Marion Sigaut : « Les Lumières ont remplacé Dieu par le profit »

Marion Sigaut : « Les Lumières ont remplacé Dieu par le profit »

Marion Sigaut, née le 2 juin 1950 à Paris, est une historienne et écrivain française. Gauchiste repentie, elle adhère en 2008 au parti Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan où est elle actuellement déléguée sur la « Vitalité de la Langue française ». Également membre d’Égalité & Réconciliation, elle s’intéresse particulièrement au thème des Lumières, en y apportant un regard très critique, ainsi qu’au conflit israélo-palestinien.

► Vous êtes engagée aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan à Debout la République, ainsi qu’aux côtés d’Alain Soral sur Égalité & Réconciliation. Qu’est-ce qui a marqué le début de votre engagement politique ?

J’ai toujours ressenti le besoin d’être politiquement engagée. Toute ma vie a été une recherche de ceux avec lesquels je pourrais œuvrer pour le bien commun. Je crois que j’ai ça dans le sang, ça m’a été inculqué dans ma famille où pourtant on ne faisait pas de politique : il faut œuvrer au bien commun. D’une façon ou d’une autre.

Ma mère œuvrait dans tout ce qui était disponible autour d’elle : ciné-club, parents d’élèves, conseil municipal, œuvres de charité, soutien aux uns et aux autres. Je l’ai vue donner des cours d’art ménager aux femmes du quartier (nous habitions à Clamart, banlieue parisienne). Chez nous, toujours, on a été tourné vers les autres.

Pour moi, un engagement politique est une chose naturelle, et particulièrement difficile à accomplir quand on n’a, comme moi, aucune espèce d’ambition élective. Je ne cherche pas le pouvoir et je ne l’ai jamais cherché. Ça ne m’intéresse pas. Je veux juste être utile et efficace et je pense pouvoir l’être auprès de Nicolas Dupont-Aignan.

Pour ce qui concerne mon engagement auprès d’Alain Soral, il n’y a pas plus simple : je l’ai repéré sur la toile, j’ai pris contact avec lui et lui ai fourni des textes qu’il a immédiatement et fidèlement publiés. Ça s’appelle une rencontre fructueuse ! J’ai adhéré dans la foulée sans même me poser de question puisqu’il m’a montré qu‘il est fiable. Vertu cardinale s’il en est.

► Pour quelles raisons avoir rejoint Debout la République ?

En 2005 j’ai pris conscience de l’horreur qui se dessinait devant nous avec le TCE. Je ne VOULAIS pas de ce traité, j’en faisais une affaire personnelle : ça ne passerait pas par moi. Après avoir quitté la gauche (j’ai émargé successivement au parti socialiste puis chez les trotskistes du Parti des travailleurs), je croyais en avoir fini avec les partis politiques quand je me suis brusquement réveillée : on ne peut pas laisser faire ça. C’était tout simplement impensable. Or que pouvais-je seule ?

J’ai trouvé autour de moi des gens très engagés en faveur du non, notamment des membres du parti communiste avec lesquels j’entretenais des relations tout à fait cordiales autour du problème palestinien. J’ai aussi fait la connaissance de gens très bien qui militaient avec JP Chevènement. J’ai tracté sur absolument tous les marchés de mon coin pendant toute la durée de la campagne : non, non et non. Quand le non est passé, j’en aurais pleuré.

Pour moi c’était le début d’Internet. Pendant toute cette période, j’ai fouillé sur la toile à la recherche de gens intéressants. Et j’ai trouvé deux personnalités qui m’ont immédiatement accrochée : Nicolas Dupont-Aignan et Etienne Chouard.

Nicolas Dupont-Aignan, c’était un discours de fermeté sur les principes, de défense du peuple que je ressentais comme authentique, d’amour de la France que j’aimais et que j’avais soupé de contribuer à calomnier après mes années de gauche.

Etienne Chouard, c’était ce type seul et simple, irradiant de bonté et d’intelligence, visiblement heureux et ne cherchant qu’à bien faire pour le bien commun. Le choc ! Ces gens-là existaient, il fallait les approcher.

J’ai écrit à Nicolas pour avoir sa position sur le mariage homosexuel, qui m’apparaissait comme devant être l’enjeu des années à venir, et je me suis dit « si sa position est claire, je le rejoins ». Il m’a répondu, j’ai décidé de le rejoindre.

Vous n’allez pas me croire : il m’a fallu encore deux ans pour le faire. Je n’arrivais pas à entrer en rapport avec des gens de Debout la République sur ma région, c’est comme ça que j’ai rejoint les chevènementistes que j’aimais bien. Quand JP Chevènement a rejoint Ségolène Royal, j’ai fait un coup de sang, j’ai déchiré ma carte et j’ai pris les choses à bras le corps : j’ai trouvé le siège de Debout la République et j’ai adhéré. C’était au moment de la création de DLR comme parti politique : j’y suis donc depuis sa création en tant que tel.

Pour Etienne, je lui avais envoyé un mot. C’était à un moment où des messages très hostiles commençaient à lui parvenir, je ressentais qu’il devait en souffrir et être décontenancé que sa bonté se heurte à la haine. Je connais la musique, j’ai passé ma vie à me heurter à ça. Alors je lui ai écrit un petit mot de solidarité, mot qui s’est perdu dans l’océan de messages dont sa boîte aux lettres était inondée. J’ai pensé à ce moment-là que je ne pourrais jamais l’atteindre.

J’étais adhérente à Debout la République. J’ai enfin fait connaissance avec les militants de mon coin, je me suis sentie bien avec eux. Il y avait des gens de droite, des gens comme moi issus de la gauche, qui ont comme objectif de faire entendre la voix du peuple français. Mon peuple, celui dont je suis issue. Le peuple ni de gauche ni de droite, le peuple de France. Le mien.

► Connaissant les raccourcis et les diabolisations courantes dans le milieu médiatique et politique, subissez-vous des attaques par rapport à votre proximité avec M. Soral ?

Il faut savoir que les attaques que j’ai subies depuis trente ans sont toutes les mêmes : le silence, la mort sociale. Depuis que j’ai commencé à m’engager, par mes écrits ou par mes prises de position diverses, une seule et unique réponse m’a toujours été opposée : le silence. Je n’existe pas pour les médias. Jamais. Pas un mot, pas une ligne. RIEN. Depuis que je connais Alain Soral, la seule chose qui ait changé est que, comme le public se passe désormais des médias, je fais mon chemin jusqu’à lui par l’intermédiaire d’Internet, et tout se passe à merveille. Quand des mauvais coucheurs crachent leur venir à mon encontre, je n’ai même pas besoin de répondre, les internautes s’en chargent avec beaucoup d’intelligence et de bienveillance. Et j’oppose personnellement aux salauds la même arme qu’ils ont opposée à ma générosité : je les ignore.

► Vous avez également découvert Étienne Chouard et immédiatement embrassé ses idées et travaux sur la démocratie réelle. Voyez-vous là une solution, sinon « la » solution, aux problèmes auxquels nous sommes confrontés ?

Etienne met toute son énergie à faire émerger du peuple son génie créatif en poussant les braves gens à se faire confiance et à se prendre en main. Il ne préjuge pas de ce qui en sortira. C’est un humaniste de haute volée, la bonté personnifiée dans une âme forte Mais je n’irai pas dire qu’il ait trouvé la solution. Je pense qu’il a trouvé où il fallait chercher : dans le génie populaire. On en est là. Mais chercher dans la bonne direction, c’est une grosse partie du travail de faite !

► Pour quelles raisons affirmez-vous que « le peuple a toujours raison » ? L’avis de la majorité, c’est-à-dire de la masse (souvent ignare, il faut le dire, comme le fait Pierre Hillard) est-il forcément raisonné et juste ?

C’est quand il ne sait pas (je ne dirais pas qu’il est « ignare », ce qui me semble péjoratif), que le peuple se trompe : il se trompe quand il n’a pas les éléments pour juger. Qui peut juger sans les éléments pour le faire ?

Quand il a les outils, il ne se trompe pas. Regardez 2005 : un battage, un matraquage médiatique sans précédent, odieux, culpabilisant, méprisant, arrogant. Le peuple français a senti où on voulait le faire aller, il a résisté. Je ne sais pas comment vous dire ça : je l’ai senti. Je le savais.

Et ne me dites pas que le peuple s’est trompé en votant Hollande : on l’aurait insulté tout autant s’il avait voté Sarkozy On vous met dans une situation de double contrainte, et on vous engueule de n’avoir pas pu en sortir. Tout le monde sait bien que le vote est un leurre par lequel le peuple, pieds et mains liées, élimine le pire pour retenir le « moins pire ». C’est de l’arnaque, on n’a pas le droit de juger sur un jeu aussi faussé.

Je le maintiens : vox populi, vox dei. La voix du peuple, c’est la voix de Dieu.

J’y crois dur comme fer. Sans aucun angélisme sur la bonté de mes semblables : je sais dans ma chair ce que vaut la haine des haineux et l’insondable perversité des salauds. Le peuple, c’est les braves gens, les autres. C’est nous.

► Henri Guillemin, que vous appréciez beaucoup, est souvent surnommé par ses détracteurs « l’homme des petits papiers ». Que pensez-vous de son travail d’historien ?

La seule critique que je sois susceptible de retenir concernant Guillemin, comme n’importe quel autre historien, est la suivante : où, exactement, s’est-il trompé ? Quoi ? Où ? Source ? Tout jugement du type de celui que vous me donnez, « l’homme des petits papiers » ou n’importe quoi d’autre, ne peut provenir que de gens qui, incapables d’argumenter sur le fond, s’en prennent à la personne. C’est pour moi totalement dénué d’intérêt.

À présent, concernant son travail d’historien, il faudrait pour que j’en produise une critique, que j’aie lu ses livres et ses sources, ce que je n’ai pas fait. À défaut, j’ai entendu ses vidéos qui sont pour moi un régal : passion, générosité, recherche assidue de la vérité et désir de faire la part des choses. Je sens Guillemin comme un humaniste, un de ceux que j’aime c’est-à-dire un vrai.

J’ai plusieurs fois trouvé qu’il se trompait, dans sa vidéo sur Pascal notamment. Guillemin serait le seul humain à ne pas avoir le droit de se tromper ? Et moi, je ne me suis jamais trompée peut-être ?

Guillemin, un grand bonhomme. Qu’il faut parfois rectifier. Et alors ? Errare humanum est.

► Et concernant ses écrits enragés à l’égard de Napoléon – qu’il a lui-même dissocié du reste de son oeuvre sur le plan de la neutralité et du temps de travail ?

Pardon de choquer, mais c’est dans ces vidéos que je me retrouve le plus. J’ai toujours détesté l’empereur et Guillemin me conforte. Mon côté “catho de gauche” qui ressort ? Maintenant, si Guillemin se trompe ou exagère, ça m’intéresse de le savoir bien entendu.

► Vous avez beaucoup œuvré, par votre travail rafraichissant, à démystifier les Lumières. Pensez-vous que l’on puisse distinguer « l’esprit des Lumières » de leurs propagateurs, et que pensez-vous de celui-ci ?

Certainement pas ! Les Lumières sont ce qui a été porté par les hommes des Lumières, je ne vois pas comment on pourrait faire le distinguo entre cette idéologie méprisante et mortifère et les hommes qui l’ont portée. Que certains d’entre eux aient pu être sympathiques (je pense à la bonhommie de Diderot, pas un mauvais cheval) ne retire rien à la somme de manipulations, mensonges et de haine du genre humain et du peuple que ces gens ont prêchée. Ces gens ont remplacé Dieu par le profit et le bien commun par l’intérêt individuel, je ne vois pas à quel titre je leur trouverais des excuses. D’ailleurs je ne suis pas là pour les juger mais les mettre à jour : ce qu’ils ont promu, c’est ce qui est en train de nous tuer tous. À la trappe !

► D’éducation catholique, quel regard portez-vous sur la laïcité telle qu’elle est appliquée actuellement en France ? Quid du rôle de l’Église dans notre société ?

Benoît XVIIl existe en France un total contresens sur le mot de laïcité qu’on ne sait pas distinguer de l’anticléricalisme. La laïcité est une valeur catholique : rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Je suis une laïque : je refuse, mordicus, qu’un pouvoir civil quelconque vienne se mêler du spirituel et me donner des leçons au nom de la religion. C’est ce qu’ont fait les protestants, parmi lesquels on ne peut distinguer entre le spirituel et le temporel (Genève à la grande époque). En terre catholique, un juge ne peut juger un homme pour avoir enfreint une loi divine, c’est au curé de s’en charger. Sous l’ancien régime, toutes les querelles ecclésiastiques tenaient à cette prétention des laïques à se mêler de sacrements. De mensonges en campagnes calomniatrices, ces juges ont fait passer à la postérité l’idée, totalement erronée, que l’Église tyrannisait le public et les consciences.

À la Révolution l’Église a été vaincue, expropriée, soumise. Napoléon a signé avec le pape un concordat qui l’a soumise à l’État pour un siècle. Et toute une bande d’ignares venimeux vont faisant accroire que 1905 c’est la fin de siècles et de siècles de tyrannie ecclésiastique, quand ce n’est que la fin d’un siècle d’embourgeoisement d’une Église soumise par les armes.

Je vous assure, j’ai essayé de discuter avec des anticléricaux autoproclamés « laïcs », il est impossible de raisonner avec ces gens-là : dès qu’ils sont à court d’argument, c’est-à-dire très vite, ils cognent, insultent et menacent. Ce sont d’authentiques fanatiques, avec toute la charge d’ignorance et de violence que cela implique.

Je n’ai pas de réponse à la question sur le rôle de l’Église. L’Église, ce sont d’abord les fidèles. En France actuellement ils sont tellement tétanisés qu’on les croirait disparus. Ils n’ont même plus le droit de dire « Joyeux Noël » et de faire des crèches publiques !

Mais je me demande s’ils ne bougent pas encore, et si on ne va pas vers quelques surprises. Le retour de gens comme moi dans le giron catholique devrait être vu comme un signe : il y a quelques années, vous n’auriez pas entendu plus anticléricale que moi. La roue tourne et la pensée progresse. Dieu n’est pas mort.

Propos recueillis par Christopher Lings

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A propos de Christopher Lannes

Christopher Lannes
Directeur de publication du Bréviaire des patriotes. Journaliste indépendant TV Libertés, Ojim, Présent.
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