lundi, 26 juin, 2017
Très loin, de l’autre côté de la Terre…

Très loin, de l’autre côté de la Terre…

Il y a des lectures qui vous marquent plus que d’autres. Les raisons varient selon les personnes : on s’attache plus ou moins à tel ou tel personnage, le style nous marque, le contexte nous passionne, l’âme même du livre nous fait vibrer d’émotion, allume en nous une flamme, déchire notre cœur ou nous laisse parfaitement indifférent.

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Il y a de ces romans qui touchent, ou devraient toucher particulièrement ceux qui se revendiquent de la tradition française, parce que ceux-ci dépeignent une vie que nous regrettons de ne point vivre, une France que nous aurions aimé connaître, une époque bénie malgré sa dureté, son âpreté, malgré les tragédies qui la ponctuent mais qui déborde de vie, d’une vie authentiquement française, en contraste avec notre siècle mort.

J’ai récemment été marqué par deux lectures, françaises. Je parlerais de la première une prochaine fois pour m’intéresser ici à la seconde. Mais je ne pourrais pas en parler sans parler un peu de moi, car j’ai été, je l’avoue, profondément ému par cet ouvrage, dont j’ai choisi la dernière phrase pour titrer cet article.

Mauriac disait de Pierre Loti que « Lui seul a atteint l’âme vierge du peuple », et quelle âme ! Celle d’un peuple, celle d’une terre chérie, la Bretagne. Cette terre humble et rude, dont la côté est balayée par les vents et les marées, où les arbres et les ajoncs restent constamment pliés par les vents, ancrant leurs racines jusque dans la roche des falaises. Cette Bretagne profonde qu’aujourd’hui seuls les calvaires et les myriades de chapelles – vides – rappellent encore aux passant qu’ici a vécu un grand peuple. Un peuple « à l’âme vierge », vierge comme Celle à qui ils demandaient grâces et protection, pour eux, pour leur famille, pour leur terre, pour le mari, le fils, le père, l’amant, parti loin, très loin du port de Paimpol et d’ailleurs pour ramener l’or gris, le poisson, des bancs sillonnant la côte islandaise, et ce au péril de leur vie.

Pêcheur d’Islande, c’est l’histoire d’amour entre un jeune homme et une jeune fille bretonne, d’un pêcheur avec la mer, cette mer nourricière qui lui ôtera la vie. C’est une histoire bretonne, bouleversante. C’est, pour nous autres, enfants de cette terre qui avons arpenté les plages de notre pays, senti la brise déposer sur nos visages le sel marin, vogué au large ou bien longé ses champs, traversé ses forêts, ses rivières, la mémoire de nos pères qui s’écrit au fil des pages. Ce sont ces calvaires de pierre, grossièrement taillés parfois, qui contemplent le large, où le Christ agonisant prend entre ses bras les pêcheurs, les protégeant, ou bien les ramenant à lui.

On ne ressort pas indemne de la lecture de Pêcheurs d’Islande. C’est la Bretagne vivante, traditionnelle. Cette terre que l’on chérit, que l’on recommande à sainte Anne, saint Roch, saint Patern et saint Vincent Ferrier. Cette terre qui a vu bien des tragédies individuelles, coutumières dirait-on, celles des goélettes qui ne reviennent pas, des jeunes femmes sortant à peine de l’innocence qui perdent un mari avant même un an de mariage, d’enfants orphelins de pères et des vieillards qui ont vu trop de leurs descendants donner leur vie pour quelque chose qu’aujourd’hui on ne peut plus concevoir, et dont la définition même nous est devenue difficile. A ces familles, à ces hommes et ces femmes qui vécurent bien humblement, avec des joies, des peines, l’amour, le deuil, à ces générations héroïques qui sont autant d’exemple pour notre société en ruine, à ces paysages de Bretagne et de France qui sont notre héritage et que nous devons réinvestir. Vere dignum et iustum est, aequum et salutare. A tous, Loti rend un vibrant hommage auquel on ne peut que se joindre.

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A propos de Louis Landais

Louis Landais
Etudiant, passionné d'histoire et des Humanités en général.
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