France Gall ou encore Françoise Hardy étaient adulées à l’étranger et représentaient chacune à leur manière un type particulier et envié du charme à la française.

Il n’est pas étonnant, dès lors, que dans ce contexte, les Français de l’époque aient mal vécu les conflits qui ont toutefois émaillé la période, principalement la guerre en Indochine et celle en Algérie, qu’ils s’en soient bouchés les oreilles comme face à une musique trop stridente qui vient gâcher la fête, au point même qu’on en voulut à ces « européens d’Algérie » (terme plus communément utilisé par les Pieds Noirs avant même de parler de « Français d’Algérie ») à peine rentrés en métropole.

Lorsqu’on demande à l’historien Max Gallo quelle est la période de l’Histoire de France qui lui suscite la plus belle admiration, il parle de ce laps de temps de 30 années où la France s’est relevée du désastre de 40 et de la 2nde guerre mondiale et passe du stade de Nation vainqueur mais meurtrie et détruite à une Nation industrielle qui atteint un seuil de développement plus qu’appréciable.

Si le mythe de l’âge d’or peut se recouper avec le mythe de l’enfance, douce et innocente, il peut également se recouper avec le mythe de l’Eldorado, qui a beaucoup cours de nos jours. Entre les tenants du Nouveau monde (Etats-Unis, Australie), ceux qui rêvent de conquérir le monde de demain (Asie surtout), les nostalgiques de leur pays d’origine (Afrique principalement), les rêveurs se bousculent aussi bien sur le plan du temps qu’ici sur celui du lieu. Il n’est pas de rêve plus noble qu’un autre. Mais le rêve le plus communément décrié et pourtant le plus communément partagé par la masse des Français est de retrouver leur pays debout, ce pays dans lequel ils ont vécut, pour lequel ils vouent un amour charnel. Gagnés par l’angoisse de leur survie même, les Français veulent reprendre cette formule célèbre d’Albert Camus, ce cri du cœur:

« Plutôt que ce lent déclassement, plutôt que cet européisme mortifère, plutôt que ce nouvel ordre mondial, je choisis ma Mère Patrie ! »

De l’intérêt de puiser dans les influences passées

Si le XXe siècle a été le théâtre d’affrontements idéologiques très marqués et incroyablement gourmands en hommes, il l’a surtout été du fait que cela a été le siècle de la tabula rasa. Cette tentative ultime, typiquement post-moderne et nihiliste, de faire table rase du passé pour mieux se libérer du carcan, du poids du passé a vite conduit au relativisme des valeurs, au nivellement par le bas, à la primauté de l’émotionnel sur le rationnel, au constructivisme sur le plan géopolitique au détriment du réalisme, à ce monde « plein de vertus chrétiennes devenues folles », comme disait Gilbert K. Chesterton. « Quand un certain ordre religieux est ébranlé (comme le fut le christianisme à la Réforme), ce ne sont pas seulement les vices que l’ont met en liberté. Les vices, une fois lâchés, errent à l’aventure et ravagent le monde. Mais les vertus, elles aussi, brisent leur chaînes, et le vagabondage des vertus n’est pas moins forcené et les ruines qu’elles causent sont plus terribles », dit-il dans Orthodoxie.

De la même manière qu’un chêne a besoin de racines profondes pour s’élever toujours plus haut, il nous faut puiser dans ce que le passé nous a légué de meilleur et qui, en dépit des tentatives forcenées de ces dernières années de détruire cet héritage, a résisté. Parmi les réalités encore tangibles du monde dans lequel nous vivons, figurent ce sentiment très fort de communauté nationale, cette influence toujours visible de la religion catholique, ces concepts millénaires hérités de notre culture gréco-latine. Tout connaisseur intime du génome de la France pense que le salut passe par la résurrection de notions que l’on voulait dépasser et qui semblent résister à la mise en coupe réglée par ces post-modernes : la Nation, l’Etat, l’Eglise, la famille.

Partant de ces fondations solides, cette remise en ordre doit être déclinée par un Homme d’Etat voire une génération d’Hommes d’Etat pétris par ces vertus. Les exemples du passé, les grands Hommes de l’Histoire font rêver ces âmes et donnent à leur esprit des motifs de créer de grandes choses à l’avenir à leur tour. Napoléon a puisé son génie dans les exemples d’Alexandre le Grand, de César ou encore de Charlemagne. A notre génération de puiser dans ce que le terreau politique français, riche et fertile pendant sa longue Histoire, a fait pousser de plus grand. Les sources d’inspiration sont innombrables et ne méritent que d’éclore.

Et maintenant ?

À cet âge d’or a succédé la décadence que l’on peut analyser depuis 30 à 40 ans. Tout ceci constitue de bons points de repères. Ils sont nécessaires pour se fixer un idéal à atteindre. Mais ils ne sauraient constituer une quelconque excuse. Non, ce n’est pas « l’époque » qui « veuille » qu’on ait à subir cette rapide descente aux abysses mondialistes. Non, ce n’est pas « l’époque » qui fait que notre pays est dépossédé, défiguré, déstructuré. C’est encore moins « l’époque » qui avilit la France dans un carcan oligarchique détenu de la main droite par le pouvoir financier et de la main gauche par une élite médiatico-culturelle ne jurant que par le politiquement correct.

Ne croyons pas pour autant que notre époque soit plus insurmontable que celle qu’ont eu à faire face les français au cours de leur longue Histoire. Lorsqu’ils étaient face au péril impérial allemand dans cette 1ère moitié de XXème siècle (1ère et 2nde guerre mondiale dont une bonne partie s’est déroulée sur sol français). Lorsqu’ils étaient en proie à cette quasi guerre de 100 ans, dite guerre des Religions entre le XVIème et le XVIIème siècle, guerre civile qui trouve un écho terrible de nos jours à l’heure où les tensions montent entre Français de souche et Français de confession musulmane. Lorsqu’ils étaient au fond du désespoir sous les coups de boutoir de l’occupation anglaise et de la trahison bourguignonne au début du XVème siècle après l’inique traité de Troyes de 1420.

Nous devons faire face à ce présent. Mieux que ça, nous devons l’affronter pour mieux préparer l’avenir. Renouons avec le long fil de l’Histoire de France. Il nous faut ramasser la couronne de lauriers laissée abandonnée par nos deux Empereurs prestigieux, il nous faut réinstaller la France sur le trône majestueux qui était celui des rois qui l’on bâti pendant plus d’un millénaire et retrouver la passion pour l’idéal républicain aujourd’hui dévoyé. Gardons à l’esprit parmi les innombrables obstacles qui nous attendent ce courage et cet honneur des Roland, Du Guesclin, Bayard, Condé, Murat et bien d’autres. Soyons anoblis par cette juste cause qu’est la défense de notre Mère Patrie et fiers d’appartenir à un pays ayant connu plusieurs phases d’âge d’or. Il ne tient qu’à nous d’en forger une nouvelle dans les prochaines décennies.

Guillaume N.

Adhérer

A propos de Guillaume N.

Guillaume N.
Passionné par le débat d'idées, je m'intéresse à tout ce qui touche à l'Homme en général, et à l'histoire, la politique, Paris et notre douce France, en particulier. Jeune diplômé en économie, j'aspire à faire partager les vertus du bonapartisme: synthèse de la gauche et de la droite, des traditions et de la modernité, vecteur de pragmatisme et du rejet du dogmatisme.

Un commentaire

  1. Excellant billet mais je vous ai enlevé 2 points à la note car vous avez oubliés Gorges Brassens, franchement vous avez déconné! Tabernacle Bachibouzouk!

    Amicalement votre.

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