samedi, 16 décembre, 2017
La résistance de la langue française face à l’hégémonie anglo-saxonne
Crédits : Wikimedia.

La résistance de la langue française face à l’hégémonie anglo-saxonne

Alors que la langue anglaise tend de plus en plus, depuis la seconde guerre mondiale, à s’imposer comme « la langue internationale par excellence », cette dernière pourrait, dans les années à venir, voir sa domination décliner. Parmi les causes qui entraîneraient sa chute se trouve, en tête de liste, la résistance et le retour en force, prochainement, de la francophonie sur le devant de la scène internationale. Face à l’impérialisme linguistique de son grand rival, la langue française est l’une des seules à résister et semble promise à retrouver, d’ici à 2050, le chemin de son rayonnement d’antan.

Influence du français sur l’anglais

guillaume_le_conquerantTout d’abord, il convient d’éclaircir un point important. Devant la pléiade de mots d’origine anglo-américaine qui s’imposent à notre vocabulaire courant, on pourrait penser que nous en sommes envahis. Pourtant, il n’y a rien de plus faux. Seul 13% des mots de la langue française sont d’origine étrangère, dont moins de 4% d’emprunt à l’anglais. A titre de comparaison – et quelle comparaison ! -,l’anglais doit 50 à 70% de son vocabulaire à l’ancien français (lui-même enfant du latin et du gaulois).

Cette forte influence linguistique remonte au XIème siècle lorsque Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, envahit la Grande-Bretagne pour y imposer le français (à l’époque franco-normand ou langue d’oïl). Depuis, le pays a gardé toutes les traces de cette période de son histoire – quand la France en garde très peu de l’occupation anglaise lors de la guerre de Cent-Ans.

Auparavant, l’anglais était une langue germanique et scandinave, fruit des invasions successives des Saxons, des Vikings, des Jutes, des Frisons, et des Angles (d’où l’appellation Angleterre, la terre des Angles). Après le passage de Guillaume Ier, de par ses successeurs, le français n’a cessé de dominer. André Crépin, membre de l’Académie, rappelle même qu’il fut une époque où l’on parlait plus le français outre-manche qu’en France (encore dominée par les langues régionales).

Ainsi, le français emprunte peu à l’anglais (comme aux autres langues) quand la devise de la couronne d’Angleterre est en français : « Dieu et mon droit ». Aussi, il est amusant de constater que beaucoup de mots d’origine anglaise qui nous arrivent aujourd’hui sont, en réalité, d’anciens mots français anglicisés. Exemples : interview est l’anglicisation de entrevue, cash est celle de caisse, rosbif vient du verbe rôtir (rostir)…

langue française

 Domination de l’anglais après la seconde guerre mondiale

Après le règne du latin (jusqu’au 17ème siècle) puis celui du français (17ème – 20ème), est venu celui de l’anglais. Cette prise de pouvoir en tant que langue internationale doit toute son importance à la domination commerciale et militaire américaine sur le monde au sortir des deux guerres mondiales. En effet, la France affaiblie et l’Amérique au sommet de sa puissance, l’anglo-américain s’est vite imposé par le commerce et le statut de grande puissance des États-Unis. C’est d’ailleurs à cette époque qu’a été créé le Basic English (850 mots) afin de simplifier sa diffusion et d’en faire LA langue véhiculaire par excellence.

De ce fait, il y a un lien naturel entre l’idéologie libre-échangiste et la langue anglaise (et ce depuis bien avant l’essor des Etats-Unis) qui tend à se vouloir comme la langue de la modernité et de l’internationalité. Elle remplace alors le français comme langue des échanges diplomatiques, commerciaux, et peut aussi compter sur le vocabulaire des nouvelles technologies pour s’imposer.

Une nouvelle ère commence, celle de l’impérialisme culturel, militaire et linguistique de l’Amérique. En 2000, dans un discours prononcé aux Etats-Unis, Margareth Thatcher déclare : « Au XXIème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon ». Aujourd’hui, on dénombre plus d’1 milliard d’anglophones pour près de 300 millions de francophones. L’Anglais est la 3ème langue la plus parlée dans le monde (ou 4ème d’après les études où l’espagnol est devant) derrière le mandarin et l’hindoustani, ainsi que la langue la plus apprise.

La vaillante résistance du français

Même si la langue française a mis du temps à s’imposer sur son propre territoire (et à supplanter les patois) pour devenir le ciment de l’unité nationale, elle s’est beaucoup répandue dans le monde jusqu’à 1919. Grâce à son empire colonial, ses immenses possessions en Amérique du Nord (voir carte plus bas), et sa forte domination depuis Louis XIV, la France a pu consacrer une part importante de ses efforts à la diffusion de sa langue par l’éducation.

« Tout le monde a besoin de la France, quand l’Angleterre a besoin de tout le monde » disait alors Rivarol. Fortement affaiblie en 1815, 1870 puis 1918 et 1945, le XXème siècle a sonné l’heure de son déclin pour laisser place au nouveau maître du monde : l’empire américain, anglophone.

Mais face à cette domination nouvelle, plutôt que de renoncer comme ont pu le faire beaucoup d’autres pays, la langue française a résisté. S’appuyant sur ses anciennes possessions et son immense réseau francophone, la France a déployé après la seconde guerre mondiale tout un arsenal de défense de sa langue et de sa culture. C’est une véritable conscience francophone qui a émergé de par le monde après 1945.

En 1970 fut créée l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). « L’OIF veut contribuer à la prévention des conflits au sein de l’espace francophone, favoriser la consolidation de l’État de droit et de la démocratie, et agir pour la promotion et l’effectivité des droits de l’homme dans l’espace francophone. Elle a la volonté de promouvoir la diversité culturelle. Elle est au service de l’éducation et intervient à toutes les étapes de la formation. Elle est aussi au service de l’économie et du développement (Wikipédia) ». Aujourd’hui, de plus en plus de pays dans le monde rejoignent les 75 déjà présents en son sein (1/3 des pays du monde).

Aussi, on ne compte plus les autres organisations chargées de défendre et de diffuser la langue et la culture françaises. Cet attachement à la langue est une particularité française qui ne peut s’expliquer que par la beauté et la richesse du français (terrain fertile aux traits d’esprit les plus brillants grâce à une richesse des temps, des modes, et de sa sémantique) et de son lien étroit avec l’identité nationale.

Même certaines multinationales (Renault, Vivendi…) ont dû retourner au français après des essais calamiteux d’imposition de l’anglais pour la communication des cadres et des conseils d’administration. « À vouloir tous être anglo-saxons, il ne faut pas s’étonner que ce soient les anglo-saxons qui gagnent »avait déclaré Jean-François Dehecq, PDG de Sanofi-Aventis, dans le journal l’Expansion.

Nouvellefrance-V2Le Québec joue un rôle majeur pour la francophonie en Amérique du Nord. Il est la seule province unilingue francophone du Canada et veille scrupuleusement au respect de sa francité. Il influe beaucoup sur la francisation des États-Unis (exemple : traduction en français des indications de sécurité dans les véhicules). 95% des québécois connaissent le français. La Louisiane y est également pour beaucoup avec son importante communauté francophone.

Depuis 1999, l’Institut de la carpette anglaisedécerne chaque année un prix d’« indignité civique » à des élites françaises qui promeuvent sans gêne la domination de l’anglais en France.

L’Académie Française veille depuis le XVIIème siècle à la sauvegarde de la langue française, mais aussi à sa cohérence et à son adaptation face aux nouveaux termes étrangers. Ainsi, les termes anglo-saxons, surtout liés aux nouvelles technologies, sont chaque année francisés. Walkman devientbaladeur, e-mail devient courriel… etc.

Le français reste l’une des 10 langues les plus parlées dans le monde. Il fait partie des langues de travail de l’ONU et de l’Union Européenne (malgré la domination croissante de l’anglais) et de beaucoup d’autres organisations internationales. Aussi, le français est la langue officielle de la diplomatie du Vatican (les papes s’expriment en français à l’ONU) ainsi que la langue qui prévaut au Comité International Olympique.

Le 4 août 1994, la Loi Toubon est la première loi imposant le français comme unique langue de la République. Cette loi a été votée en réponse à l’américanisation de la société mais aussi pour sanctionner les entreprises (même étrangères) qui n’utiliseraient pas le français. Beaucoup ont été condamnées à de lourdes amendes pour non-respect de cette loi et usage de l’anglais sans traduction.

En Asie, et surtout en Chine, on constate un développement sans égal de l’apprentissage du français – qui reste la deuxième langue la plus apprise au monde (30%).

Vers un retour au premier plan

Malgré la domination, toujours bien présente, de l’anglais sur le monde actuel, le français pourrait, d’après les estimations, marquer très bientôt son grand retour sur le devant de la scène. Pour cause, un facteur essentiel : l’explosion démographique de l’Afrique.

français en afriqueVestige du passé colonial français, la francophonie reste très présente sur le continent africain. Sur 53 pays, l’Afrique compte 32 pays francophones. La zone de ces pays fait deux fois la taille des États-Unis. Le français est la langue la plus parlée en Afrique et on y dénombre déjà plus de francophones qu’en Europe.

D’après les prévisions de Richard Marcoux, professeur titulaire au département de sociologie de l’Université Laval et coordonnateur du Réseau Démographie de l’Agence universitaire de la francophonie, le nombre de francophones dans le monde pourrait passer de moins de 3% (taux actuel) à plus de 7% en 2050. Dès 2030, le nombre de francophones aura déjà dépassé celui d’anglophones (en baisse), qui ne sera plus que de 5% en 2050. Ainsi, le nombre de francophones sera multiplié par 4 quand la population mondiale le sera par 1,5. Le rôle de la démographie africaine y sera tellement important qu’il est possible que, dans ce futur proche, 9 francophones sur 10 soient africains.

En conclusion, on s’aperçoit que, malgré le monopole actuel de l’anglais dans le monde (bien que sa vocation de langue universelle soit beaucoup contestée et que l’espéranto lui soit souvent préféré), la langue française n’a pas dit son dernier mot. Grâce à son impressionnant réseau francophone – hérité de son passé -, l’attachement et l’amour de ses disciples pour leur langue, et à l’arsenal de défense qui se déploie depuis la seconde guerre mondiale, la France se tient solidement à l’affût du déclin anglo-saxon à venir.

Alors que son rayonnement international s’est éteint à petit feu ces dernières années, la flamme ravivée de la francophonie pourrait bien, demain, éclaircir le chemin du renouveau français.

« L’image la plus exacte de l’esprit français est la langue française elle-même. » – Désiré Nisard

Christopher Lings

A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim.

3 commentaires

  1. Finalement, ça ne va pas si mal pour nous. Le tout est d’entretenir la langue française en commençant par arrêter de faire des erreurs de langage.

  2. Claude Vaessen M.A.

    Votre article me semble bien optimiste! Ce que je constate, c’est que le français – euh, pardon, le Français – se détruit de plus en plus face à l’anglais, dont beaucoup de mots se ressemblent, mais pratiquement aucuns n’on le même sens. On reprend donc en « français » le sens que ces mots (opportunité, p.ex.) ont en anglais. Le deuxième stade, on « francise » des mots anglais, c’est pus « facile »: « Il faut que cela coresponde » devient « Il faut que cela fitte » (de « to fit », donc « fitter »). Le troisème stade: la grammaire anglaise passe en force. Ainsi, les nom de jours de semaine, les adjectifs désignant une langue ou se rapportant à une ville ou un pays sont écrits en majuscule. Vient ensuite le passage du COI en COD: Un produit ne « s’adesse plus à » un public-cible, il « adresse un public-cible ». Et bien entendu, chaque critique se verra opposer un « Comment, vous avez compris, quand même? ».
    Et quand le « français » sera bien englué par l’anglais, dans quelques decennies, l’arabe en remettra une couche, au moment où, si la France continue dans le sens actuel, la « dimension arabo-orientale » de ce pays aura supplanté toute identité française. J’espère ne plus avoir à le vivre…

  3. Je n’aime pas du tout cette référence aux anciennes prétentions françaises en Amérique. Les deux seules régions à avoir été des colonies de peuplement et de tutelle politique effectivement française ont été le Québec, qui consistait alors en un territoire plus petit en réalité que le Djibouti autour du bourg de Québec, et la Louisiane, qui consistait alors effectivement en un bras du delta du Mississippi et rien de plus. C’étaient l’équivalent d’une lointaine ville de banlieue comme Sainte-Julie face à une Amérique anglaise déjà aussi peuplée d’Européens que le grand Montréal actuel. Tout le reste du territoire nominalement attribué à l’autorité française était un système d’alliance diplomatique avec certaines nations amérindiennes de cette grande région (pas la majorité). Les compagnies anglaises y étaient déjà à l’oeuvre, comme la compagnie écossaise de la Baie dont Montréal était à toutes fins pratiques un port terminal préférant fonctionner sous le système de droit français et jouir d’avantages fiscaux octroyés par la France pour raisons de prestige. L’Angleterre et les autres pays du Nord de l’Europe préféraient ne réclamer la tutelle que des territoires immédiatement rentables et laisser d’autres quadriller les espaces non encore réellement convoités. Le jour où de nouvelles ressources exportables comme le bois ou les minerais furent entrevues et convoitées, le jour où les plaines de l’Ouest promirent d’être les terres les plus fertiles du monde, l’Amérique anglaise eut tôt fait de rétablir les faits, à savoir que déjà l’arrière-pays de la Nouvelle-France était parcouru par plus d’aventuriers anglais ou pro-anglais que français, car la France octroyait bien peu de licences de course des bois, en plus de traiter très mal ses soldats et ses propres colons. Cette même méprise très décevante pour la France mythique eut lieu à nouveau plus tard lors de la colonisation de l’Afrique de l’Est, quand après avoir rêvé d’étendre son influence et son pouvoir sur toute la région du Haut-Nil (Soudan, Éthiopie, Somalie, Abyssine, alors représentées colorées en rose sur les cartes des écoles françaises) la France, au terme d’une série de mésaventures humiliantes (comme la conquête de Khartoum par Kitchener, comme la fin du rêve éthiopien à Fachoda, en dépit de la construction d’un chemin de fer) ne se vit pus reconnaître que la parie effectivement bien fortifiée et gardée par elle, l’enclave de Djibouti, qu’elle n’allait abandonner (comme Québec en 1763, pour les mêmes raisons d’intérêts privés et de copinage politique et aussi de lâcheté nationale devant le marché mondial) que bien récemment.

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